VITRUVE. LIV. II.
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et sentirent tout l'avantage qu'ils pourraient retirer pour
leur corps de la douce chaleur du feu. On ajouta du bois,
on entretint la flamme, on amena d'autres hommes auxquels -
on fit comprendre par signes toute l'utilité de cette
découverte. Les hommes ainsi rassemblés articulèrent
différents sons qui, répétés chaque jour, formèrent par
hasard certains mots dont l'expression habituelle servit
à désigner les objets; et bientôt ils eurent un langage
qui leur permit de se parler et de se comprendre.
Ce fut donc la découverte du feu qui amena les
hommes à se réunir, à faire sóciété entre eux, à vivre
ensemble, à habiter dans un même lieu. Doués d'ailleurs
de plusieurs avantages que la nature avait refusés aux
autres animaux, ils purent marcher droits et la tête levée, -
contempler le magnifique spectacle de la terre et
des cieux, et, à l'aide de leurs mains si bien articulées,
faire toutes choses avec facilité : aussi commencèrent-ils
les uns à construire des huttes de feuillage, les autres à
creuser des cavernes au pled des montagnes; quelquesuns, -
à l'imitation de l'hirondelle qu'ils voyaient se construire -
des nids, façonnèrent avec de l’argile et de petites
branches d’arbres des retraites qui purent leur servir
d'abri. Chacun examinait avec soin l'ouvrage de son
voisin, et perfectionnait son propre travail par les idées
qu'il y puisait, et les cabanes devenaient de jour en
jour plus habitables.
Or, comme les hommes étaient d'une nature docile et
propre à imiter, ils se glorifiaient chaque jour de leurs
découvertes, et se communiquaient réciproquement les
améliorations qu'ils y apportaient. C'est ainsi que, grâce
à l'émulation qui tenait continuellement leur esprit en
haleine, ils rectifiaient à l'envi les ouvrages qu'ils entreprenaient. -
Ils plantèrent d’abord des perches fourchues,
qu'ils entrelacèrent de branches, et dont ils remplirent
les vides avec de la lerre grasse, pour en faire des murs.