VITRUVE. LIV. I.
67
Quant à l'épaisseur des murailles, je pense qu'elle
doit être telle que deux hommes armés venant à la rencontre -
l'un de l’autre, puissent passer sans difficulté. Que
dans cette épaisseur, des chevilles de bois d'olivier, formées -
d’une seule pièce et un peu brûlées, soient placées
à des distances fort rapprochées, afin que les deux parements -
de la muraille joints ensemble par ces chevilles,
comme par des clefs, aient une solidité qui défie les siècles.
Le bois ainsi préparé n’a a redouter ni les coups du bélier
ni pourriture ni vermoulure, et, qu'il soit enfoncé dans la
terre ou recouvert d’eau, il y reste, sans se corrompre,
toujours propre à la main d'œuvre. Cette pratique est
excellente, non-seulement pour les murs, mais encore
pour les fondements. Toute autre muraille à laquelle on
voudra donner l'épaisseur des remparts, gardera longtemps -
sa solidité par le moyen de cette liaison.
Les tours doivent être espacées de telle sorte que
l'une ne soit pas éloignée de l'autre de plus d'une portée
de trait, afin que si l'ennemi vient à attaquer l'une
d'elles, il puisse être repoussé par les traits lancés des
tours, placées à droite et à gauche, par les scorpions et
les autres machines. Il faut encore que le mur venant
s'appuyer contre la partie inférieure des tours, soit
coupé en dedans de manière que l'intervalle qu'on aura
ménagé égale le diamètre des tours. Pour rétablir les
communications, on jettera sur cet intervalle un léger
pont en bois que le fer ne fixera point, afin que les
assiégés puissent l'enlever facilement, si l'ennemi venait -
à se rendre maître de quelque partie du mur; et s'ils
y mettent de la promptitude, l'ennemi ne pourra qu’en
se précipitant passer aux autres parties des tours et de
la muraille.
Les tours doivent être rondes ou poligones : celles
qui sont carrées croulent bientôt sous les efforts des machines, -
et les coups du bélier en brisent facilement les