VITRUVE. LIV. II.
143
tout à fait dépourvues de forêts, et qui, par conséquent,
manquent d'arbres, choisissent des tertres naturels,
les creusent au milieu, et pratiquent des chemins pour
arriver à l'espace qu'ils ont élargi autant que l'a permis
la nature du lieu. Au-dessus ils élèvent des cônes avec
des perches liées entre elles, les couvrent de roseaux et
de chaume, et entassent des monceaux de terre sur ces
habitations, auxquelles ce genre de toit donne de la chaleur -
en hiver et de la fraîcheur en été. Quelques peuples -
couvrent leurs chaumières avec des herbes de marais. -
Chez d’autres nations et dans certaines localités, on
emplôie les mêmes moyens pour construire des cabanes.
A Marseille nous pouvons remarquer qu'au lieu de tuiles,
c'est de la terre pétrie avec de la paille qui recouvre
les toits. A Athènes, l'Aréopage a été conservé jusqu'à
ce jour avec son toit d'argile comme un modèle de l'antiquité, -
et dans le Capitole on peut regarder comme un
souvenir, comme un échantillon des mœurs antiques, la
chaumière de Romulus, qu'on a conservée avec sa couverture -
de chaume dans le lieu destiné aux choses sacrées.
D'après ces observations, nous pouvons juger que
telle fut la manière de bâtir des anciens. Mais un travail
journalier donna aux mains plus d'adresse, plus d'habileté -
pour bâtir, et un exercice assidu amena ces esprits
subtils à travailler d'une manière plus éclairée. Il arriva
alors que l'art venant à les animer, ceux qui eurent le
plus de goût pour la construction des bâtiments en firent
une profession particulière. Ce fut ainsi que procéda la
nature; elle ne s'était pas contentée de départir à
l'homme le sentiment qu'elle avait aussi donné aux autrès -
animaux : elle lui avait mis dans l'esprit l'arme de
la prudence et de la raison, et avait assujetti à sa puissance -
tous les autrés êtres animés. De la construction
de leurs demeures les hommes arrivèrent par degrés aux
autres arts et aux autres sciences, et leurs mœurs, déve¬