Full text: Belidor, Bernard Forest: La science des ingenieurs dans la conduite des travaux de fortification et d' architecture civile

85.114. CHAPITRE CINQUIE’ME.
Des Portes que l’on fait aux Villes de Guerre.

AVant qu’on ne fortifiât les Places comme on le fait depuis
un ſiécle, on avoit recours à mille inventions pour garentir
les Portes des ſurpriſes: on pratiquoit à droit & à gauche du paſ-
ſage des eſpeces de Corridors ou Places d’Armes garnis de Cre-
neaux qui ſervoient à paſſer par les armes ceux qui après avoir en-
foncé la premiere Porte avec le Petard ou le Canon ſe trouvoient
arrêtés par la herſe ou autre barriere; & , afin d’enfiler & voir de
revers, on faiſoit quelquefois le paſſage de biais, ce qui le rendoit
ſi obſcur à cauſe que l’entrée & la ſortie n’étoient point directe-
ment opoſées, qu’il reſſembloit à un coupe-gorge. Aujourd’hui
que la force des Places conſiſte dans les Ouvrages détachés, on fait
les Portes beaucoup plus ſimples. On ſe contente de les couvrir
par une demi-Lune lorſquelles ſont conſtruites dans le milieu des
courtines & d’en deffendre l’entrée par les flancs des Baſtions
voiſins; & , pour en juger d’un coup d’œil, il ſuffira de conſiderer
les Planches 13 & 14, qui comprennent les Plans, Profils, & Ele-
vations d’une Porte avec toutes les dimenſions de ſes parties, que
l’on a cottées exprès pour n’avoir pas recours à l’échelle: ainſi, ſans
entrer dans un grand détail, je dirai ſeulement, que les ouvertures des
Portes entre les piés-droits doivent avoir 9 à 10 pieds ſur 13 à 14
de hauteur; que le paſſage eſt accompagné de Pilaſtres de diſtance
en diſtance, pour porter les arcs-doubleaux de la Voûte; que ces
Pilaſtres ont 2 pieds & demi de largeur ſur 4 ou 5 pouces de ſaillie; qu’on pratique entre deux des niches ménagées dans I’épaiſſeur des
piés-droits, qui ſervent à retirer les gens de pied, quand le paſſage
eſt embaraſſé par quelque Voiture. A l’égard de l’épaiſſeur des piés-
droits, je croi qu’il eſt inutile d’en parler, puiſque ſi l’on eſt bien
prévenu de ce qui a été enſeigné ſur la pouſſée des Terres & celle
des Voûtes, l’on pourra ſans difficulté trouver l’épaiſſeur qu’il faut
leur donner, ſelon la grandeur & la figure de la Voûte; & ayant dit
auſſi, dans le troiſiéme Livre, les précautions qu’il falloit prendre
pour garentir les Voûtes des injures du tems, on ne doit point igno-
rer non plus ce qu’il faudra faire ſi une partie du paſſage n’étoit point
couverte par un Bâtiment qui regnât d’un bout à l’autre, comme LA SCIENCE DES INGENIEURS, cela ſe rencontre ordinairement, ainſi qu’on le peut voir dans le
Profil de la Porte dont nous parlons, où l’on remarquera que le paſ-
ſage du Rempart au-deſſus de la Voûte n’eſt pas entierement cou-
vert, n’y ayant que deux petits bâtimens, dont l’un fait face à la
Campagne, & l’autre à la Ville: le premier ſert pour loger l’orgue,
qui eſt une Porte à couliſſe qui ſe léve & ſe baiſſe perpendiculai-
rement par le moyen d’un tour qu’on lâche de façon que l’orgue
peut tomber tout d’un coup; cette Porte ſert à couper le paſſage
aux Ennemis en cas de quelque ſurpriſe en tems de Siége, ſile Pont-
Levis venoit à être rompu par le Canon: l’autre bâtiment, qui eſt
du côté de la Ville, eſt deſtiné à loger un Capitaine des Portes ou
un Ayde-Major de la Place.

85.114.1.

Planch .
13 & 14.

Pour veiller à la fûreté des Portes, l’on fait deux Corps de Garde,
l’un pour l’Officier, & l’autre pour les Soldats, & on pratique entre
deux un veſtibule au-deſſus duquel eſt le bâtiment dont nous venons
de parler, & à côté de ces corps de Gardes l’on fait deux Eſcaliers
de Pierre de Taille pour monter au Rempart.

Le Corps de Garde de l’Officier ne devant pas être à beaucoup
près ſi grand que celui des Soldats, on conſtruit à côté une Priſon; & alors la façade des deux Corps de Garde ſe trouve de même gran-
deur, ce qui offre avec celle du bâtiment ſuperieur une décoration
aſſés belle, comme on le peut voir ſur la Planche 13. & même ſur
la 15. qui comprend encore une autre Porte de Ville à peu-près
ſemblable à la précédente. J’ai raporté ces deux Portes exprès, afin
de donner quelque exemple de la maniere dont il faut détailler les
deſſeins que répreſentent les Plans, Profils, & Elevations des projets
ou des réparations des Edifices dont les Ingenieurs ſont chargés; puiſque c’eſt en copiant de ſemblables morceaux, que les jeunes
gens peuvent ſe mettre dans l’habitude d’en faire d’autres. Pour
avoir une plus grande intelligence dela Conſtruction de la premiere
Porte, il faut lire l’Article qui répond à la 30 e page du ſixiéme Livre.

Comme, dans les Places conſidérables, il y a pluſieurs poſtes de-
puis la Porte juſqu’à la derniere barriere, on y fait des Corps de
Gardes, qui ſont à peu-près ſemblables à celui qui eſt ſur la Planche
15, dont il ſuffit de conſiderer le Plan & l’Elevation, pour juger de
ſa diſtribution. On remarquera ſeulement, qu’on a pratiqué un Poële
à la façon d’Allemagne, qui, ſe trouvant entre le Corps de Garde
de l’Officier, & celui des Soldats, peut les échauffer tous deux.

L’on fait des façades d’Architecture en dehors des Portes pour
les orner, au ſujet deſquelles je ne dirai par grand choſe préſente-
ment, parce que les proportions de leurs ornemens dépendent des LIVRE IV. DES EDIFICES MILITAIRES. régles que l’on trouvera dans le cinquiéme Livre: celle qui eſt ſur
la Planche 13. me plairoit aſſés; elle a quelque choſe de grand, quoi-
que ſimple & ruſtique, & n’eſt que d’une dépenſe médiocre. Celle
de la Planche 15. n’eſt pas ſi belle, auſſi la ſupoſe-t-on faite pour
un endroit où on ne jugeroit pas à propos de donner dans le ma-
gnifique. On en peut voir encore quatre autres beaucoup plus éle-
gantes ſur les Planches 16 & 17. , que je donne à deſſein de mon-
trer que la belle décoration n’eſt pas incompatible avec les Forti-
fications; elles ont eû l’aprobation des plus habiles Architectes: on les trouvera peut-être trop riches, pour être employées à des
Villes de Guerre; mais, je pourrois dire que la dépenſe n’a ja-
mais effrayé nos Roys, puiſqu’à Lille, & à Maubeuge, & à pluſieurs
autres Places, on y voit des Portes qui ſont au moins auſſi ma-
gnifiques que celles-ci.

85.114.1.

0323a-01
0325a-01
Planch .
16 & 17.

