NOTICE SUR VITRUVE
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aussi bien que dans la solidité, que consiste la beauté. Or, ce
qui regarde l'utilité varie selon les mœurs, les institutions, les
cérémonies religieuses, les usages des peuples. Il peut donc
exister de grandes différences entre des édifices qui portent aujourd'hui -
le même nom qu'ils avaient autrefois. Et quant à leur
grandeur, à leur magnificence, à la multitude et à la richesse
de leurs ornements, elles sont déterminées par le luxe ou par
la simplicité qui se présente sous des aspects très-variés, et
que lés hommes apprécient d’une manière bien différente.
La troisième difficulté, Vitruve l'a sentie lui-même, et c'est
moins à lui qu'elle doit s'adresser qu'à la matière qu'il traite.
Il a dû se servir d'un grand nombre de termes techniques qui
ne se retrouvent chez aucun autre auteur, et qui dès lors restent
sans explication, et d'une foule d'autres mots qu'il a été obligé
d'emprunter à la langue grecque. Ce serait vainement qu'on
chercherait dans notre auteur cette élégance, cette pureté qui
brille dans les écrivains du siècle d’Auguste, qui, même au siècle
suivant, distingue Pline et Celse, bien que celui-ci ait écrit sur
la médecine, et celui-là sur tous les sujets; mais Vitruve ne
s'est pas tant efforcé de rendre son style clair que concis, dans
la confiance où il était que les figures qu'il avait ajoutées au
texte suppléeraient suffisamment à ce qui pourrait y manquer
de clarté. Malheureusement les premiers copistes, soit par négligence, -
soit par maladresse, ont laissé perdre ces figures
qu'ils ont crues inutiles à l'intelligence d'un texte qu’elles rendaient -
sans doute clair à leurs yeux ; mais quand plus tard il
a été question de copier les nouveaux manuscrits privés des
figures, il est devenu presque impossible que les nouveaux copistes -
n'aient pas fait beaucoup de fautes en écrivant des choses
auxquelles ils ne comprenaient plus rien. De là un texte
que le talent d'habiles commentateurs n'est pas toujours parvenu -
à rendre bien net dans quantités d'endroits. Et puis
Vitruve ne prie-t-il pas lui-même ceux qui le liront de lui
pardonner s'ils ne trouvent dans son travail ni la profondeur du
philosophe, ni l'habileté du rhéteur, ni la pureté du grammairien, -
et s'ils ne rencontrent en lui qu'un architecte qui ne possède -
des sciences que ce qu'exige son art. Aussi Alberti a-t-il
été trop sévère dans le jugement qu'il en a porté. Car qu'est¬