Full text: Belidor, Bernard Forest: La science des ingenieurs dans la conduite des travaux de fortification et d' architecture civile

85.86. CHAPITRE DIXIE’ME.
Où l’on enſeigne comme l’on doit employer les Matériaux qui
compoſent la Maçonnerie.

LA meilleure de toutes les Maçonneries eſt ſans difficulté celle
qui eſt faite de pierres de taille; mais, comme cette pierre eſt
aſſés rare, il n’eſt pas ordinaire de faire des Bâtimens qui en ſoient
tout compoſés: l’on ſe contente ſeulement de les employer pour
les ſoûbaſſemens des gros murs, aux encoigneures des Edifices, & aux angles des revêtemens des ouvrages des Fortifications: pour la
mettre en œuvre, l’on en prépare de deux eſpeces; la premiere, que
l’on nomme carreau ou pannereſſe, eſt celle dont la largeur excede
la longueur; la ſeconde, que l’on nomme boutiſſe, eſt celle dont la
longueur excede la largeur; les pannereſſes font parement de toute
leur largeur, & les boutiſſes de leur tête ſeulement, leur queuë
faiſant partie de l’épaiſſeur du mur: c’eſt ainſi qu’on les diſtribuë
dans chaque aſſiſe, obſervant de placer une boutiſſe, enſuite une
pannereſſe, ſucceſſivement une boutiſſe & une pannereſſe poſées
plain ſur joint; c’eſt-a-dire que les joints perpendiculaires de la ſe-
conde aſſiſe répondent au milieu des pierres de la premiere, ainſi
des autres qui ſont au-deſſus: pour cela l’on fait les aſſiſes bien re-
glées, enſorte que les carreaux & les boutiſſes ayent la même hau-
teur, afin que les joints horiſontaux qui regnent ſur toute la lon-
gueur du mur, faſſent des lignes paralelles & de niveau: à meſure
que l’on poſe une de ces aſſiſes, on garnit le reſte de l’épaiſſeur du
mur de briques ou de moîlon maçonné avec de bon mortier, & quand il n’eſt que d’une médiocre épaiſſeur on tâche d’avoir des
boutiſſes aſſés longues pour quelles puiſſent le traverſer & faire pa-
rement des deux côtés, ce qui rend la Maçonnerie beaucoup plus
ſolide par la liaiſon qui ſe fait du parement avec le reſte du mur; & quand cela ſe pratique ainſi, les boutiſſes qui font parement des
deux côtés ſe nomment pierres de parpain ou parpaigne.

Quand on conſtruit quelque Edifice militaire dont les murs doi-
vent être d’une épaiſſeur conſidérable comme de 5 ou 6 pieds, on
employe de la graiſſerie au parement juſqu’à une certaine hauteur,
de la brique pour le parement interieur, & le reſte de l’épaiſſeur ſe
fait de moîlon; or, pour que le tout ſoit en bonne liaiſon, on em- LA SCIENCE DES INGENIEURS, ploye la graiſſerie comme on vient de le dire; à l’égard de la brique,
on commence par poſer une premiere aſſiſe de deux briques & demi
d’épaiſſeur, une ſeconde de deux briques, & une troiſiéme d’une & demi, chaque aſſiſe bien arraſée avec du moîlon, après quoi on
recommence tout de nouveau une aſſiſe de deux briques & demi,
une ſeconde de deux briques, & une troiſiéme d’une brique & demi
toûjours bien liées & arraſées avec le moîlon & la graiſſerie. Quand
on eſt parvenu à la derniere aſſiſe de graiſſerie & qu’on veut faire
de brique le reſte de la hauteur du parement, on la poſe par aſſiſe
reglée comme on vient de le voir pour l’interieur, & afin de rendre
la liaiſon plus parfaite, on peut de trois en trois aſſiſes faire une
chaîne de deux briques d’épaiſſeur ſur toute l’étenduë de l’ouvrage
poſées plain ſur joint.