Les Portes ſe ferment ordinairement par un Pont qu’on peut
lever & baiſſer de pluſieurs manieres: la plus ancienne, & qui eſt
encore en uſage en bien des endroits, eſt celle qui ſe fait avec une
baſcule qui eſt compoſée de pluſieurs piéces de Charpente, & prin-
cipalement de deux flêches, aux extrêmités deſquelles il y a des
chaînes qui ſont attachées au tablier du Pont pour lui donner le
mouvement, comme on le peut voir dans la deuxiéme Figure de
la Planche 18. On n’en fait plus ainſi aux Places neuves, parce que
les flêches font voir de loin quand le Pont eſt levé ou baiſſé, & que
le Canon de l’ennemi peut facilement les rompre, par conſéquent
faire baiſſer le Pont ſans que ceux de la Place puiſſent l’empêcher: un autre défaut, c’eſt qu’on eſt obligé de couper les plus beaux
ornemens du frontiſpice de la Porte pour loger lesflêches, comme
on le peut remarquer à la façade dont nous parlons.

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Planch .
18.
Fig . 2.

L’on s’eſt ſervidans quelqu’endroit d’une autre ſorte de Pont-Le-
vis, dont les flêches ne paroiſſent point en dehors de la Place: tel
eſt celui qui eſt répreſenté dans le premier Profil, qui montre que la
flêche BD, tourne ſur ſes tourillons à l’endroit C, de maniere que
la chaîne AB, étant d’un côté bien arrêtée au tablier A du Pont, & de l’autre à l’extrémité B de la flêche, on tire la chaîne DE pour
baiſſer la baſcule, tandis que l’extrêmité B décrit l’arc BG, l’extrê-
mité A du Pont décrit l’arc AF; ce Pont auroit ſon mérite, ſi, pour
loger les flêches, il ne falloit un trop grand eſpace qui rétraiſſit
beaucoup le paſſage du Rempart au-deſſus de la Porte, ce qui peut
gêner le charroy du Canon & les autresſervices du Rempart: d’ail-
leurs, on ne peut voûter le deſſus de la Porte, à moins qu’on ne faſſe
une Voûte extrêmement élevée, qui ne conviendroit point, parce LA SCIENCE DES INGENIEURS, que le bâtiment de deſſus ſeroit trop en vûë auſſi-bien que la façade. Cependant, c’eſt une neceſſité que le paſſage des Portes ſoit couvert
à l’épreuve de la bombe, pour prévenir les accidens qui pourroient
arriver en tems de Siége, puiſqui’il n’en faudroit qu’une pour y
cauſer un grand deſordre.

Le Profil, qui eſt ſur la Planche 13, repreſente une fermeture de
Portes meilleure que la précédente; à l’extrêmité I du tablier eſt
une chaîne IG de chaque côté, qui étant attachée par l’un de ſes
bouts, l’autre va paſſer ſur deux poulies G & F, & eſt arrêtée en-
ſuite à l’endroit K de la Porte HK, qui eſt ſuſpenduë en l’air quand
le Pont eſt baiſſé, & ſe ferme quand le Pont eſt levé en tournant
ſur des tourrillons H: car tandis que le Pont en ſe levant décrit
l’arc IG, la Porte décrit l’arc KL, ce qui ſe fait en tirant la chaîne
KE vers L; & , pour juger encore mieux comme ſe ferme cette
Porte, il n’y a qu’à jetter les yeux ſur le Profil qui eſt coupé ſur la
largeur CD, on y verra les poulies Mm, & la diſpoſition de leur
crapaudines: j’ajouterai, qu’on pratique un Guichet dans la Porte,
afin que lorſqu’elle eſt baiſſée on puiſſe aller fermer les verroux de
la baſcule.

85.114.1.

Planch .
13.

Comme il y a long-tems qu’on s’eſt aperçû que les Ponts-Levis à
flêches étoient ſujets à pluſieurs inconveniens, on les a fait a baſ-
cule comme on le voit dans le Profil qui eſt ſur la Planche 15; ce
Pont eſt compoſé de pluſieurs poutrelles, comme IF, qui ont en-
viron 28 pieds de longueur. Une partie de ces poutrelles, étant re-
couverte de madriers, compoſent par leur aſſemblage le tablier
HF, & le reſte comme HI, (qui eſt ce que l’on nomme baſcule)
ſert de contre-poids pour donner le mouvement au Pont par le
moyen des tourrillons qui ſont à l’extrêmité d’une bare de fer, qui,
étant entretenuë avec les poutrelles, traverſe toute la largeur de la
Porte à l’endroit du ſole: cette baſcule eſt logée dans une cave que
l’on nomme auſſi Cage de la baſcule, qui eſt couverte par un Pont dor-
mant compoſé de poutrelles & de madriers. Quand on met le Pont-
Levis en mouvement, la baſcule décrit l’arc IK, tandis que le ta-
blier décrit l’autre FG pour deſcendre dans la cave; on fait un eſ-
calier pratiqué dans l’un des piés-droits, comme il eſt figuré au Plan
de la Porte qui répond au Profil dont nous parlons.

On ne fait plus preſentement de ces ſortes de Ponts, parce qu’à
le bien prendre ils ſont encore plus défectueux que les autres à flê-
ches; car la cage eſt d’une grande dépenſe, & affoiblit beaucoup
le mur de face: ils ſont ſujets à des réparations continuelles, & diffi-
ciles à manœuvrer. Un autre inconvenient, c’eſt que la cage qu’il LIVRE IV. DES EDIFICES MILITAIRES. faut faire pour loger la baſcule ne peut avoir lieu qu’aux Places
dont les Foſſés ſont à ſec, car s’ils étoient inondés, il faudroit que
le rez-de-Chauſſée de la Porte fut au moins de 15 pieds au-deſſus
du niveau des plus hautes eaux; autrement, elle pénétreroit dans la
cave, en dégraderoit la maçonnerie, & cauſeroit une grande diffi-
culté de hauſſer & baiſſer le Pont, ſur-tout en hyver, où venant à
ſe gêler, la baſcule pourroit ſe trouver priſe.

On preſenta en 1708. à M. le Pelletier de Souſy, pour lors Di-
recteur General des Fortifications de France, un modele de Pont-
Levis fort ingenieux, qui a été executé à Givet en 1716.

Si l’on jette les yeux ſur le troiſiéme Deſſein de la Planche 18,
l’on verra que le tablier B, ſe léve par le moyen de deux flêches
qui ont 12 ou 13 pieds de longueur, ſur 10 à 11 pouces de groſ-
ſeur au milieu, revenant à 8 & 9 par les bouts; elles ſont traverſées
par le milieu d’un axe de fer d’environ deux pouces quarrés, & de
16 à 18 pouces de longueur: les deux bouts qui excedent la flêche
ſont arrondis ſur 3 à 4 pouces de longueur & tournent ſur deux
crapaudines, dont l’une eſt poſée au milieu du tableau de la Porte
au point G, & l’autrc faitc en S, paſſc au-devant de la flêche com-
me le marque le Profil au même point G, laquelle eſt attachée par
un Goujon de fer à chacune de ſes extrêmités & ſcellée en plomb
dans la partie du tableau la plus avancée; ces Goujons ſont faits en
vis par leur extrêmité pour recevoir un écrouë ſemblable à ceux
que l’on met aux eſſieux des Carroſſes, afin de pouvoir démonter
les flêches lorſqu’il faut les renouveller.

85.114.1.

Planch .
18.
Fig . 3.

