NOTICE SUR VITRUVE
bre d’autres mécaniciens et géomètres. Aussi son ouvrage restet-il -
un trésor inestimable par la quantité de choses qu’il a recueillies -
dans tous ces auteurs, dont les écrits sont perdus
Indigné de voir que l'approbation, la faveur due au talent
deviennent le prix de l'intrigue jointe à l'incapacité, il reproche,
pour ainsi dire, à la nature de n’avoir pas donné à l’homme le
moyen de lire dans la poitrine de ses semblables. Ce n’est point
par la brigue qu’il veut l’emporter sur des gens sans instruction. -
Son traité d'Architecture, nous le devons à ce généreux
sentiment 2.
Il ne se fait point illusion sur la sécheresse de son travail,
sur l’obscurité des mots qu’il est obligé de forger pour exprimer
des choses nouvelles pour la langue latine. S’il compare son
travail à celui des historiens et des poëtes, il sent toute l'infériorité -
de l'intérêt qu'il présente; et c'est pour être lu, c'est
pour ne point effaroucher le lecteur, qu’il devient si bref dans
ses descriptions 3.
Vitruve, imbu des préceptes de l’école de Socrate, n'estime
que les biens auxquels ne peuvent porter atteinte ni l'injustice
de la fortune, ni l'inconstance des événements, ni les malheurs
de la guerre. Aussi, dans l'élan de sa reconnaissance, quelles
actions de grâces ne rend-il pas à ses parents, qui ont compris
pour lui toute l'importance de cette éducation qui lui a fait sentir
que la véritable richesse est celle qui ne laisse rien à désirer'!
Simple, modeste, probe et désintéressé, il n’a eu recours ni aux
prières, ni aux instances pour se produire. Faut-il donc s'étonner
qu'il soit resté inconnu au plus grand nombre s!
Plein de générosité et de délicatesse, s'il accorde un large
tribut de reconnaisssance à ces grands écrivains qui nous ont
fait part, dans leurs écrits, de leurs pensées et de leurs décou
vertes, il verse le blâme sur ces plagiaires qui, sans avoir une
idée qui leur soit propre, se couvrent de leurs dépouilles, s'emparent -
de leurs travaux pour s'en faire gloire 6.
Tous ces nobles sentiments de reconnaissance, d’amour filial,
dé générosité, de probité, de piété, forment de sa vie un tableau -
dont toutes les parties sont si complètes qu'il n'est guère
Introd. du liv. VII. — 2 Introd. du liv. II1. — 3 Introd. du liv. v. -Introd. -
du liv. vr. — 3 Introd. du liv. III. — 3 Introd. du liv. viit,