NEVFIEME LIVRE
escriz de la nature des choses, & de son commentaire intitule Cheirotonecton, auquel
il se seruoit de son Anneau ou Signet, cachetant de Cire messee de Cinnabre ou Vermillon -
les choses qu'il auoit experimentees.
Les traditions donc de ces hommes ne sont seulement profitables pour reformer
les grandes erreurs, mais perpetuelement preparees pour l'vtilité de toutes gens: ou
les prouesses des Athletes en peu d'annees enuieillissent auec leurs corps. qui me faict
dire que quand ilz sont en leur aage plus fleurissant, eulx, ny leurs effors passez ne peuuent -
proffiter a la vie des hommes de leur siecle, ny aux autres qui viennent apres eulx.
Qu'il soit ainsi, lon n'attribue point d'honneurs aux conditions des escriuains, ny a leurs
preceptes, ains aux bonnes doctrines prouenantes de leurs bons Espritz, lesquelz
penetras oultre les plus haultes parties de l'Air, & sesseuans iusques au Ciel par les degrez -
de la pensee, ne font seulement que leurs traditions vertueuses soyent honnorables -
a tousiours, mais par plus forte raison que leurs figures ou remembrances
soient a iamais congneues de la posterité. A ceste cause les personnages qui ont la memoire -
remplie de la ioye que donnent les bonnes lettres, ne sauroient qu'ilz n'eussent
en leurs poitrines imprimee ou(pour mieux dire) dediee la representation du Poete
Ennius, aussi bien que des Dieux immortelz: & ceulx qui studieusement se delectent
des beaux vers d'Accius, n'ont tant seulement remembrance de la force de ses paroles, -
ains leur est aduis que sa figure leur est presente à toutes heures, & en toutes places.
le pense bien que plusieurs qui naistront apres nous, sembleront vouloir disputer
de la nature des choses contre Lucrece, aussi de l'art de Rhetorique contre Cicero, &
de la proprieté de la langue Latine contre Varro. Mesmes se trouuera des Philologues
ou gens aymans le bien parler, qui disputeront de diuerses choses contre les sages de
Grece, telement qu'ilz monstreront auoir des secretes contestations auec eulx. Mais
en somme, les traditions ou sentences des doctes escriuains, florissantes par antiquité,
quand elles en l'absence de leurs corps viennent a estre alleguees en consultations &
autres occurrences, ont plus d'authorité que les opinions de tous ceulx lesquelz y
assistent.
Au moyen dequoy (Sire) ie me sentant assez garny d'icelles congnoissances antiques, -
entrepris d'escrire ces liures, toutesfois non sans bons commentaires, ny sans le
conseil de mes amys.
Aux Sept premiers donc i ay parlé des Edifices, au Huitieme des Eaux, & en cestuy
cy ie traicteray des raisons Gnomoniques, c'est à dire demonstrations des Heures par les
ayguilles des Quadrans, disant comme elles furent inuentees sur la contemplation des
rayons du Soleil faisans faire vmbre a icelles ayguilles: & n'oublieray tout d'vn chemin
a dire comment elles salongent ou r'acourcissent.
DES RAISONS GNOMONIQVES, INVENTEES
par les umbres aux rayons du Soleil, ensemble du Ciel, & des
Planetes. Chap. IIII.
Our auoir esté ces choses inuentees par entendemens diuins, elles font
grandement esmerueiller ceulx qui les considerent, a raison que lymbre
de l'ayguille Equinoctiale est d'vne grandeur en Athenes, d'yne autre en
Alexandrie, autrement a Rome, & n'est semblable en la ville de Plaisance