Les deux fleches ſont liées au tablier du pont B, & à la baſcu-
le H, par deux barreaux de fer arrondis, ou à pans, qui ont leur
mouvement à chaque extrémité dans des œüillets, ou par des dou-
bles charnieres, de ſorte que tirant la chaîne I, à meſure que la
baſcule deſcend & tourne ſur les tourillons K, le pont monte juſ-
qu’à ce que tout ait pris une ſituation verticale. Quoique ce mou-
vement ſoit plus compoſé que celui des baſcules ordinaires, il n’a
pas laiſſé de fort bien réuſſir à Givet & à Toul, où on l’a mis en œu-
vre: mais ce pont, que l’on nomme Ziczague, n’eſt pas d’une in-
vention nouvelle, comme on l’a voulu inſinuer à Mr. Pelletier; il s’en trouve de ſemblables en pluſieurs Villes d’Allemagne, qui
y on été conſtruits depuis long-tems, entr’autres à Hambourg & à Lubee.

85.115. Nouvelle maniere de Pont-Levis.

Après avoir examiné les differentes ſortes de Ponts qu’on a
LA SCIENCE DES INGENIEURS, imaginé pour fermer les Portes des Villes, j’ai cherché ſi je ne trou-
verois pas quelque moyen plus ſimple que ceux que je viens de rap-
porter: car, à mon ſens, ce n’eſt point aſſés de faire la deſcription
des choſes qui ſont en uſage; ceux qui ſe mêlent d’écrire ſont
dans une eſpece d’obligation de travailler à les perfectionner: au-
trement, les arts ne font point de progrés; les livres ſe multiplient,
ſans que ceux qui les liſent en deviennent plus éclairés. Pour enten-
dre parfaitement le Pont que j’ai imaginé, il eſt à propos que j’ex-
poſe le raiſonnement que je me ſuis fait à moi-même: le voici.

85.115.1.

Planch .
20.

L’on ſupoſe que AB eſt un levier ſans peſanteur, dans le milieu
duquel on a ſuſpendu un poids D, qu’on regardera comme réu-
ni au point C; qu’une des extrêmités B peut tourner au tour d’un
point fixe; qu’à l’autre extrémité A, l’on a attaché une corde, qui
va paſſer ſur deux poulies E & F, pour ſoutenir un poids G, qui
eſt en équilibre avec celui du levier; enfin, que la verticale BE, eſt
égale à la longueur BA.

85.115.1.

Voyez la
Figure qui
eſt au bas
de la Plan-
che 20.

Pour que le poids G ſoit en équilibre avec celui qui répond au
point C, il faut, ſelon les principes de la mécanique, que la pé-
ſanteur de l’un ſoit à celle de l’autre [?] dans la raiſon réciproque
des perpendiculalres, tirées du point d’apui B, ſur les lignes de di-
rection AE & CD, ainſi le poids G doit être au poids C, comme
BC eſt à BI, c’eſt-à-dire, comme le côté d’un quarré eſt à ſa dia-
gonalle, par conſequent l’on pourra, quand on le jugera à propos,
à la place des poids G & C, prendre les lignes BC & BI, puis qu’el-
les ſont dans le même raport. Or ſi l’on donnoit au levier AB une
ſituation oblique KB, il eſt conſtant que l’équilibre ſeroit rom-
pu, puiſque le poids D, n’agiſſant plus ſelon une direction perpen-
diculaire au levier KB, ne fera pas tant d’effort qu’auparavant,
pour contrebalancer l’action du poids G, c’eſt pourquoi ce der-
nier deſcendra le long de la verticale FH avec précipitation, tant
que le point K ſoit parvenu en E, ce qui ne peut arriver autre-
ment, à moins que le poids G en deſcendant ne rencontre des
obſtacles qui diminuent l’action de ſa peſanteur abſoluë: ſi ces obſ-
tacles étoient cauſés par des plans inclinés, dont les differentes
inclinaiſons fuſſent proportionnées aux ſinus des angles, comme
MLB qui deviennent toûjours plus petits, à meſure que le levier
approcbe de la verticale, il eſt certain que ces plans inclinés
cauſeront l’équilibre du poids D avec le poids G, dans quelque
ſituation que ſoit le levier; mais, pour que cela arrive, il faut que
les plans changent à tout moment, & que chacun en particulier
comprene un eſpace infiniment petit, d’où il s’enſuit qu’ils forme- LIVRE IV. DES EDIFICES MILITAIRES. ront tous enſemble une courbe rSVX, ainſi la queſtion ſe reduit
à ſavoir, comme il faut conſtruire cette courbe, pour que les deux
poids ſoient toûjours en équilibre, dans toutes les ſituations où ſe
peut trouver le levier, en venant de A en E.

85.115.1.

0331a-01
0333a-01
0335a-01
0337a-01

Remarquez que quand l’extremité A du levier BA, décrira le
quart de cercle ANE en venant joindre le point E, l’extrémité C
de la ligne BC, décrira le quart de cercle CQ; or quand le point
A ſera parvenu en K & en N, le poids C ſera parvenu en L & en
O, & monté d’une hauteur exprimée par les perpendiculaires LM
& OP, qui ſont les ſinus des angles formés par le levier & le
rayon AB; on peut donc dire que tous les ſinus du quart de cer-
cle CQ, en commençant depuis le plus petit, exprimeront de ſui-
te le chemin que le poids C fera dans le tems que l’extrémité A
du levier parcourra les points du quart de cercle ANE; mais il
ſuffit pour que les deux poids L & G ſoient en équilibre, dans la
ſituation où eſt le levier KB, que l’élevation ML, du premier,
ſoit à la deſcente verticale rR du ſecond, en raiſon reciproque de
la peſanteur abſoluë de ces deux poids * : & comme la même
choſe doit arriver dans toutes les autres ſituations du levier & du
poids G, puiſque leur mouvement dépend toûjours l’un de l’au-
tre, quand le poids C ſera en O, & le poids G en V, l’on aura
encore que le poids G eſt au poids O, comme l’élevation OP eſt
à la deſcente verticale rT; & ſi à la place des poids C & G, on
prend les lignes BI & BC, qui ſont en même raiſon, on pourra
connoître le raport de tous les ſinus, comme LM & OP, avec les
verticales rR & rT: d’un autre côté il ſera aiſé de déterminer les
perpendiculaires RS & TV, pour avoir les points S & V de la cour-
be; puiſque la diſtance du centre de la poulie F à chaque point
S & V, ſera toûjours égale à la difference de la longueur, de la
corde compriſe depuis A juſqu’en G, aux parties KEF & NEF,
qui diminuent toûjours à meſure que le levier aproche de la ver-
ticale; ainſi nous avons tout ce qu’il faut pour conſtruire la cour-
be qui ſera geometrique, puiſque nous n’employons dans ſa conſ-
truction que des grandeurs, dont la relation eſt connuë: & com-
me ce ſont les ſinus qui deſignent le raport de ces grandeurs, il
m’a paru que pour donner un nom à la courbe, qui fût tiré de ſa
génération même, il étoit naturel de l’appeller la Sinuſoide.

85.115.1.

Voyez le
Cours de
Mathe-
matiq. art.
799. &
300.

