VITRUVE
Sur le haut des Murailles au dessous du toit il faut faire un massif bâti avec des tuiles de A
CH. VIII
la hauteur d'environ un pied & demy qui deborde en maniere de Corniche, car par ce
moyen on pourvoira à ce qui peut gaster ces Murailles, qui est que quand une tuile de
l'entablement est cassée, ou emportée par le vent, la pluie ne manque point à couler par
là sur la muraille, mais ce massif de tuyles empeschera que les Briques ne soient endommagées, -
parceque la saillie de la Corniche rejettera l'eau & la faisant distiller par delà le nu
du mur, ne souffrira pas qu'elle gaste la Maconnerie.
A l'egard des tuiles il est difficile de juger si elles sont bonnes ou mauvaises qu'aprés
avoir éprouvé si elles resistent & demeurent fermes nonobstant la chaleur de l'esté & toutes -
les injures du temps. Car si elles n'ont pas esté faites de bonne terre & qu'elles soient mal
cuites, la gelée & les pluyes feront bientost connoistre qu'elles ne valent rien: & les tuiles -
qui ne peuvent servir long-temps sur les toits sans se gaster, ne sont pas propres à fai¬B
re de la Maçonnerie. C'est pourquoy il faut choisir les tuiles qui ont long-temps servi surles -
toits pour faire de la Maçonnerie qui puisse durer long-temps.
Pour ce qui est des Murailles qui sont faites de bois entrelacé il seroit à souhaitter
qu'on n'y eut jamais pensé : car si elles ont quelque commodité à raison du peu de
temps & du peu de place qu'il faut pour les bastir, elles sont si dangereuses à cause du feu,
pour lequel il semble qu'elles sont des fagots tout preparez, qu'il vaut beaucoup mieux
faire la depense des murailles de tuiles maçonnées, que de s'exposer au danger qu'il y a à
celles de bois entrelacé pour la seule facilité de leur construction. De plus celles mesmes qui
sont couvertes d'enduit, se fendent necessairement le long des montans & des travers; car
lorsqu'on les couvre de mortier, le bois s'enfle d'abord par l'humidité, & en suite se sechant, -
il se retressit, ce qui fait casser l'enduit.
Neantmoins si l'on veut de ces murailles pour avoir plustost fait & pour l'épargne, ou
parceque? la place est embarassée; voicy comme on les peut faire. Il faut les asseoir sur un
empatement un peu elevé de terre, afin qu'ils ne touchent point aux pierrailles ny au payé;
car s'ils y sont engagez ils se pourrissent & en s'affaissant ils rompent & gastent toute la
beauté des enduits du mur.
Voila ce que j'avois à dire de la construction des murailles, de leurs materiaux en general
de leurs bonnes & de leurs mauvaises qualitez: j'ay traitté cette matière le mieux qu'il
m'a esté possible. Il me reste à parler des planchers, de quels materiaux ils doivent estre
faits, & comme il les faut choisir, afin qu'ils fassent un ouvrage qui soit durable, autant
qu'on en peut juger par la connoissance qu'on a de leur nature.
1. QUI ONT LONG-TEMPS SERVY SUR LES TOICTS.Ily, tis loci deceptio cogit. Je lis impediti loci interceptio: parce que l
a dans le texte ex veteribus tegulis tecti, structi parietes. Le Copiste
mesme chose a déja esté exprimée un peu devant en autres termes;
qui a écrit un ancien manuscrit que j'ay, a crû qu'il y avoit un socar -
il est dit que les murs de cloisonnage dont il s'agit, sont com
lecisme, prenant tecti pour un pluriel; & il à mis ex veteribus tegulis
modes, parce qu'ils sont bien-tost faits, & qu'ils tiennent si peu
tecta structa, ce qui donne des sens tout-à-fait differents au texte.
de place qu'ils n'embarassent point. Celeritare & loci laxamento
2. LA PLACE EST EMBARASSE'E. Le texte a impenden¬ prosunt.
CHAP. IX.
CHAPITRE IX.
De ce qu'il faut observer en coupant le bois pour bastir & des particularités
de quelques arbres.
E temps propre à couper le bois pour bastir est depuis le commencement de l'Au-Le -
vent du Cou-Etomne, -
jusqu'au Printemps, avant que le Vent Favonius commence à souffler: car E
chant.
au Printemps la tige de tous les arbres est comme enceinte des fueilles & des fruits qui sont
production de leurs fruits & de leurs semences. Ces humeurs que
1. LE TEMPS PROPRE. Les precautions que les anciens
ont prises pour ne point couper le bois à bastir qu'en bonne sailes -
arbres reçoivent journellement de la Terre & du Ciel sont
es à ce qu'il soit le plus exempt qu'il est possible,
son, tendent toute
difserentes de celles qu'ils ont dés leur naissance, qui est la prind'une -
humidité cruë & superfluë à laquelle tous les vices des bois
cipale & la plus noble partie de leur substance laquelle n'est poins
sujette à se corrompre, & ne s'évapore que difficilement: De sordoivent -
estre attribuez: car il est vray que le bois se dejette & se
tourmente lorsque cette humidité s'évapore inegalement; & qu'il
te qu'en general toute sorte de bois est d'autant meilleur qu'il
s'emplit de vers, qu'il s'échauffe & se pourrit lors qu'elle se cor
moins de cette humidité cruë & superfluë; Ce qui arrive aux arbres
rompt: La raison de cela est que cette humidité est de deux sorte
en certains temps de l'année, dans lesquels cette humidité est com
l'une est aqueuse qui s'évapore assez-tost, l'autre est plus huile
me épuisée, sçavoir lorsque ce qu'ils en avoient amassé au Prinse, -
qui est plus sujette à se corrompre: l'une & l'autre est la matemps, -
en recevant dans leurs racines les vapeurs qui s'élevent en
tière de la nourriture & de l'accroissement des arbres, & de la ce temps-là de la terre avec abondance, & qui s'y introduisent