VITRUVE. LIV. III.
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ces hommes ne peuvent, malgré toute l'étendue de leur
savoir, acquérir assez de crédit pour faire croire qu'ils
connaissent à fond la profession qu'ils exercent.
Les sculpteurs et les peintres de l'antiquité en sont la
preuve la plus irrécusable. Parmi eux on ne voit que ceux
qui ont obtenu des marques d’honneur, et joui des faveurs
de la considération, dont le nom soit passé à la postérité, -
Myron, par exemple, Polyclète, Phidias, Lysippe
et les autres qui ont dû leur célébrité à leur talent. Les
grandes villes, les rois, les citoyens illustres, pour lesquels -
ils ont fait des ouvrages, les ont conduits à l'immortalité. -
Mais il en est d'autres qui, avec autant de
goût, d'art et de génie, ont exécuté des travaux non
moins admirables de perfection, pour des citoyens d'une
condition humble et obscure, sans laisser après eux aucun -
renom; et certes ce ne furent ni l'habileté ni le
talent, ce fut le bonheur qui fit défaut à Hellas d'Athènes, -
à Chion de Corinthe, à Myagre le Phocéen, à
Pharax d'Ephèse, à Bedas de Byzance, et à plusieurs
autres. On en peut dire autant des peintres. Aristomène
le Thasien, Polyclès l'Adramitain, Nicomaque et d'autres -
encore, manquèrent-ils de talent, de savoir, d'habileté? -
Mais l'exiguité de leur fortune ou leur mauvaise
étoile, ou bien encore quelque contestation dans laquelle
leurs rivaux ont eu la supériorité, a été un obstacle à
leur élévation.
Il ne faut pourtant pas s'étonner que le mérite reste
obscur, quand il est ignoré; mais n'y a-t-il pas lieu de
s'indigner en voyant qu'on se laisse corrompre par des
invitations à quelques repas, et que par là l'approbation
due au talent devienne le prix de l'incapacité. Si donc,
comme l’aurait voulu Socrate, les pensées des hommes
et leurs sentiments, si leur science appuyée sur l'instruction -
avaient été visibles, apparentes, on ne verrait point
prévaloir la faveur et l'intrigue, et ceux qui, par des