85.116. Conſtruction de la Sinuſoide.

Il faut d’abord diviſer le quart de cercle CQ, en un grand nom- LA SCIENCE DES INGENIEURS, bre de parties égales, par chaque point de diviſion comme L & O,
abaiſſer les perpendiculaires LM, OP, & c. ſur le demi diamêtre CB,
tirer les rayons BK, BN, & c. auſſi bien que les lignes KE, NE, & c. enſuite chercher aux lignes BC, BI, & au ſinus LM, (que nous
regarderons comme le plus petit de tous), une quatriéme propor-
tionnelle que l’on portera ſur la verticale FH, en commençant
du point r, qui répond immediatement au-deſſous du poids G, & ſupoſant que rR ſoit égale à la quatriéme proportionnelle qu’on
vient de trouver, on élevera au point R la perpendiculaire RS in-
definie; on cherchera de même aux lignes BC, BI, & au ſinus OP,
(que nous ſupoſons ſuivre immediatement le plus petit LM,) une
quatriéme proportionnelle qu’on portera depuis r juſqu’en T, & on élevera encore la perpendiculaire TV.

Le triangle CBI étant rectangle & izocelle, il ſera bien aiſé de
trouver toutes les quatriémes proportionnelles dont nous avons be-
ſoin; car ſi l’on prend chaque ſinus comme LM ou OP, pour le
côté d’un quarré, la diagonalle de ce quarré ſera quatriéme propor-
tionnelle aux lignes BC, BI, & au ſinus qu’on aura pris pour côté
du quarré, ce qui eſt bien évident à cauſe des triangles ſemblables.

Après qu’on aura toutes les perpondiculairoc [?] , comme R, S, T,
V, & c. on tirera une ligne d e, égale à la longueur de la cor-
de AEFG, l’on prendra dans cette ligne (en commençant de l’ex-
trémité d,) la partie d f, égale à la diſtance du centre de la poulie
F au poids G, c’eſt-à-dire, égale à cette partie de la corde qui eſt
paralelle à la verticale FH, quand le levier AB eſt horiſontal; on
prendra la difference de la ligne KE, quirépond aurayon de la pre-
miere diviſion à la ligne AE, & on portera cette difference depuis
f juſqu’en h, alors on prendra la longueur d h avec un compas,
pour décrire un arc qui aura pour centre celui de la poulie F, & cet arc venant couper la perpendiculaire RS, donnera le point
S qui eſt un de ceux de la courbe, par le moyen duquel on aura
l’ordonnée S a & ſon abciſſe r a; de même prenant la difference
des lignes NE & AE, pour la porter de f en j, ſi l’on ouvre le com-
pas de l’intervale d j, & que du centre F de la poulie, on décrive
un arc qui vienne couper la perpendiculaire TV, on aura un autre
point V de la courbe, qui donnera l’ordonnée V b & l’abciſſe BIr; enfin le point N étant parvenu en E, toute la ligne AE pourra être
priſe pour ſa difference avec zero, & le portant depuis F juſqu’en
K, ouvrant le compas de l’intervale d K, on décrira du centre or-
dinaire, un arc qui venant rencontrer la derniere perpendiculaire
h X, donnera le point X qui ſera celui de la courbe, où va ſe ter- LIVRE IV. DES EDIFICES MILITAIRES. miner le poids G, quand le levier AB eſt vertical.

Je croi qu’il n’eſt pas beſoin de dire, que, pour tracer la cour-
be avec beaucoup de juſteſſe, il faut prendre les ſinus bien près les
uns des autres, afin d’avoir un grand nombre de points comme S, V,
& c. Il eſt à propos de remarquer, que la plus grande ordonnée ZX,
ou rH, de la courbe, eſt égale à la perpendiculaire BI, c’eſt-à-dire
au côté du quarré, dont la diagonalle ſeroit de même longueur que
le levier AB, car comme la ligne rH ſera la plus grande de tou-
tes les quatriémes proportionnelles, qu’on aura été obligé de cher-
cher pour tracer la courbe, on ne l’aura trouvée que lors que le le-
vier AB ſera vertical, & alors comme il formera un angle droit
avec l’horiſontal, le ſinus de cet angle ſera égal au rayon BQ, par
conſequent l’on aura BC, BI: : BQ, rH; mais comme dans cette
proportion les deux antecedens BC & BQ ſont égaux, étant rayon
d’un même cercle, les deux conſequent BI & rH le ſeront donc
auſſi.

Par cette Remarque on pourra toûjours (connoiſſant la longueur
du lévier AB,) ſavoir à quel point de la verticale FH ira ſe termi-
ner la baſe HX de la Sinuſoide, quand on aura déterminé la po-
ſition du point r, ou cette courbe doit prendre ſon origine.

L’on remarquera encore que tout ce qu’on vient de dire peut
s’apliquer aux Ponts-Levis; car le lévier AB peut être pris pour le
profil du tablier qui tourne autour de ſes tourillons B, & dont la
péſanteur eſt réünie au centre de gravité C, ainſi il ne s’agit plus
que d’executer tout ce qui doit en faciliter le mouvement, & c’eſt
ce que lon va voir dans l’Aplication ſuivante.

85.117. Aplication de la Sinuſoide aux Pont-Levis qui ſervent à
fermer l’Entrée des Villes.

Ayant déterminé la largeur IK de la porte, qui eſt comme nous
l’avons dit de 9 pieds ou 9 pieds & demi, il faut à droit & à gauche
reculer les piés-droits de la Voûte d’environ 4 pieds au-delà des ta-
bleaux IG & KG, afin de pratiquer deux niches pour y loger les
couliſſes BF, le long deſquelles doivent rouller les poids qui ſervi-
ront à donner le mouvement au Pont que nous nommerons par la
ſuite poids de baſcule. L’élevation d’une des couliſſes eſtrepreſentée
au profil de la porte où l’on voit que la courbe STE, n’eſt autre
choſe que la Sinuſoide executée en Maçonnerie. Ce profil montre
auſſi que le poids de baſcule D, eſt attaché à une chaîne qui paſſe
ſur deux poulies B & A, pour aller joindre le chevet C, du Pont. LA SCIENCE DES INGENIEURS, Car l’on doit concevoir que derriere les tableaux de la Porte, on
a ménagé des fentes dans la maçonnerie pour y placer les poulies,
afin que la chaîne, qui doit donner le mouvement au Pont, puiſſe
aller & venir librement; c’eſt pourquoi l’on ſupoſe que cette chaîne
eſt ronde. On remarquera auſſi que le chevet doit être plus long
que le Pont n’eſt large, afin que les chaines qui ſont à ſes extrêmi-
tés ſe trouvent vis-à-vis des poulies.

Si les poids de baſcule ſont en équilibre avec le Pont, il eſt cer-
tain que par la propriété de la Sinuſoide à quelque point qu’on vou-
dra du quart de cercle CR, le Pont reſtera toûjours immobile en
allant de C en R, ſans que les poids l’entraînent, puiſqu’ils demeu-
reront eux-mêmes en repos aux endroits des couliſſes où ils ſe trou-
veront, par conſéquent il ſuffira que l’on aide tant ſoit peu les
poids à vaincre le frotement pour que le Pont ſe lêve, ſans être
obligé d’employer une force conſidérable pour lui faire décrire le
quart de cercle CR, ce qui ſe fera d’un mouvement uniforme ſans
ébranlement ni ſecouſſe, de même quand on voudra le baiſſer, on
n’aura qu’à pouſſer le tablier pour le faire deſcendre, enſuite paſſer
deſſus pour l’aller arrêter ſur le dernier chevalet du Pont dormant
avec les verroux.

