Full text : Tome second (2)

VITRUVE.  LIV.  VII.
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centaures  soutenant  les  architraves,  des  toits  arrondis
comme  des  dômes,  des  frontons  avec  de  grandes  saillies,
des  corniches  ornées  de  têtes  de  lion,  toutes  choses  qui
ne  conviennent  qu'aux  larmiers.  Il  n'en  avait  pas  moins
peint  au-dessus  un  second  ordre  avec  d'autres  coupoles
des  porches,  des  moitiés  de  faîte,  et  toutes  les  autres  parties -
  qui  ornent  un  toit.  Tout  l'aspect  de  cette  scène  charmait -
  les  yeux  de  tous  les  spectateurs,  par  l'heureuse  distribution -
  des  teintes,  et  on  allait  approuver  ce  travail,
lorsque  le  mathématicien  Licinius  se  présenta  et  dit  :
Les  Alabandins  passent  pour  ne  point  manquer  d'une
certaine  habileté  dans  toutes  les  affaires  civiles;  mais
une  petite  faute  contre  la  convenance  leur  a  fait  perdre
l'opinion  qu'on  avait  de  leur  jugement,  en  ce  que  les
statues  qu'ils  ont  placées  dans  le  lieu  de  leurs  exercices,
représentent  toutes  des  avocats,  tandis  que  celles  qui
sont  dans  le  barreau,  représentent  des  personnes  qui
tiennent  des  disques,  qui  s'exercent  à  la  course,  qui
jouent  à  la  paume;  ces  statues,  si  maladroitement  placéés -
  dans  des  lieux  qui  ne  leur  conviennent  pas,  ont
grandement  fait  tort  à  la  réputation  des  habitants.  Prenons -
  garde  que  la  scène  d'Apaturius  ne  nous  fasse  prendre -
  pour  autant  d'Alabandins  ou  d'Abdéritains.  Qui  de
vous  à  jamais  vu  des  maisons,  des  colonnes  posées  sur
les  tuiles,  ou  sur  le  faîte  d'autres  maisons?  C'est  sur  les
paves  que  reposent  ces  parties  d'un  bâtiment,  et  non
sur  des  toits.  Si  nous  approuvons,  dans  une  peinture,
ce  qui  ne  peut  exister  en  réalité,  nous  nous  mettrons  sur
la  même  ligne  que  ces  peuples,  sur  le  jugement  desquels
de  felles  fautes  ont  fait  passer  condamnation.
Apaturius  n'osa  rien  répondre;  il  enleva  la  seène,
changea  tout  ce  qui  se  trouvait  contre  la  vérité,  et  la
fit  agréer  après  avoir  fait  les  corrections  convenables.
Plût  aux  dieux  que  Licinius  pût  revenir  à  la  vie  pour
nous  ramener  à  la  raison,  et  rectifier  ces  erreurs  qui  se
Vitruve.  II.
            
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