VITRUVE. LIV. X.
439
autant de facilité que de promptitude. L'emploi d'une
seule pièce de bois a cela d'avantageux, que, en lui donnant -
préalablement l'inclinaison que l'on veut, à droite
ou a gauche, elle peut déposer les fardeaux sur les
côtés. Toutes les machines qui ont été décrites ci-dessus
peuvent encore servir à charger et à décharger les navires,
les unes debout, les autres couchées sur des pièces de
bois faciles à mettre en mouvement. On peut encore,
sans élever d'arbre, étendre à terre les mêmes câbles et
les mêmes poulies, et s'en servir pour tirer les navires
hors de l'eau.
Il n'est pas hors de propos d'expliquer aussi l'invention -
ingénieuse de Chersiphron. Cet architecte voulait
transporter des fûts de colonnes, des carrières où on
les prenait, jusqu'à Ephèse, où il bâtissait le temple de
Diane. Craignant que la pesanteur des fardeaux et le
peu de solidité des chemins de campagne ne fissent enfoncer -
les roues, voici l'expédient qu'il trouva. Quatre
pièces de bois de quatre pouces carrés, deux placées
en travers et les deux autres én long, égales à la grandeur -
de chaque fût de colonne, furent solidement assemblées. -
Aux deux bouts des fûts, il scella avec du
plomb des boulons de fer en forme de queue d’aronde,
et enfonça dans les traverses des anneaux en fer pour y
faire passer les boulons. De plus, il attacha aux deux
extrémités de la machine, des timons en bois de chêne
auxquels on attela des bœufs, et les boulons passés dans
les anneaux de fer y tournaient si librement, que les fûts
des colonnes, grâce à ces boulons et à ces anneaux de
fer, roulèrent sans aucune difficulté.
Quand tous les fûts des colonnes eurent été transportés, -
il fut aussi question du transport des architraves. -
Métagène, fils de Chersiphron, prit modèle sur
cette machine pour les amener. Il fit des roues de
douze pieds environ, et au milieu de ces roues il en¬