VITRUVE. LIV. X.
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Et en effet, tout ne se peut pas faire de la même manière. -
Il y a des machines qui, après avoir réussi sur un
petit modèle, peuvent produire en grand le même effet;
d'autres ne sauraient être représentées par des modèles;
il faut les voir exécutées; quelques-unes paraissent,
d'après un modèle, devoir facilement s’exécuter, qui,
lorsque les proportions viennent à grandir, font complétement -
défaut, comme nous pouvons nous en convaincre -
par la tarrière. On peut bien avec cet instrument
faire un trou d'un demi-doigt, d'un doigt, d'un doigt
et demi ; mais qu'on en veuille faire un d'un palme, on
n'en trouvera point de ce diamètre; et on n'ira jamais
ce semble, s'imaginer d'en vouloir faire un de plus d'un
demi-pied.
Ainsi, bien que quelquefois on voie faire certaines
choses avèc de petits modèles, ce n'est point une raison -
pour qu’on en puisse faire l’application en grand.
Ce fut là l'erreur des Rhodiens, qui avaient joint l'offense -
au tort qu'ils faisaient à Diognète. Mais quand ils
virent l'ennemi poursuivre le siège avec opiniâtreté,
et s'acharner à la prise de la ville, à l'aide de cette
machine, effrayés du danger que courait leur liberté
et ne voyant en perspective que la ruine de leur ville,
ils allèrent se jeter aux pieds de Diognète, et le supplièrent -
de secourir sa patrie.
Diognète refusa d'abord toute assistance; mais à la
vue de la jeune noblesse des deux sèxes qui s'était réunie
aux prêtres pour venir le prier encore, il se laissa fléchir, -
à condition que s'il prenait la machine, elle serait
à lui; ce qui lui fut accordé. Aussitôt il fait percer le
mur du côté par où la machine devait s'approcher, et
ordonna que tous les citoyens sans distinction apportassent -
ce qu'ils auraient d'eau, de fumier, de boue, pour
le jeter en avant du mur par le moyen de tuyaux qu'on
avait fait passer par l'ouverture pratiquée dans la mu¬