Volltext : Tome premier (1)

NOTES  DU  LIVRE  II.
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signes  de  leurs  idées  ou  des  choses  mêmes  qui  en  étaient  les
objets,  et  enfin  à  se  former  une  langue.  Cicéron  (de  l'Orateur.
liv.  1,  ch.  8)  a  une  opinion  contraire  :  «  Quelle  autre  puissance
que  celle  de  la  parole,  dit-il  ,  a  réuni  les  hommes  dispersés,  leur
a  fait  quitter  leur  vie  sauvage  et  féroce  pour  l'état  de  civilisation
où  nous  sommes?  Et  lorsqu'ils  ont  eu  formé  des  cités,  par  quel
autre  moyen  se  sont  établis  les  lois,  la  justice  et  l'ordre  des  jugements? -
  »  D'après  Cicéron,  le  langage  aurait  précédé  la  réunion
des  hommes.
J.-J.  Rousseau,  dans  son  Discours  sur  l'origine  et  les  fondements -
  de  l'inégalité  parmi  les  hommes,  ire  partie,  a  pris  pour
base  de  ses  recherches  l’hypothèse  humiliante  de  l’homme  né  sauvage -
  dans  les  premiers  jours  du  monde.  Quel  parti  a-t-il  tiré  de
cette  chimérique  supposition,  pour  expliquer  le  fait  de  l'origine
des  langues?  Il  y  a  trouvé  les  difficultés  les  plus  grandes,  et  il
est  contraint,  à  la  fin,  de  les  avouer  insolubles.  «  Effrayé,  dit-il,
des  difficultés  qui  se  multiplient,  et  convaincu  de  l'impossibilité
presque  démontrée,  que  les  langues  aient  pu  naître  et  s'établir
par  des  moyens  purement  humains,  je  laisse  à  qui  voudra  l'entreprendre, -
  la  discussion  de  ce  difficile  problème  :  «  Lequel  a  été
«  le  plus  nécessaire,  de  la  société  déjà  liée,  à  l'institution  des
«  langues,  ou  des  langues  déjà  inventées,  à  l’établissement  de  la
«société.  »
7.—  Ex  eventu  fari  fortuito  cœperunt.  Il  est  bien  difficile
qu’un  homme  qui  raisonne  puisse  se  persuader  que  les  langues,
les  mnots  soient  des  inventions  dues  au  hasard.  Une  langue  est,
sans  contredit  ,  la  totalité  des  usages  propres  à  une  nation  pour
exprimer  les  pensées  par  la  voix,  et  les  communiquer;  ainsi  toute
langue  suppose  une  société  préexistante  qui  aura  fondé  les  usages
constituant  le  corps  de  la  langue.  Si  les  hommes  commencent  à
exister  sans  parler,  jamais  ils  ne  parleront.  Quand  on  sait  quelque -
  langue,  on  peut  aisément  en  inventer  une  autre  ;  mais  si  l'on
n'en  sait  aucune,  on  n’en  saura  jamais,  à  moins  qu’on  entende
parler  quelqu'un.  L'organe  de  la  parole  est  un  instrument  qui
demeure  inutile,  s'il  n'est  mis  en  jeu  par  les  impressions  de  l'ouie.
Personne  n'ignore  que  c'est  la  surdité  originelle  qui  tient  dans
l'inaction  la  bouche  des  muets  de  naissance.
8.  —  Ab  natura  prœmium.  C'est  assurément  à  tort  qùe  Philander, -
  approuvé  par  Stratico,  a  préféré  au  mot  prœmium  le  mot
primum,  qui  est  sans  valeur,  tandis  que  l'autre,  qui  d'ailleurs  se
trouve  dans  de  bonnes  éditions,  indique  l'avantage  que  nous  à
            
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