Comme mon deſſein n’eſt pas que l’on touche aux poids de baſ-
cule, par la difficulté qu’on auroit d’y atteindre, il n’y a pas de
moyen plus ſimple pour obliger ces poids de deſcendre, que d’ac-
crocher deux chaînes au Pont environ à 3 pieds en deça du chevet,
dont chacune ira paſſer ſur une poulie ſituée au milieu des tableaux
de la porte & élevée de 9 pieds au-deſſus du rez-de-Chauſſée; de
ſorte que quand on voudra fermer la porte, il ſuffira qu’il y ait un
homme qui tire chaque chaîne pour lever le Pont, dont le mou-
vement eſt ſi naturel, qu’il ſeroit inutile d’en parler davantage: ainſi
je paſſe à pluſieurs détails qu’il eſt neceſſaire d’expliquer, afin de
ſavoir comme on pourra connoître la peſanteur des poids de la
baſcule, leur groſſeur, la grandeur des couliſſes, & les autres cir-
conſtances eſſentielles à l’intelligence de ce Pont.

La premiere choſe qu’il faut ſavoir, c’eſt qu’un pied cube de bois
de chêne péſe 60 liv. & qu’un pied cube de fer en péſe 580; ainſi
examinant quelles ſont les dimenſions des piéces qui doivent com-
poſer la charpente du Pont, il ſera aiſé de connoître combien il y
entre de pieds cubes de bois, par conſéquent combien cette char-
pente doit péſer. Si l’on fait le chevetplus long qu’à l’ordinaire, afin
que les chaînes qui doivent être attachées à ſes extrêmités ſe trou-
vent directement vis-à-vis les poulies, il faudra lui donner 14 pieds LIVRE IV. DES EDIFICES MILITAIRES. de longueur ſur 10 à 10 pouces, pour que cette piéce, qui a un grand
effort à ſoutenir quand on met le Pont en mouvement, ne ſoit point
en danger de ſe rompre par la ſuite.

La piéce des tourillons ſe fait toûjours de 10 pieds de longueur ſur
10 à 10 pouces de groſſeur: il a ſix ſoliveaux de 12 pieds de long
ſur 5 à 6 pouces de groſſeur ſervant à porter le plancher du Pont, qui
eſt compoſé de madriers de deux pouces d’épaiſſeur, & qui couvre
un eſpace de 12 pieds de longueur ſur 10 de largeur; & tout cela en-
ſemble compoſela charpente du tablier, qui monte à 51 pieds 8 pou-
ces 4 lignes cubes, qui étant multiplié par 60, donne 3102 l. pour la
péſanteur de la charpente: ſurquoi il eſt à remarquer, que le chevet
ayant plus de péſanteur que la piéce des tourillons, les extrêmités du
Pont ne ſont point égales, ainſi on ne peut pas regarder 3102 liv. comme un poids qui puiſſe être réüni au centre de gravité du
Pont, c’eſt-à-dire dans le milieu de ſa longueur. Il faut donc voir
à quoi peut aller cette difference qui ſera facile à connoître; car
le chevet contient 9 pieds 8 pouces 8 lignes cubes, & la piéce des
tourillons ne contient que 6 pieds 11 pouces 8 lignes, par conſé-
quent la difference eſt de 2 pieds 9 pouces dont la péſanteur monte
à 165 liv. or ces 165, étant à l’extremité du lévier, font deux fois
plus d’effet par raport au point d’apui, que s’ils étoient dans le mi-
lieu du même lévier, c’eſt pourquoi il faut augmenter 3102 liv. de
165 liv. & alors la péſanteur de la charpente réünie au centre de
gravité ſera de 3267 liv.

Pour conſerver le plancher des Ponts Levis, on le recouvre de
barres de fer de 7 pieds de longueur poſées tant plain que vuide,
elles ont un peu plus de deux pouces de largeur, & il y en entre
ordinairement 32, & comme chacune eſt attachée avec 4 cram-
pons, au lieu de 7 pieds de longueur, nous leur en ſupoſerons 7 & demi, afin d’y comprendre les crampons, ainſi ces 32 barres feront
enſemble 240 pieds de long, à quoi il faut encore en ajoûter 6 au-
tres de chacune 6 pieds de long quiſe mettent au-deſſous du tablier
pour lier le chevet & la piéce des tourillons avec les poutrelles, ce
qui fait en tout 276 pieds; & le poids d’un pied de ces ſortes de
barres étant de 3 liv. elles péſeront donc enſemble 828 liv. qui étant
ajoûtées avec le poids de la charpente, l’on aura 4095 liv. pour la
péſanteur totale du Pont réüni au centre de gravité.

Préſentement, il ſera aiſé de connoître la péſanteur des poids de
baſcule; car l’on ſait que la péſanteur du Pont eſt à celle des poids
de baſcule dans l’état d’équilibre, comme la diagonale d’un quarrè
eſt au côté du même quarré, ou, ce qui revient au même, comme le ſi- LA SCIENCE DES INGENIEURS, nus de l’angle droit eſt à celui de 45 degrés, ainſi on dira ſi 100000
donnent 70710, que donneront 4095 liv. péſanteur du Pont pour
celle des poids, que l’on trouvera de 2895 liv. dont la moitié qui eſt
1447, ſerala péſanteur que doit avoir chaque poids; mais comme
pour avoir égard au frotement, il vaut mieux les faire plus péſans
que trop légers, á cauſe qu’on ne peut pas les augmenter, au lieu
qu’il n’y a point d’inconvenient de ſurcharger le Pont s’il ſe trouvoit
au-deſſous de l’équilibre, il eſt à propos, en faveur de toutes ces
conſidérations, d’augmenter chaque poids de 100 liv. c’eſt-à-dire de
lesfaire de 1547 liv. au lieu de 1447. Je n’ai pas dit que les poids de
baſcule devoient être cilindriques; car l’on s’imagine bien qu’on ne
peut leur donner une figure qui convienne mieux pour rouler faci-
lement le long des couliſſes: il s’agit donc de ſavoir qu’elle ſera la
valeur de l’axe de ces cilindres, ou celle du diamêtre de leur baſe,
qui eſt la même choſe; car je ſupoſe ces deux lignes égales, afin
que les poids ayent moins de volume.

Sachant qu’un pied cube de fer péſe 580 liv. commençons par
chercher quel eſt la péſanteur du cilindre qui ſeroit inſcrit dans un
pied cube: pour cela, il faut remarquer que ces deux ſolides, ayant
la même hauteur, ſeront en même rai [?] ſ [?] on que leur baſe, par con-
ſéquent comme le quarré du diamêtre d’un cercle eſt à la ſuperficie
du même cercle, ou ſi l’on veut comme 14 eſt à 11; il faut donc
dire, comme 14 eſt à 11, ainſi 580 péſanteur d’un pied cube defer,
eſt à celle du cilindre inſcrit, qu’on trouvera d’environ 456 liv.

Les cilindres ſemblables étant dans la raiſon des cubes de leur
axe, on pourra dire ſi un cilindre de 456. liv. dont le diamêtre de la
baſe & l’axe ſont chacun d’un pied, donne 1728 pouces pour le
cube de ſon axe; combien donnera 1547 liv. péſanteur d’un autre
cilindre ſemblable au précédent pour le cube de ſon axe, on trou-
vera 5862 pouces, dont extrayant la racine cube, elle ſera de 18
pouces qui eſt la valeur de l’axe que l’on demande; il n’y a donc
pas de difficulté à avoir les poids de baſcule dans la juſte proportion
qui leur convient, puiſqu’on n’a qu’à demander aux Forges où l’on
coule le fer, deux poids péſants chacun 1547 liv. dès qu’on leur
donnera pour baſe un cercle de 18 pouces de diamêtre, & pour axe
une ligne égale à ce diamêtre.

