VITRUVE. LIV. VIII.
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faire des clôtures dans les champs. La cause de cet effet
semble toute naturelle. Dans les lieux d'où sort cette
source, se trouve une substance semblable à celle de la
chaux ; cette substance mêlée en grande quantité à l'eau
de cette source sort de terre avec elle, et se durcit par
l'action du soleil et de l'air, comme nous voyons se former -
le sel dans les salines.
Il y a aussi des sources auxquelles les sucs amers de
la terre donnent une grande amertume. Tel, au royaume
de Pont, le fleuve Hypanis qui, à partir de sa source
roule des eaux très-douces par un espace d'environ quarante -
milles; parvenu à un endroit qui se trouve à
cent soixante milles de son embouchure, il reçoit dans
son cours une toute petite source qui n'a pas plutôt
mêlé son filet d'eau à la masse des eaux du fleuve, qu'elle
les rend amères : c'est que l'eau de cette source traverse
les veines d'une terre d'où l'on tire la sandaraque qui
lui donne son amertume.
Or, toutes ces différences de goût ne sont dues qu'aux
diverses qualités du terroir, comme on le remarque
aussi dans les fruits : car si les racines des arbres, ou des
vignes, ou des autres plantes, ne composaient pas leurs
fruits des sucs qu'elles tirent de la nature du terrain
les mêmes fruits auraient partout le même goût. Nous
savons cependant que dans l'ile de Lesbos se fait le vin
appelé protyrum; en Méonie, le viryg (2, en
Lydie, le tmolitès6); le mamertin, en Sicile; le falerne,
en Campanie; à Terracine et à Fundi, le cécube; et
dans un grand nombre d’endroits divers, de nombreuses
espèces de vin de qualités différentes; et il ne peut en
être ainsi que parce que les sucs de la terre communiquant -
leurs propriétés aux racines, en saturent le bois
qui les fait monter jusqu’au sommet des branches où les
fruits reçoivent le goût particulier à la nature du terroir.
(1) Vin de mère-goutte. — (2) Vin brûlé. — (3) Mélange de vin du mont Tinolus.