Volltext : Tome premier (1)

ET  SUR  SES  ÉCRITS.
ce  que  le  style?  N'est-ce  pas  la  manière  de  rendre  ses  pensées
par  écrit?  Le  style  n'est-il  pas  le  résultat  du  choix  des  mots,
et  de  leur  arrangement  selon  les  lois  de  l’harmonie  et  du  nombre?
Or,  il  doit  y  avoir  plusieurs  sortes  de  style,  qui  toutes  revêtent
la  couleur  des  sujets  traités.  L'orateur  n'a  pas  le  style  de  l'historien, -
  le  poête  celui  du  philosophe.  Le  choix  des  mots,  quand  il
s'agit  d’un  art,  est  borné  à  ceux  qui  conviennent  à  cet  art;
mais  s'il  se  fait  des  découvertes  inconnues  aux  anciens,  s'il  arrive -
  que  les  mots  manquent  dans  la  langue  dont  on  se  sert,  il
faudra  bien  en  aller  chercher  dans  les  langues  étrangères,  dans
celles  surtout  où  ces  choses  nouvelles  sont  connues  et  employées.
Et  n'est-il  point  injuste  de  reprocher  à  Vitruve  d'avoir  emprunté
quelques  mots  à  la  Grèce,  lui  qui  appuie  ses  préceptes  sur
l'autorité  des  édifices  et  des  écrivains  de  ce  pays,  auquel  Rome
doit  son  architecture.  Et  les  mots  dipteros,  peripteros,  amphiprostylos, -
  prostylos,  pronaos,  systylos,  pycnostylos,  eustylos,
diastylos,  anterides,  erismæ,  apophygis,  astragalos,  entasis,
emplecton  ,  hypœthrum,  epistylium,  zophorus,  triglyphus
grammicum,  corsa,  episcenos,  diagramma,  catatechnos,  lacotomus, -
  etc.,  tous  mots  dérivés  du  grec,  tous  mots  techniques,
tous  pris  dans  la  même  acception  par  les  écrivains  latins  contemporains, -
  n'embarrassent  point  le  style,  ne  paraissent  point
devoir  en  être  bannis.  Et  parce  que  Vitruve  a  employé  des  mots
latins  propres  à  son  art,  mais  ne  se  rencontrant  point  dans
d'autres  auteurs,  est-ce  une  raison  pour  lui  en  faire  un  crime?
Pourquoi,  par  exemple,  les  mots  æquilatatio,  palationes,  alveolatus, -
  immissarium,  geniculus,  columnarium,  coassare,  coassatio, -
  statuminare,  plano  pede,  in  cultro,  pilatim,  incumba,
displuviatum,  mæniana,  replum,  et  d'autres,  seraient-ils  proscrits? -
  C'est  sans  doute  parce  que  quelques-uns  d'entre  eux  présentent -
  de  l'obscurité?  Mais  est-ce  sur  Vitruve  qu'il  en  faut  faire
retomber  la  faute?  Non  certainement  ;  pas  plus  qu'on  ne  doit  lui
reprocher  quelques  fautes  contre  la  syntaxe,  qui  proviennent  le
plus  souvent  de  la  corruption  du  texte.  Quant  à  la  brièveté  qui
sème  de  grandes  difficultés  les  livres  de  Vitruve,  elle  entre  dans
son  plan;  et  parmi  les  raisons  qu'il  en  donne,  il  faut  convenir
qu'il  en  est  qui  sont  pour  le  moins  singulières  :  les  affaires,  tant
publiques  que  particulières,  dont  je  vois,  dit-il,  tous  les  citoyens
            
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