J’ajoûterai que ces poids doiventêtre percés dans le milieu par un
trou d’un pouce en quarré, afin qu’on puiſſe y paſſer un eſſieu qui ſer-
ve à entretenir la chape qui doit en faciliter le mouvement le long
des couliſſes. Cette chape eſt figurée ſur la planche où elle accom-
pagne le poids qui eſt déſigné par la Lettre V: ſi je dis qu’il faut faire LIVRE IV. DES EDIFICES MILITAIRES. cet eſſieu quarré plûtôt que rond, c’eſt qu’il me ſemble que pour
diminuer le frotement, il vaut mieux que les extrêmités de l’eſſieu
étant arrondies tournent avec le poids dans la chape, que ſi le
poids tournoit autour de l’eſſieu.

Les couliſſes ſeront conſtruites de pierres de taille les plus dures
que l’on pourra trouver, leur longueur doit être de 4 pieds & demi
ou 5 pieds & leur largeur de 18 pouces ſur autant d’épaiſſeur, les
couliſſes y ſeront creuſées d’environ 6 ou 7 pouces de proſondeur
terminées par 2 bordures de 8 pouces d’épaiſſeur, pour entretenir
le poids & les obliger à faire toûjours le même chemin.

Dans le fond de chaque couliſſe on y mettra deux barres de fer
plattes qui feront la même courbure que la Sinuſoide; c’eſt ſur ces
barres que rouleront les poids afin de diminuer le frotement qui ſera
bien moins conſidérable, que ſila ſurface des cilindres touchoit par
tout en roulant: d’ailleurs, ces barres ſerviront encore à empêcher
que le frotement n’uſe la pierre; & , pour que les poids ne la touchent
en aucun endroit, il eſt également néceſſaire d’apliquer des bandes
de fer contre les bords des couliſſes, le long deſquelles les deux
cercles ou baſes de chaque cilindre puiſſent gliſſer ſans jamais s’ac-
crocher, & il ſuſſir [?] a qu’entre l’un & l’autre il y ait 2 ou 3 lignes de
jeu afin que le poids roule toûjours dans le même eſpace ſans qu’il
puiſſe s’écarter d’aucun côté. Supoſant donc que les barres quiſeront
apliquées contre les bordures ayent chacune 3 lignes d’épaiſſeur cela
fera 6 lignes pour les deux, leſquelles étant ajoutées avec l’axe du
poids de baſcule, c’eſt-à-dire avec 18 pouces, ou ſi l’on veut avec
18 pouces 4 lignes, en y comprenant 4 lignes qu’il faudra donner
pour le jeu des poids, on aura 18 pouces 10 lignes, qui eſt exacte-
ment la largeur que les couliſſes doivent avoir: ainſi, de quelque
péſanteur que ſoient les poids, dès qu’on en connoîtra l’axe, on ſaura
au juſte (en prenant garde à toutes ces petites circonſtances) la
largeur dans œuvre qu’il faudra donner aux couliſſes.

Donnant 18 pouces 10 lignes de largeur aux couliſſes, & 8 pou-
ces d’épaiſſeur à chaque bordure, cela fait environ 3 pieds en tout,
qui étant pris ſur la longueur de 4 pieds & demi ou 5 pieds que doi-
vent avoir les pierres qui ſerviront à la conſtruction des couliſſes,
il reſtera un bout d’un pied & demi ou deux pieds, qui doit être
engagé avec la maçonnerie des piés-droits contre leſquels les cou-
liſſes ſeront adoſſées, cette précaution étant néceſſaire pour rendre
l’ouvrage plus ſolide. Il conviendroit même d’avoir des pierres de
deux ſortes de longueur, les unes de 5 pieds, les autres de 5 & demi, afin de les engager alternativement de 2 pieds & de 2 pieds LA SCIENCE DES INGENIEURS, & demi: à l’égard des autres bouts qui paroîtront en dehors, il
faut qu’ils ſoient bien maçonnés les uns contre les autres & cram-
ponez avec des crampons de fer coulés en plomb, obſervant de
poſer des crochets de 2 pieds en 2 pieds dans les joints des pierres
au-deſſus des bordures de chaque couliſſe, enſorte que ces crochets
ſe répondent, afin que quand il y aura quelque réparation à faire
aux couliſſes, aux poids de baſcule, aux chaînes, ou aux poulies,
on puiſſe en poſant des planches ſur ces crochets, donner la faci-
lité aux ouvriers de monter & de deſcendre le long des couliſſes.

Pour conſtruire les couliſſes de maniere qu’elles forment une
courbure qui ſoit exactement celle de la Sinuſoide, j’ajoûterai qu’il
faut tracer cette courbe en grand & en faire 2 épures ou patrons
avec des planches; dont l’un repréſente la convexité de la Sinuſoide,
& l’autre ſa concavité; ce dernier eſt abſolument neceſſaire aux ou-
vriers, pour les conduire dans la coupe des pierres, & pour les aider
à les mettre en œuvre dans leur véritable ſituation.

Il eſt néceſſaire que les niches ſoient fermées par des cloiſons de
madriers, afin que perſonne n’y touche; il ſuffira ſeulement d’y pra-
tiquer une petite porte pour y entrer quand on le jugera à propos: ainſi le paſſage de la porte ſera comme à l’ordinaire, ſans qu’on voye
rien de tout ce qui contribuera à donner le mouvement au Pont.

Je crois en avoir dit aſſés pour rendre ſenſible l’execution du
Pont que je viens de décrire: je laiſſe aux habiles gens qui vou-
dront le mettre en uſage d’y faire les changemens qu’ils jugeront
à propos; mais, comme tout ce qui a un air de nouveauté ne man-
que pas de rencontrer des cenſeurs, qui ſe font un plaiſir de trou-
ver des difficultés par-tout, dans les choſes même les plus naturel-
les, on ſaura que peu de tems après avoir imaginé ce Pont, je l’ai fait
executer à un Château dans le voiſinage de la Fere, & que j’y ay
ſuivi à peu de choſe près tout ce qui vient d’être détaillé.

On fait auſſi des Ponts-Levis aux ouvrages de dehors, comme
demi-Lunes, ouvrages à corne, & c. pour en fermer l’entrée: on les
leve par le moyen des baſcules à flêches, parce que n’étant pas né-
ceſſaire de couvrir avec des frontons les portes de ces ſortes de
paſſages, on n’aprehende point d’en couper l’Architecture, il ſuffit
que l’entrée ſoit décorée par des Pilaſtres couronnés d’un entable-
ment, comme on le peut voir dans les 3 premieres Figures de la
Planche 19. qui conviennent fort quand les ouvrages détachés ſont
revêtus de maçonnerie juſqu’au parapet; mais, quand ils ne le ſont
qu’à demi, alors il eſt aſſés inutile d’y faire aucune décoration, on
peut ſe contenter de faire porter la baſcule par un chaſſis qui doit LIVRE IV. DES EDIFICES MILITAIRES. être ſitué ſur la berme, comme je l’ai exprimé dans la quatriéme & cinquiéme Figure de la même Planche, que je ne m’amuſerai point
à expliquer, parce qu’elle ne contient rien qui ne ſoit facile à
concevoir.

85.117.1.

