PREFACE.
sans me vouloir hazarder d'introduire aucune nouveauté, & jay suivy l'exemple -
de tous ceux qui jusqu’à present n'ont point écrit Cyre pour Cyrus, ny Tane
pour Tanais, ny Lesbe pour Lesbos, ny Larynge pour Laxynx, ny Phyllirce pour
Phyllirea, quoyqu'on dise Dedale au lieu de Dedalus, Ebre au lieu d'Ebrus,
Erymanthe au lieu d'Exymanthus, Asophage au lieu d' AEsophagus, Cichorée au
lieu de Chicorea.
Or ces mots étrangers, tant ceux qui ont esté laissez avec leur terminaison
naturelle, que ceux à qui l'onen a donné une Françoise, sont expliquez à la marge -
par une circonlocution, ou mesme par un seul mot, lorsqu'il s'en est trouve
de propres pour cela; par exemple l'on a rendu Triglyphe pargravé par trois endrots; -
Stylobate, par Portecolonne ; Eurythmie, par Proportion; Decor, par
Bienseance.
Pour ce qui regarde l'orthographe des mots Grecs, comme l'on n'a point voulu -
les écrire avec les caracteres qui leur sont particuliers, on a suivy l'exemple
des Latins, & celuy mesme des Grecs, lorsqu ils ont inseré dans leur discours des
mots d'une langue etrangere: Car de mesme qu'ils se sont servis de ceux de leurs
characteres qui expriment le son & la prononciation des mots qu'ils ont empruntez, -
& que les Grecs ont écrit, par exemple le Quintius des Latins wides, parce
qu'ils nont point deq; & que les Latins ont écrit l'elsaxo & leigoveia des Grecs,
idolon & ironia; parce qu’ils n'ont point d'et: ainsi quand il a fallu ecrire par
exemple maeuov avec des characteres François, on a écrit telion, parce qu il ny a
point de diphtongue ei en François, & que l'iy a lemesme son que l'et Grec. Tout
de mesme quand on a mis airieaus, duolevas, ivmus, on a écrit antibacis, amphireucis, -
entacis, & non pas antibasis, amphireus & entasis; parce que 1/en Francois -
entre deux voyelles ne sonne que comme un z, & que le c y sonne comme
le g des Grecs. J'en ay use de la mesme maniere dans les mots extraordinaires, &
dont l'usage n'a pas encore reglé l'orthographe: dans les autres j ay esté obligé de
suivre la bizarrerie de l'usage, qui donne par exemple auy tantost la prononciation -
duch, tantost celle du qu; taisant écrire Orchestre par un ch de mesme qu Architrave, -
quoique la prononciation de ces deux mots soit fort differente & que
celle d'Orchestre demandast qu'on écrivist Orquestre.
Outre toutes ces precautions que l'on a cherchées contre l'obscuritém du texte,
on a encore mis des Notes à la fin de chaque page, dans lesquelles on trouve
l'explication qui a esté jugée necessaire pour l'intelligence du texte, que la signification -
literale des mots qui sont à la marge ne donnoit pas suffisamment.
On a esté religieux à ne rien changer au texte, non pas mesmne en des choles
qui en rendent la lecture peu agreable, & qui ne sont d aucune utilité pour Fintelligence -
des matieres qui y sont traittées, telle qu' est par exemple l'affectation
importune que l'Auteur ad apporter les mots Grecs, dont il avertit que les mots
Latins qu'il a mis, ont la signification; comme quand il dit e Architectura constat
ex ordinatione quae Grace Taxis dicitur. On en a ainsi use, parce que si lon avoit
voulu retrancher du texte tout ce qui n'est point necessaire, on auroit este obligé -
deoster beaucoup dautres choses, & peut estre qu'on se seroit trompe dans
le choix que l'on auroit fait de ce qu’il y a à retrancher.
le ne tais point dexcuse de la liberte que j ay prise de changer les phrases, parce -
que je croirois avoir beaucoup failly si 'en avois use autrement, puisque les
manieres de parler du Latin sont encore plus differentes de celles du Franços
que les mots ne le sont; & ay fait consister toute la fidelité que je dois à mon
Auteur, non pa à mesurer exactement mes pasurlesiens, mais à le suivre lor¬