RÉFLEXIONS
484
Rome, la ville par excellence, dont on ne peut parler sans
admiration, qu’on ne saurait voir sans enthousiasme, ni quitter
sans regret , demande un séjour de plusieurs années pour connaître -
à fond la quantité de chefs-d’œuvre anciens et modernes
qu’elle renferme : il faut une application soutenue pour pouvoir
les apprécier , et une étude suivie pour en discerner les beautés.
Un Artiste, avant d’y arriver, doit savoir son histoire , s’il veut
éprouver les divers sentimens que les localités, les monumens
les ruines même inspirent à l’homme pensant , qui connaît l’époque ¬
et la destination des différens édifices qui embellirent
Rome depuis le temps de sa fondation, et progressivement dans
les beaux jours de sa gloire, jusqu’au moment de sa décadence
et de sa destruction.
Rome moderne n’est plus que l’ombre de Rome ancienne :
on pourrait. croire que l’orgueil et la flatterie ont dirigé la
plume des écrivains qui ont parlé de sa grandeur , si les ruines
apparentes, celles même qui sont ençore sous terre, n’étaient
des témoignages non équivoques de sa puissance et de sa richesse.
Les Romains, maîtres du monde, mirent à profit les talens et
l’industrie des différens peuples esclaves, pour embellir leur patrie ¬
et la rendre la ville la plus magnifique de l’univers. C’est
ainsi qu'ils firent travailler les Gaulois aux monumens publics
qui demandaient plus de solidité que de délicatesse ; qu’ils employèrent ¬
le génie et l’élégance des Grecs pour les ouvrages de
goût, et qu’ils surent, par les talens des vaincus, assurer l’immortalité -
aux édifices des vainqueurs. Leur puissance, qui s’étendait ¬
jusqu’aux extrémités de la terre connue, était le ressort
qui faisait mouvoir cette machine énorme , et qui la faisait servir -
à leur gloire exclusive. Non-seulement ils allaient chercher
en Grèce les plus belles statues qui ornaient les temples et les
lieux publics, ils enlevaient à l’Egypte les obélisques énormes
qu'ils transportaient à grands frais en Italie, pour décorer leur