VITRUVE. LIV. VII.
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réservés pour les juges, et Aristophane, appelé avec les
autres, occupa la place qui lui avait été assignée.
La lice fut d'abord ouverte aux poëtes qui se miren
à lire leurs pièces. Le peuple, par ses applaudissements
fit comprendre aux juges ceux auxquels il donnait la
préférence, et, lorsqu'on leur demanda leur avis, six
se trouvèrent d'accord, et attribuèrent le premier prix à
celui qu'ils remarquèrent avoir fait le plus de plaisir au
peuple, et le second à celui qui suivait. Mais Aristophane, -
lorsqu'on vint à lui demander son opinion, fut
d'avis qu'on donnât le premier prix à celui qui avait le
moins plu au peuple.
A la vue de la vive indignation que témoignait le roi
avec le peuple, Aristophane se lève, et demande qu'on
veuille bien l'écouter. On fait silence, et il déclare qu'il
ne voit qu'un seul poête parmi les candidats; que les
autres n'ont fait que réciter des vers qui ne leur appartenaient -
pas; que le devoir du juge était de faire récompenser -
les véritables auteurs, et non les plagiaires.
Pendant que le peuple admirait cette réponse, et que
le roi balançait encore sur le parti qu'il avait à prendre
Aristophane, comptant sur sa mémoire, fit apporter de
certaines armoires un grand nombre de volumes, et par
les rapprochements qu'il en fit avec les morceaux qui
avaient été lus, il força les plagiaires à confesser leur
larcin. Le roi fit intenter contre eux une action, et les
renvoya chargés d'une condamnation ignominieuse. Pour
Aristophane, il reçut les présents les plus magnifiques,
et fut mis à la tête de la bibliothèque.
Quelques années après, le Macédonien Zoile, qui se
faisait appeler le Fléau d'Homère, vint à Alexandrie, et
lut au roi les écrits qu'il avait composés contre l'Iliade
et l'Odyssée. Ptolémée, indigné qu'on maltraitât de la
sorte le prince des poëtes, le père des lettres, et qu'on
fit si peu de cas de celui dont toutes les nations admi¬