VITRUVE. LIV. VI.
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dre dans ces circonstances, que le jugement se fait remarquer. -
L'œil ne calcule pas toujours avec exactitude;
souvent il nous induit en erreur par ses appréciations.
Dans un tableau, les colonnes semblent se détacher sur
le fond, les mutules être en saillie, les statues s'avancer
hors de la toile que nous savons pourtant avoir une surface -
plane. Les rames d'un vaisseau, bien que droites
sous l'eau, nous paraissent néanmoins rompues, et tant
que leurs parties ne font qu’effleurer la superficie de
l'eau, elles apparaissent telles qu'elles sont, droites;
mais elles ne sont pas plutôt plongées dans l'eau que,
à cause de la rareté transparente de l'élément qui laisse
passer jusqu'à sa surface l'image que le corps des rames
y envoie, et qui vient s'y refléter, elles produisent à
l'œil l'effet de rames brisées.
Or, que ce soient les objets qui renvoient leur image
ou qui reçoivent, comme le veulent les physiciens, les
rayons qui partent de nos yeux, il n'en est pas moins
vrai, dans l'un et l'autre cas, que nos yeux portent des
jugements erronés.
Puis donc que ce qui est vrai semble ne pas l'être, et
que certaines choses sont reconnues pour n'être pas ce
que l'œil les a jugées, je ne crois pas qu'on doive douter
qu’il né soit nécessaire d’ajouter ou de retrancher, selon
que l’exige la nature des lieux, sans toutefois que les
changements laissent rien à désirer; mais pour réussir
en cela, il faut avoir autant de pénétration que de
science.
Le premier point sera donc d'établir une règle de proportion -
à laquelle on puisse faire d'une manière précise
les changements nécessaires; le second, de tracer le plan
du bâtiment que l'on veut faire, en y joignant celui de
la localité, avec la longueur et la largeur : une fois les
dimensions bien prises, on y conformera les proportions
et la convenance, afin qu'au premier aspect on en sai-