Full text: Belidor, Bernard Forest: La science des ingenieurs dans la conduite des travaux de fortification et d' architecture civile

LIVRE V. DE LA DE’CORATION. auſſi pluſieurs morceaux, qui n’avoient rien de recommandable,
quoique fort vantés par des gens d’un certain rang, quiavoient ap-
paremment intereſt de les faire valoir. Je conviendrai pourtant,
qu’il y a quelques Profils de l’invention de Sebaſtien le Clerc, qui ne
doivent point être confondus avec ceux dont je parle: le goût
exquis de cet Auteur s’eſt aſſés fait admirer des gens les plus dlicats,
pour avoir un ſentiment avantageux de ce qui vient de luy.

Quoique les peines, que l’on a priſes pour inventer un nouvel
Ordre, n’ayent pas fait beaucoup d’honneur au dernier ſiécle, on
auroit pourtant tort d’en demeurer-là: il ſe rencontre quelquefois
des genies heureux, qui produiſent ſans effort ce que leurs pré deceſ-
ſeurs ont cherché en vain; car ce que la nature refuſe dans un tems,
elle le donne quelquefois avec uſure dans un autre. Nous admirons
aujourd’hui les anciens Architectes: il en viendra peut-être par la
ſuite pour leſquels on aura les mêmes ſentimens; mais, en attendant,
l’on peut, ſur un Ordre Compoſé, placer un Ordre Compoſé, à
l’exemple des Anciens, qui n’ont pas fait difficulté de mettre un
Corinthien ſur un autre: il ne ſeroit pas non plus mal-à-propos d’y
mettre des Caritatides ou des Perſiques, parce que ne faiſant point
d’Ordre particulier, il ſemble qu’ils peuvent convenir l’un & l’au-
tre à tous les Ordres. Il ne faut pas avoir la délicateſſe de ceux qui
ne veulent rien ſouffrir dans l’Architecture dont on n’ait des exem-
ples antiques: car, au ſujet de l’Ordre Compoſé, nous avons autant
de droit de changer les penſées des Romains, que ceux-ci en ont eu
d’alterer celles des Grecs; mais, on ne le doit faire qu’avec beaucoup
de ſageſſe, ſans ſortir de certaines régles generales dans leſquelles on
remarque que ces mêmes Romains ont toûjours renfermé leur in-
vention; car, la plûpart des choſes qu’ils ont changé ou ajoûté ne
ſont point eſſentielles à la beauté de l’Architecture, s’étant toûjours
conformés aux régles légitimes.

Quelques Architectes de nos jours ont été bien plus hardis, ayant
entierement abandonné les anciennes régles, pour ne ſuivre que
celles d’une folle imagination; & , s’ils avoient eû beaucoup d’imi-
tateurs, l’Architecture Gothique, malgré ſon ridicule, auroit peut-
être regné une ſeconde fois. L’Egliſe des Théatins à Paris nous en
offre un exemple qu’on ne devoit pas attendre d’un ſiécle auſſi éclairé
que le nôtre: car, il ſemble que celui qui l’a bâti ait voulu épuiſer
tout ce que l’eſprit humain peut inſpirer de plus extravagant; non-
ſeulement dans l’Ordonnance, dont le goût eſt mille fois plus bizarre
que ce que l’on n’a jamais vû dans le Gothique, mais même
dans la diſtribution du terrain, qui pêche contre le ſens-commun.

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