Planch .
19.
0347a-01

85.118. CHAPITRE SIXIE’ME.
Des Ponts dormans qui ſervent à faciliter l’Entrée des Villes
de Guerre.

LEs Ponts dormans, que l’on fait pour paſſer les Foſſés des For-
tifications, ſont toûjours de charpente, & élevés ſur pluſieurs
chevalets quiſont poſés ſur des Piles de Maçonnerie A, dont la hau-
teur ſe régle ſur la profondeur du Foſſé: quelquefois dans les lieux
marécageux, où on ne peut fonder des piles de Maçonnerie ſans
beaucoup de difficulté & de grandes dépenſes, on ſe contente de
planter des files de pieux d’une longueur ſuffiſante, pour qu’une
partie étant enfoncée à refus de mouton, l’autre qui reſte en dehors
ſoit aſſés élevée pour recevoir les chapeaux qui doivent être à peu
près au niveau du rez-de-Chauſſée.

Quand on n’a point de bois d’une aſſés belle longueur, on en-
fonce autant de files de pilots qu’on le juge neceſſaire, par raport
au nombre des travées que doit avoir le Pont: ces pilots ſont arra-
ſés au niveau du fonds du Foſſé par des tenons qui s’emmanchent
dans le ſole des chevalets. C’eſt ainſi que j’ai vû conſtruire à St. Ve-
nant en 1709. celui qui eſt ſur le grand Foſſé de la Porte d’Aire.

85.118.1.

Planch .
20.

Le Pont, dont il eſt queſtion preſentement, eſt compoſé de plu-
ſieurs travées & chevalets dont on ne détermine point ici la quan-
tité, parce que cela dépend de la longueur du Foſſé où il doit être
executé; chaque Solle B, qui ne porte point de baſcule, a 22 pieds
de longueur ſur 10 à 12 de groſſeur; celui C, qui porte le chaſſis
de la baſcule a 25 pieds de longueur ſur 12 à 12 pouces de groſ-
ſeur; ſur chacune de ces ſoles, qui ne portent point de baſcule, ſont
aſſemblés à tenons & mortoiſes 5 Poteaux D, avec deux Liens bou-
tans H, terminés d’un Chapeau E.

Les poteaux ont 11 à 12 pouces de groſſeur ſur differentes lon-
gueurs, ſuivant les endroits où ils ſont employés.

Le chevalet, qui porte la baſcule du Pont-Levis, eſt conſtruit de
même, avec cette difference qu’il y a deux poteaux de plus, & que les LA SCIENCE DES INGENIEURS, chapeaux ont 25 pieds de longueur ſur 13 à 14 pouces de groſ-
ſeur.

Sur tous les chapeaux E, il y a, d’un chevalet a l’autre, cinq cours
de longerons F, de 11 à 12 pouces de groſſeur, eſpacés entr’eux de
diſtance égale, formant en tout une largeur de 14 pieds, & ſont re-
couverts d’un Plancher de madriers I, de 4 pouces d’épaiſſeur, che-
villés ſur chaque longeron d’une broche de fer de 8 à 9 pouces
de longueur, ébarbellée par les angles.

Sur ce premier plancher l’on en poſe un ſecond de 8 pieds de
largeur ſeulement, & de 3 pouces d’épaiſſeur, qu’on apelle redouble-
ment, ſur lequel l’on attache quelque fois des barres de fer plattes
autant plain que vuide, & de même longueur que les madriers.

L’on n’employe plus guére de redoublement, ni de barres de fer,
pour conſerver les Ponts dormans: on les couvre d’un pavé plus
élevé dans le milieu qu’aux extrêmités pour l’écoulement des eaux; & alors l’on poſe le long des poteaux montans des gardes-pavé, de 9
à 11 pouces d’équarriſſage. Il eſt certain que ce pavé rend le Pont
d’une bien plus longue durée, les réparations n’en étant pas ſi fré-
quentes qu’aux autres.

A l’extrêmité de la largeur du premier plancher, & ſur les cha-
peaux E, l’on aſſemble à tenons & mortoiſes les Poteaux montans G,
des gardes-foux de 7 pieds & demi de longueur compris les tenons
ſur 8 à 8 pouces de groſſeur, terminez par une tête arrondie ou à pan
avec une gorge & un quart de rond au-deſſous, comme il eſt figuré
au deſſein: ces poteaux ſont affermis chacun d’un lien pendant M,
de 6 pieds de longueur ſur 12 à 6 pouces d’épaiſſeur, chamfrines à
un pied au-deſſus du chapeau par un talon renverſé, qui reduit la
partie ſupérieure à 8 pouces de largeur pour affleurer le poteau des
gardes-foux; ces poteaux ſont liés enſemble par deux cours de liſſes,
L & K, dont la premiere L eſt appellée liſſe d’apuy.

Le chaſſis de la baſcule eſt compoſé de deux poteaux montans N,
de 8 liens enguette O, d’un chapeau P, de 4 liens ceintrés Q, de deux
liens heurtoirs R, & de 2 ſemeles S; les poteaux montans N, ont 14 pieds
de longueur ſur 13 à 14 pouces de groſſeur élevés à plomb em-
mortoiſés dans le chapeau E, ſur lequel ils ſont aſſemblés par les 4
liens enguette O, & arcboutés par les 4 autres qui ſont aſſemblés dans
les ſemeles S: ces 8 liens enguette ont 10 ſur 12 d’épaiſſeur, & de
differentes longueurs, ſuivant les endroits où ils ſont employés; il
faut ſeulement remarquer, qu’ils doivent faire avec le chapeau & la
ſemelle où ils ſont aſſemblés un angle d’environ 60 dégrés.

La baſcule eſt compoſée de deux flêches T, d’une culaſſe V, de deux LIVRE IV. DES EDIFICES MILITAIRES. entre-toiſes X & r, dont la derniere r, s’apelle entre-toiſe des tou-
rillons, & qui doit être comme la culaſſe aſſemblée dans les flêches
par un double tenon: l’on fortifie cet aſſemblage ordinairement
par des Croix de St. André Z, & d’autres liens, tant pour la ſolidité
de l’ouvrage, que pour donner du poids à la baſcule & faire un
équilibre à peu-près égal au Pont-Levis; je dis à peu-près, parce
qu’il faut que la baſcule ſoit au moins de 200 liv. plus légere que
le tablier.

85.118.1.

0351a-01

Les flêches ont 14 à 16 pouces de groſſeur à la culaſſe revenant
à 10 à 12 aux extrêmités, dont la partie qui excede l’entre-toiſe
des tourillons r, eſt preſque toûjours taillée à 8 pans: la culaſſe a
auſſi 14 à 16 pouces de groſſeur, & les deux autres entre-toiſes X
& r, un peu moins, c’eſt-à-dire, qu’elles affleurent toûjours la
groſſeur des flêches; à l’égard des Croix de St. André & des autres
liens, ils ſont d’un ou même de 2 pouces plus petits, ſuivant que
l’on a beſoin de poids pour l’équilibre.

Le tablier des Ponts-Levis eſt ordinairement compoſé d’une piéce
qui porte les tourillons de 10 pieds de longueur ſur 10 à 10 pouces
de groſſeur, d’une autre h, apellée chevet, & de 6 ſoliveaux j, de
12 pieds de longueur ſur 5 à 6 pouces de groſſeur, recouverts de
madriers de 2 pouces, & redoublés de barres de fer autant plain que
vuide.

