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IV.
LOI DU 25 MAI 1877 SUR LES BREVETS D'INVENTION (1).
La doctrine allemande s'est longtemps divisée en deux opinions opposées, ¬
de force à peu près égale, sur la question de savoir s'il était utile ou
même légitime de breveter les inventions. Tandis que l'Allemagne du Sud
se prononçait énergiquement pour l'affirmative, la haute et savante bureaucratie ¬
prussienne, fortement imbue des doctrines de la liberté économique ¬
absolue, considérait les brevets comme des monopoles nuisibles à
l'intérêt général, et soutenait hautement la nécessité de les supprimer, dans
les divers pays de l'Allemagne où leur existence était reconnue par la loi.
Aussi l'Office prussien des brevets se montrait-il singulièrement difficile
pour les concéder, à tel point que des inventions dont le mérite s'est affirmé
plus tard, et qui ont révolutionné l'industrie tout entière, comme celle de
l'acier Bessemer, ne trouvaient pas grâce devant lui. La statistique démontre ¬
qu'en Prusse, de 1869 à 1873, 63 brevets seulement ont été accordés ¬
chaque année, 187 en 1874, 261 en 1875 et 403 en 1876, tandis
que la Saxe en a concédé 263 en 1873, 338 en 1874, et que l'Angleterre en
délivre 2,400 par an. Cette tendance était, du reste, assez générale : les
chambres prussiennes de commerce, consultées par le ministre du commerce, ¬
s'étaient, le 8 juillet 1863, prononcées à une forte majorité pour la
suppression des brevets. Depuis lors cette grave question, passionnément
agitée dans les ouvrages juridiques et dans la presse quotidienne, n'avait
pas cessé de préoccuper l'opinion; et elle était restée si douteuse jusque
dans les dernières années, que, le 10 mai 1872, le Reichstag, saisi d'une
pétition qui demandait l'abolition des brevets, n'avait pas osé prendre un
parti, et s'était contenté d'exprimer au chancelier son désir de voir cette
matière réglementée d'une manière uniforme pour tous les Etats de
l'Empire allemand.
Il fallut les récentes défaites essuyées par l'industrie allemande aux
expositions de Vienne et de Philadelphie pour faire prévaloir le système
de la protection des inventions. Il se constitua, sous le nom de deutscher
Patentschutzverein, une société d'industriels et de savants, qui se donna
pour mission de créer dans le pays un grand mouvement d'opinion en
faveur de cette doctrine.
D'ailleurs les résolutions par lesquelles le Congrès international réuni
à Vienne en 1873 s'était déclaré favorable au maintien des brevets,
l'exemple des États-Unis d'Amérique qui, par une loi de 1870, avaient accordé ¬
à l'inventeur la protection la plus large, celui de l'Angleterre, où
une vaste enquête venait de se prononcer dans le même sens que le congrès ¬
de Vienne, enfin le vote récent des lois relatives à la protection des
(1) Patentgesetz (Reichsgesetzblatt, 1877, n° 23).