Les ſoûbaſſemens d’un mur étant faits, ſi on éleve le reſte du pa-
rement avec du moîlon, on a ſoin de le bien ébouſiner & de le
tailler juſqu’au vif, l’on ſe ſert encore de boutiſſes & de pannereſſes,
en obſervant toûjours de ne les poſer que plain ſur joint, car ce ſe-
roit un deffaut groſſier de voir deux ou pluſieurs joints perpendi-
culaires ſur un même allignement, parce que le mur n’en ſeroit pas
ſi ſolide, & choqueroit le coup d’œil. Dans les ouvrages que l’on
veut faire proprement, on a égard, non-ſeulement de donner la mê-
me hauteur à toutes les pierres qui doivent compoſer les aſſiſes; mais encore de les tailler de façon que la largeur des pannereſſes
ſoit double de celles de la tête des boutiſſes, afin d’obſerver une
bonne liaiſon & un certain ordre de ſimétrie qui fait un fort bel
effet.

Les Anciens étoient extrémement attentifs à travailler les pare-
mens des Edifices conſiderables: ils en rendoient les joints preſque
imperceptibles, ce qui a fait croire, comme il y a toute aparence,
qu’il leur arrivoit quelquesfois de bâtir ſans mortier, aimant mieux
tailler les pierres ſi juſtes, que leur ſituation & leur poids puſſent
fuffire pour donner à l’ouvrage toute la fermeté poſſible. Ils avoient
encore recours à une pratique aſſés ingenieuſe pour rendre les pa-
remens polis: ils tailloient bien proprement les faces des pierres
qui devoient être unies les unes contre les autres, & laiſſoient un
pouce de velu à celles qui devoient compoſer le parement, quand
l’ouvrage étoit entierement achevé on recoupoit ces pierres en ra-
valant; ainſi, quand ils ſe ſervoient de mortier, il ne paroiſſoit preſ-
que point, & le tout ne ſembloit être compoſé que d’une ſeule
pierre.

Outre les pierres de parement dont on vient de parler, & que LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. l’on nomme de grand apareil, on en diſtingue encore de deux eſ-
peces, la premiere eſt le libage qu’on employe pour les fondemens; la ſeconde eſt le moîlonage ou le petit moîlon, dont on ſe ſert pour garnir
le milieu des gros murs; c’eſt ici où les Entrepreneurs n’oublient pas
leurs interêts quand on n’y prend point garde, ils ont grand ſoin de
faire le parement bien conditionné pour ſuprendre le coup d’œil,
tandis que le reſte n’eſt compoſé que de bouë & de platras, il eſt
vrai que cela n’arrive guére dans les ouvrages des Fortifications,
parce que Meſſieurs les Ingenieurs y aportent tant d’exactitude & de ſoin, qu’il eſt aſſés difficile de leur en impoſer, ceux qui ſont ac-
coûtumés de faire travailler ſachant combien il eſt dangereux de
s’en raporter à la bonne foi des ouvriers: mais comme j’écris prin-
cipalement pour ceux qui commencent, & qui n’ont pas une grande
connoiſſance des travaux, voici en peu de mots ce que l’on doit
obſerver pour faire faire un bon ouvrage.

Il faut prendre garde de ne jamais laiſſer travailler les Maçons
qu’aux heures marquées, & qu’ils ayent toûjours des cordeaux
d’allignemens devant & derriere la muraille, ne permettant pas
qu’ils faſſent leurs plombées plus hautes que d’un pied ou un pied
& demi, de ne point laiſſer de mortier qui ne ſoit tiercé & vieux
de deux jours, ſans ſouffrir qu’on maçonne à ſec comme cela arri-
ve aſſés ſouvent, ou que tombant dans une autre extrémité on ne
rempliſſe les trous de poignées de mortier au lieu de Tuilleaux ou
d’éclats de pierre.

De faire laiſſer des amorcces qui ayent au moins un demi pied
aux endroits où il y aura repriſe d’ouvrage, & quand on viendra
à y travailler, ne pas laiſſer recommencer ſur les arraſes ſéches ſans
y jetter de l’eau.

