ET SUR SES ÉCRITS.
ce que le style? N'est-ce pas la manière de rendre ses pensées
par écrit? Le style n'est-il pas le résultat du choix des mots,
et de leur arrangement selon les lois de l’harmonie et du nombre?
Or, il doit y avoir plusieurs sortes de style, qui toutes revêtent
la couleur des sujets traités. L'orateur n'a pas le style de l'historien, -
le poête celui du philosophe. Le choix des mots, quand il
s'agit d’un art, est borné à ceux qui conviennent à cet art;
mais s'il se fait des découvertes inconnues aux anciens, s'il arrive -
que les mots manquent dans la langue dont on se sert, il
faudra bien en aller chercher dans les langues étrangères, dans
celles surtout où ces choses nouvelles sont connues et employées.
Et n'est-il point injuste de reprocher à Vitruve d'avoir emprunté
quelques mots à la Grèce, lui qui appuie ses préceptes sur
l'autorité des édifices et des écrivains de ce pays, auquel Rome
doit son architecture. Et les mots dipteros, peripteros, amphiprostylos, -
prostylos, pronaos, systylos, pycnostylos, eustylos,
diastylos, anterides, erismæ, apophygis, astragalos, entasis,
emplecton , hypœthrum, epistylium, zophorus, triglyphus
grammicum, corsa, episcenos, diagramma, catatechnos, lacotomus, -
etc., tous mots dérivés du grec, tous mots techniques,
tous pris dans la même acception par les écrivains latins contemporains, -
n'embarrassent point le style, ne paraissent point
devoir en être bannis. Et parce que Vitruve a employé des mots
latins propres à son art, mais ne se rencontrant point dans
d'autres auteurs, est-ce une raison pour lui en faire un crime?
Pourquoi, par exemple, les mots æquilatatio, palationes, alveolatus, -
immissarium, geniculus, columnarium, coassare, coassatio, -
statuminare, plano pede, in cultro, pilatim, incumba,
displuviatum, mæniana, replum, et d'autres, seraient-ils proscrits? -
C'est sans doute parce que quelques-uns d'entre eux présentent -
de l'obscurité? Mais est-ce sur Vitruve qu'il en faut faire
retomber la faute? Non certainement ; pas plus qu'on ne doit lui
reprocher quelques fautes contre la syntaxe, qui proviennent le
plus souvent de la corruption du texte. Quant à la brièveté qui
sème de grandes difficultés les livres de Vitruve, elle entre dans
son plan; et parmi les raisons qu'il en donne, il faut convenir
qu'il en est qui sont pour le moins singulières : les affaires, tant
publiques que particulières, dont je vois, dit-il, tous les citoyens