VITRUVE. LIV. IV.
339
que offrant la proportion, la force et la beauté du corps
de l'homme.
Plus tard ils élevèrent un temple à Diane, et, cherchant -
pour les colonnes quelque nouvel agrément, ils
leur donnèrent, d'après la même méthode, toute la délicatesse -
du corps de la femme. Ils prirent d'abord la
huitième partie de leur hauteur pour en faire le diamètre, -
afin qu'elles s'élevassent avec plus de grâce. On les
plaça sur des bases en forme de spirale, qui figuraient
la chaussure; le chapiteau fut orné de volutes qui représentaient -
la chevelure dont les boucles tombent en
ondoyant à droite et à gauche; des cymaises et des festons, -
semblables à des cheveux ajustés avec art, vinrent
parer le front des colonnes, et du haut de leur tige jusqu'au -
bas descendirent des cannelures, à l'imitation des
plis que l'on voit aux robes des dames. Ainsi furent inventés -
ces deux genres de colonnes : l'un emprunta au
corps de l'homme sa noblesse et sa simplicité, l'autre à
celui de la femme, sa délicatesse, ses ornements, sa grâce.
Dans la suite le goût et le jugement se perfectionnèrent -
; l'élégance des petits modules eut de la vogue, et
l'on donna à la hauteur de la colonne dorique sept de ses
diamètres, et huit et demi à la colonne ionique. Cette
colonne, dont les loniens furent les inventeurs, fut appelée -
ionique. La troisième, qu’on nomme corinthienne,
représente toute la grâce d'une jeune fille, à laquelle un
âge plus tendre donne des formes plus déliées, et dont la
parure vient encore augmenter la beauté.
Voici l'anecdote que l'on raconte au sujet de l'invention -
du chapiteau de cette colonne. Une jeune fille de
Corinthe, arrivée à l'âge nubile, fut atteinte d'une maladie -
qui l'emporta ; après sa mort, de petits vases qu'elle
avait aimés pendant sa vie, furent recueillis par sa nourrice, -
arrangés dans une corbeille, et déposés sur sa
22.