Full text: Le Pois, Antoine: DISCOVRS SVR LES MEDALLES ET GRAVEVRES ANTIques, principalement Romaines

170.

conseilla de ietter en la mer vn anneau qu'il aimoit sur toutes choses. Ce qu'il fit: mais en lieu de le contrister & fascher, cela luy apporta vn merueilleux tesmoignage de sa felicité coustumiere. Cõment donc? Aduint qu'vn poisson engloutit ledit anneau ietté en la mer. Le mesme poisson fut prins par-apres d'vn pescheur, & porté en la cuisine dudit Polycrates. Le cuisinier accoustrant ledit poisson, retrouue l'anneau en son ventre, & le porta à son maistre. N'est-ce pas là, à vostre aduis, vn homme fort heureux? Ouy certes, si heur & felicité peut estre compagne de l'homme auant sa mort. Qu'aduint-il donc de ce grand seigneur, & tant heureux? A la par fin trompé & deceu, & tombé entre les mains d'Orontes Persan, fut miserablement & ignominieusemẽt attaché à vn gibet, luy qui au parauant se pouuoit dire non pas nourrisson seulement de Fortune, mais son propre fils, & d'elle engendré. Cecy aduint enuiron l'an 230. apres la fondation de la ville de Rome. Voyla comme Polycrates fust trompé, cuidant, comme dit Pline, auoir satisfait à Fortune, & l'auoir amplement contenté pour toute sa vie, par la perte volontaire d'vn anneau precieux, qu il luy auoit consacré & offert, en intẽtion de se redimer à l'aduenir de l'enuie & malvueillance d'icelle: mais elle luy renuoya son present en sa cuisine, & luy bailla vn plat de son mestier sur la fin de ses iours, declarant & à luy & à tout le monde quelle est son inconstance & volubilité, & comme il ne s'y faut pas trop fier.

171.
Des graueures empraintes anciennement és annedux. CHAP. XVII.


   CE qui m'a induit à parler des anneaux au chapitre precedent, a esté pour tomber sur le propos que ie veux presentement traitter, à sçauoir, que les anciens ont prins trop plus de plaisir aux graueures des pierres fines pour les porter en anneaux, que l'on ne pẽseroit. Et suis esbahi, que par cy deuant l'on n'a pas beaucoup prins garde à cela, où toutesfois se trouuent tant de beaux memoires de l'antiquité, comme se pourra voir par quelque petit nombre d'icelles graueures, que ie produiray cy apres. Nul n'en a fait mention de nostre tẽps, au moins que ie sçache, si ce n'est M.du Choul, qui en passant en a mis en auant quelques vnes en son liure De la Religion Romaine, comme il a esté de nostre temps gentil personnage, 

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