VITRUVE. LIV. II.
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que la ville va leur être livrée : tous sortent de leurs
vaisseaux pour entrer dans la ville. Artémise fit incontinent -
ouvrir le petit port, d'où l'on vit son armée navale
gagner la mer pour de là se porter dans le grand. Ses soldats
et ses matelots paraissent, s'emparent des vaisseaux vides
des Rhodiens, et les emmènent en pleine mer. Les Rhodiens, -
n'ayant aucun moyen de fuir, furent passés au fil de
l'épée sur la place publique, où ils se trouvèrent cernés,
Cependant Artémise fait monter sur les vaisseaux des
Rhodiens ses soldats et ses matelots, et cingle vers Rhodes. -
Les habitants, à la vue de leurs vaisseaux couronnés -
de lauriers, s'imaginant que c'étaient leurs concitoyens -
qui revenaient victorieux, reçurent leurs ennemis.
Alors la reine, après s'être emparée de l'ile, après en
avoir fait mettre à mort les principaux habitants, éléva
au milieu de la ville de Rhodes un trophée de sa victoire,
et fit faire deux statues de bronze, l'une représentant la
cité des Rhodiens, l'autre sa propre image qui imprimait -
au front de sa rivale les stigmates de la servitude.
Dans la suite, les Rhodiens, arrêtés par leurs scrupules,
parce qu'il est défendu d'enlever les trophées consacrés,
construisirent autour de ce lieu un édifice, et, comme les
Grecs l'entourèrent d'une barrière pour le mettre à l'abri
des curieux, ils le firent appeler ap;Garov(1).
Puis donc que des rois si puissants n'ont point dédaigné
de faire bâtir des murs de brique, eux que leurs revenus et
les dépouilles de l'ennemi mettaient à même d'en avoir
en moellon, en pierre de taille et même en marbre, je
ne pense pas qu'il faille condamner l'usage de la brique
dans la construction des édifices, pourvu qu'il soit bien
appliqué. Je vais dire pourquoi le peuple romain n’a point
voulu l'admettre dans Rome, sans oublier les raisons
qui l'ont fait rejeter.
La loi ne permet point de donner aux murs extérieurs
(1) Où l'on ne pénètre pas.