VITRUVE. LIV. I.
lieux où l'on voulait fonder une ville ou établir un camp:
on en examinait les foies; si les premiers étaient livides
et corrompus, on en examinait d'autres, dans la crainte
d'attribuer plutôt à la qualité de la pâture, qu'à une
maladie, l'état de cet organe. Après plusieurs expériences, -
après avoir reconnu que cet organe était sain
et entier, grâce à la bonté des eaux et des pâturages du
lieu, on y élevait des retranchements. Si, au contraire,
on les trouvait généralement corrompus, on allait s'établir -
ailleurs. On concluait de cette expérience, que l'eau
et la nourriture devaient, dans ces mêmes lieux, occasionner -
chez l’homme les mêmes inconvénients. On changeait -
de demeure, et on allait dans une autre contrée
chercher tout ce qui peut contribuer à la santé.
Veut-on s'assurer que les herbes et les fruits peuvent
faire connaître la qualité du terrain qui les produit? On
le peut facilement, par les remarques faites sur les terres
qui, en Crète, avoisinent le Pothérée, rivière qui coule
entre deux villes de cette ile, Gnossus et Gortyne. A
droite et à gauche paissent des troupeaux; ceux qui
paissent près de Gnossus ont une rate; mais on ne rencontre -
point ce viscère chez ceux qui se trouvent de
l'autre côté, près de Gortyne. Les médecins ont cherché
la cause de cette singularité, et ont trouvé dans cet endroit -
une herbe qui a la vertu de diminuer la rate des
animaux qui la broutent. Ils ont cueilli cette herbe et en
ont fait un médicament pour guérir les personnes affectées -
de splénite. Les Crétois l'appellent ao (). Cet
exemple fait voir que la nourriture et la boisson peuvent
faire apprécier la qualité bonne ou mauvaise des terrains.
Si une ville a été bâtie dans des marais, et que ces
marais s'étendent sur le bord de la mer; si, par rapport
à la ville, ils se trouvent au septentrion, ou entre le
septentrion et l'orient, et qu'ils soient élevés au-dessus
(1) Cétérach.