Il y a des Ingenieurs, qui donnent quelques pouces moins en
quarré au chevet qu’à la piéce des tourillons, & ne donnent pas
tant de groſſeur non plus au bout des ſoliveaux qui répondent au
chevet; afin que le centre de gravité du tablier, n’étant point dans
le milieu de ſa longueur, mais plus près de la piéce des tourillons que
du chevet, la baſcule ſoit moins chargée & rende le mouvement
du Pont plus doux: c’eſt en effet ce qui arrive quand on en
uſe ainſi.

L’on fait, à la tête des Ponts dormans, une barriere ſur le penul-
tiéme chevalet, dont les poteaux ſont comme ceux du chaſſis de la
baſcule des Ponts-Levis aſſemblés ſur le chapeau du chevalet & affer-
mis par deux liens pendans a, & deux autres liens b, plus quatre au-
tres liens enguette ſur l’interieur des poteaux ſemblables à ceux
des baſcules O, & qui ne ſont pas figurés ſur le deſſein.

La barriere eſt aſſemblée à claire voye à 2 vantaux, chacun com-
poſé d’un tournant c, d’un battant d, & de 5 à 6 épées ou barreauxe,
avec une barre & deux traverſes, le tout de même hauteur: les tour-
nans & battans c, & d, ont 7 pieds de hauteur ſur 5 à 7 pouces
de groſſeur; les barres & traverſes ont les mêmes groſſeurs; & les LA SCIENCE DES INGENIEURS, barreaux f, tant de la barriere que des aîles, ont 3 à 4 pouces
de groſſeur, poſés tant plain que vuide, & entaillés moitié par moitié
dans les barres & traverſes qui ſont aſſemblées à tenons & mor-
toiſes dans les tournans & batans de la barriere.

Il ſe fait auſſi des barrieres, pour fermer la ſortie du chemin cou-
vert des portes, auſſi-bien que les places d’Armes qui ſont répan-
duës dans les dehors; on en peut voir ici l’élevation. Cette barriere
a 2 ventaux qui tournent ſur des pivots & arrêtés par le haut avec
des collets de fer aux poteaux qui ſervent à l’entretenir; ces poteaux
ont 9 pieds & demi de longueur, & 8 ſur 6 pouces de groſſeur,
tenus en raiſon par un patin de 7 pieds de long & de 7 à 8 pouces
de gros, & aſſemblés par 2 ſolles de 8 à 9 pouces de groſſeur, dont
l’un doit être enterré de 2 ou 3 pieds, & l’autre poſé au niveau des
paſſages: les 2 ventaux de la barriere ſont entretenus par des tra-
ver ſes & contre-fiches de 6 ſur 7 pouces de gros, aſſemblés par entaille
avec les barrieres par une profondeur de moitié par moitié; ces
barreaux doivent avoir 5 ſur 6 pouces de groſſeur & apointés com-
me les palliſſades.

Quand l’eau du foſſé eſt dormante, ou qu’elle n’a qu’un cours
paiſible, les ponts ſe peuvent faire à peu-près ſemblables aux pré-
cedens; mais, s’il ſe rencontroit une riviere à l’entrée de la place,
dont le courant fût rapide, il faudroit s’y prendre d’une façon tou-
te differente, comme on le va voir.

Les ponts dormans de charpente, qui ſervent au paſſage des ri-
vieres, ſont ordinairement conſtruits comme celui qui eſt répreſen-
té ſur la Planche 21: mais de quelque façon que ſoit diſpoſé l’aſ-
ſemblage de la charpente, on les éleve auſſi haut que la naviga-
tion le demande; quant à leur largeur, elle doit être proportion-
née à la grandeur des routes: on les éleve ſur pluſieurs palées, com-
poſées d’une ou deux files de pieux, & l’on a ſoin de faire une de
leur travées aſſés large, pour que les plus grands bateaux puiſſent
y paſſer librement.

85.118.1.

Planch .
21.

Le nombre des pieux, qui compoſe chaque palée, eſt reglé
par la largeur du pont, & l’on obſerve qu’ils ayent environ 3 pieds
de diſtance par en bas, qu’on réduit en haut à un pied & demi,
ou à deux pieds pour chaque vuide d’entrevoux, parce qu’ainſi on
forme une maniere d’empatement qui reſiſte d’avantage aux efforts
de l’eau, que ſi tous les pieux étoient perpendiculaires.

Quand on ne fait les travées que d’une file de pieux ſeulement,
cela ne doit ſe pratiquer qu’aux ponts qui ſervent à traverſer de
petites rivieres; car, pour ceux qui ſont ſur des rivieres fort LIVRE IV. DES EDIFICES MILITAIRES. larges, & dont le courant eſt rapide, les palées doivent être
faites de 2 ou 3 rangs de files de pieux bien coefés, liernés, & moiſés,
avec des contre-fiches à deux rangs, pour les entretenir comme dans
la planche 22.

85.118.1.

0355a-01

La plûpart de ces palées ſont pour l’ordinaire contregar dées du cô-
té d’amont par un avant-bec de pilotage en forme de briſe-glace, qu’on
revêtit de planches par dehors, depuis les plus baſſes eaux de la ri-
viere, juſqu’aux plus hautes des inondations, afin que lors que le
courant charie des glaces & des arbres, les uns & les autres ayent
moins de priſe ſur le corps des palées, & qu’ils ne faſſent que
gliſſer.

85.118.1.

Planch .
22.

Comme il peut arriver qu’en voulant planter des pieux pour
former une palée, l’on rencontre du roc dans le lit de la riviere,
poſitivement dans l’endroit où l’on en veut enfoncer; ſi l’on
n’a pû faire des batardaux & les épuiſemens, enſorte qu’il reſte 5
ou 6 pieds d’eau, on ſera ſans doute embaraſſé dans un pareil cas,
puiſqu’il n’eſt pas poſſible que des hommes tout couverts d’eau,
puiſſent faire un trou de 3 ou 4 pieds dans le roc: pour ſurmon-
ter une pareille difficulté, il faut faire deux tonneaux ouverts par
les deux bouts, dont l’un ait 9 pieds de diamétre & l’autre 5, & que
ces deux tonneaux ſoient deux pieds plus hauts que la profondeur
de l’eau, l’on placera le plus grand dans la riviere à l’endroit où l’on
veut percer, de maniere que le roc ſe trouve dans le milieu du
tonneau, enſuite l’on enfoncera les douves de quelques pouces
dans le lit de la riviere, & l’on chargera le deſſus du tonneau de
façon que le courant ne l’ébranle point, après l’on mettra le petit
tonneau dans le milieu du grand, & l’on remplira de terre glaiſe
l’eſpace qui eſt entre deux, que l’on battra avec la demoiſelle,
pour qu’elle faſſe un bon maſſif; enfin l’on vuidera l’eau qui ſera
dans le petit tonneau, & l’on y introduira un ouvrier qui fera le trou
qu’on s’étoit propoſé.

Mais, pour revenir à notre pont de charpente de la Planche
21, je crois qu’il eſt inuile de m’étendre ſur l’aſſemblage des pie-
ces dont il eſt compoſé: je raporterai ſeulement les dimenſions de
chacune; les plans, profils, & élevations, donneront l’intelligence
du reſte.

Les moiſes ſont de differentes longueurs, & de 8 à 9 pouces de
groſſeur.

Les chapeaux ſont de 6 toiſes de longueur chacun, & de 18 à
20 pouces de groſſeur.

Les ſemelles au-deſſus des chapeaux, ont chacune 16 pieds de
longueur & 15 pouces de groſſeur.

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