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DES ORIGINES AU MOYEN AGE
un même principe qui confisquait les biens et la personnalité
de l'épouse. Mais cette situation juridique n'entraînait pas pour
la femme une situation morale correspondante, et à côté de
cette infériorité légale, les mœurs lui faisaient une place importante ¬
au foyer et dans la tribu. Les vieux documents nous
la montrent environnée de respect, parfois même d’une vénération ¬
mystique. Inesse quin etiam sanctum et aliquid providum -
putant, dit Tacite (1), qui nous la fait voir aussi associée ¬
aux périls de ses frères et de son époux et les accompagnant ¬
au combat : laborum periculorumque socia (2). Elle
est la gouvernante du ménage . delegata domus et penatium
et agrorum cura feminis (3), et Schrœder lui donne déjà
das Regiment der Schlüssel, origine de la future Schlüsselgewalt, ¬
c'est-à-dire la pleine capacité dans les affaires domestiques ¬
(4).
Ce point de vue moral est trop en dehors du droit pour que
nous nous y arrêtions longtemps (5). Il a pourtant son importance. ¬
D'abord il nous montre déjà dans les temps reculés une de
ces œuvres de déformation du droit par les mœurs, de transposition ¬
de la loi par la pratique, si fréquentes dans le droit
matrimonial (6).
(1) Germanie, chap. 8.
(2) Id., chap. 18.
(3) Id., chap. 15.
(4) SCHRŒDER, op. cit., 1re partie, p. 127.
(5) STAMMLER (op. cil., p. 6), parle de la « Hochstellung der Frau im
inneren Leben », et de sa « Unterordnung im vusseren ». — SouM, Stellung
der Frau im deutschen Recht, dans la Deutsche Rundschau, dit dans le mème
sens : « Die Frau ist Herrin im Gebiele der Sitte, Unterthanin auf dem
Gebiete des Rechtes ».
(6) Ce contraste dans la condition de l'épouse est relevé par Paul GIDE (Condition ¬
privée de la femme, p. 201) comme un trait distinctif des sociétés patriarcales. ¬
Il le trouve en Palestine, dans l'Inde, dans la Grèce héroïque et la
Rome primitive. On le constate aussi dans les sociétés modernes.
Tout le monde sait que la condition concrète de l'épouse dans notre com¬