VITRUVE. LIV. II.
155
S'il n'y avait point de sablière d'où l'on pût retirer
du sable fossile, on irait prendré au fond des rivières
du gravier, dont on ferait disparaître tout corps étranger -
au sable; les bords de la mer pourraient encore être
mis à contribution. Pourtant le sable marin a le défaut
de sécher difficilement, et d'empêcher qu'on ne bâtisse
sans intermittence une muraille qui ne pourrait porter
une grande charge, si on ne la maçonnait à plusieurs
reprises pour lui donner le temps de se consolider; il
n'entre point dans la construction des voûtes. Il y a de
plus que les murs dont le crépi a été fait avec de la
chaux mêlée de ce sable, se remplissent de salpêtre, sont
toujours humides, et finissent par s’en dégarnir.
Le mortier de sable fossile sèche, au contraire,
promptement ; il dure longtemps dans les crépis et est
très-solide dans les plafonds, surtout quand le sable est
nouvellement extrait des sablières , car s'il reste longtemps -
dehors sans être mis en œuvre, le soleil et la lune
l'altèrent, le givre le dissout, et il devient terreux. Lorsque -
dans cet état il est employé dans la maçonnerie, les
moellons ne peuvent tenir; ils se détachent, ils tombent;
les murs ne sont point capables de soutenir un grand
poids. Toutefois le sable fossile nouvellement extrait,
bien qu'il convienne parfaitement à la maçonnerie, n'est
pas aussi avantageux pour les crépis, parce qu'il est si
gras et sèche si vite, que, mêlé à la chaux avec de la
paille, il fait un mortier qui ne peut durcir sans se ger
cer. Mais le sable de rivière à cause de sa maigreur.
quand il a été, comme le ciment, bien corroyé, bien
battu, donne au crépi une grande solidité.
V. De la chaux.
Après avoir expliqué de quelle utilité pouvaient être
les différentes espèces de sable, il faut maintenant nous