VITRUVE. LIV. VII.
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sance, nous devons couvrir de blâme ceux qui ont dérobé -
leurs écrits pour se faire gloire d'en être les auteurs;
et ces plagiaires qui n'ont point une idée qui leur soit
propre, et que l'envie a poussés à se parer des dépouilles
d'autrui, méritent, non-seulement une forte censure,
mais encore une punition sévère, à cause de leur conduite -
criminelle. Les anciens, dit-on, ne manquèrent
jamais de châtier cette sorte de crime ; et il n'est point
hors de propos de raconter ici ce que l'histoire nous a
appris des jugements rendus à ce sujet.
Les rois attaliques, entraînés par le goût des belleslettres, -
avaient formé à Pergame une magnifique bibliothèque, -
pour la satisfaction de leurs sujets, et Ptolémée,
animé du même zèle et de la même ardeur, mit la même
activité, le même empressement à en faire une semblable
à Alexandrie. Après l'avoir achevée avec le plus grand
soin, il ne crut pas devoir en rester là, et voulut
l’augmenter, en jetant, pour ainsi dire, des semences pour
de nouveaux ouvrages. Il institua donc des jeux en l’honneur -
des Muses et d'Apollon, et de même qu'il y avait
pour les athlètes des récompenses et des honneurs, de
même il y en eut pour tous les écrivains qui remporteraient -
le prix.
Lorsque tout eut été ainsi organisé, et que l'époque
des jeux fut arrivée, il fallut choisir parmi les gens de
lettres les juges qui devaient apprécier le mérite de chaque -
ouvrage. Le roi en avait déjà choisi six dans la ville;
mais il ne pouvait arriver à en trouver un septième qui
fût digne de cet honneur. Il s'adresse à ceux qui avaient
soin de la bibliothèque, et leur demande s’ils ne connaîtraient -
point un homme capable de remplir le but.
Ils lui parlèrent d'un certain Aristophane qui venait chaque -
jour, avec la plus grande régularité, lire attentivement -
tous les livres, les uns après les autres. Dans l'assemblée -
des jeux, des siéges particuliers avaient été