NOTES DU LIVRE II.
206
signes de leurs idées ou des choses mêmes qui en étaient les
objets, et enfin à se former une langue. Cicéron (de l'Orateur.
liv. 1, ch. 8) a une opinion contraire : « Quelle autre puissance
que celle de la parole, dit-il , a réuni les hommes dispersés, leur
a fait quitter leur vie sauvage et féroce pour l'état de civilisation
où nous sommes? Et lorsqu'ils ont eu formé des cités, par quel
autre moyen se sont établis les lois, la justice et l'ordre des jugements? -
» D'après Cicéron, le langage aurait précédé la réunion
des hommes.
J.-J. Rousseau, dans son Discours sur l'origine et les fondements -
de l'inégalité parmi les hommes, ire partie, a pris pour
base de ses recherches l’hypothèse humiliante de l’homme né sauvage -
dans les premiers jours du monde. Quel parti a-t-il tiré de
cette chimérique supposition, pour expliquer le fait de l'origine
des langues? Il y a trouvé les difficultés les plus grandes, et il
est contraint, à la fin, de les avouer insolubles. « Effrayé, dit-il,
des difficultés qui se multiplient, et convaincu de l'impossibilité
presque démontrée, que les langues aient pu naître et s'établir
par des moyens purement humains, je laisse à qui voudra l'entreprendre, -
la discussion de ce difficile problème : « Lequel a été
« le plus nécessaire, de la société déjà liée, à l'institution des
« langues, ou des langues déjà inventées, à l’établissement de la
«société. »
7.— Ex eventu fari fortuito cœperunt. Il est bien difficile
qu’un homme qui raisonne puisse se persuader que les langues,
les mnots soient des inventions dues au hasard. Une langue est,
sans contredit , la totalité des usages propres à une nation pour
exprimer les pensées par la voix, et les communiquer; ainsi toute
langue suppose une société préexistante qui aura fondé les usages
constituant le corps de la langue. Si les hommes commencent à
exister sans parler, jamais ils ne parleront. Quand on sait quelque -
langue, on peut aisément en inventer une autre ; mais si l'on
n'en sait aucune, on n’en saura jamais, à moins qu’on entende
parler quelqu'un. L'organe de la parole est un instrument qui
demeure inutile, s'il n'est mis en jeu par les impressions de l'ouie.
Personne n'ignore que c'est la surdité originelle qui tient dans
l'inaction la bouche des muets de naissance.
8. — Ab natura prœmium. C'est assurément à tort qùe Philander, -
approuvé par Stratico, a préféré au mot prœmium le mot
primum, qui est sans valeur, tandis que l'autre, qui d'ailleurs se
trouve dans de bonnes éditions, indique l'avantage que nous à