De ne ſouffrir jamais qu’on mette des calles de bois ſous les car-
reaux, cordons, tablettes, & autres pierres de parement, ni qu’on
employe ces pierres ſans qu’elles ayent un lit ſuffiſant pour être bien
aſſiſes, ne pas laiſſer mettre en œuvre des pierres trop fraichement
tirées de la Carriere, & qui ne ſoient déchargées de leur bouſin,
parce que le mortier ne s’y attache pas; de faire enſorte qu’en les
poſant elles ne faſſent point de boſſes qui excedent le niveau de
l’ouvrage; mais ſur toute choſe de ne pas ſouffrir qu’on employe
des pierres de Grès, parce que le mortier ne s’y attache pas, ſoit
à cauſe que leur pores ſont trop ſerrés, ou qu’elles ne fourniſſent
point de ſel comme les autres pour durcir & faire ſécher le mor-
tier, ainſi la meilleure maniere de garnir les murs eſt d’y em-
ployer de la brique ou du moîlon plat, bien arrangé & entrelaſſé LA SCIENCE DES INGENIEURS, de maniere que le milieu des uns réponde aux joints des autres,
obſervant toûjours de conduire autant qu’il eſt poſſible l’ouvrage
de niveau ſur toute la longueur & épaiſſeur.

Quand on manque à toutes ces précautions, il arrive que le pa-
rement, n’étant pas bien lié avec le reſte de l’épaiſſeur, eſt propre-
ment un mur apliqué contre un autre qui venant à ſe dégrader par
la ſuite ſe détache en peu de tems, toute la chemiſe tombe, & il
ne reſte plus qu’un maſſif informe qu’on a bien de la peine à répa-
rer ſolidement; pour remedier à cet inconvenient on pratique aux
revêtemens des Fortifications une conſtruction de Maçonnerie qui
eſt la meilleure (à ce que je crois) qu’on puiſſe imaginer: elle
ſe fait ordìnairement de brique & de moîlonage; & , comme il y
a de l’art à bien lier enſemble ces deux materiaux, voici comme
on les met en œuvre.

Après avoir tracé les fondemens de la muraille & ceux des con-
treforts relativement aux dimenſions des plans & profils, ſoit pour
une face de Baſtion, flanc ou courtine, & bâti ces fondemens avec
les précautions dont il eſt parlé dans le Chapitre précédent; en un
mot avoir élevé l’ouvrage juſqu’au niveau du fonds du Foſſé, on
commencera par faire faire trois mortiers differens, le premier ſera
de ciment compoſé de bons thuilleaux bien battus, & d’un tiers
de la meilleure Chaux, pour remplir & garnir les joints des pare-
mens de graiſſerie; le ſecond ſera auſſi compoſé d’un tiers de bonne
Chaux, & le reſte de ſable fin pour la Maçonnerie du parement; ſi l’on a deux ſortes de Chaux on prendra la moindre pour le troi-
ſiéme mortier qui ſera compoſé de petit gravier s’il y en a ſur les
lieux pour la groſſe Maçonnerie.

On préparera auſſi trois ſortes de pierres: la premiere, pour les
ſoubaſſemens & les angles, doit être taillée dans ſes lits & joints,
cizelée & piquée proprement à la petite pointe du marteau, ſes
faces dreſſées à la regle, & les joints démaigris pour recevoir le mor-
tier; la ſeconde ſera la brique dont on ſe ſervira pour le parement,
& la troiſiéme le moîlon pour la garniture du milieu & des con-
treforts.

On poſera la premiere aſſiſe du parement compoſée de boutiſſes
& de carreaux, ſi les boutiſſes ſont rares, on en mettra un tiers ſur
deux tiers de pannereſſes, les unes & les autres ayant leurs faces
taillées ſuivant le talud du revêtement, & derriere cette premiere
aſſiſe on couvrira toute la Maçonnerie des fondemens, tant du re-
vêtement que des contreforts, d’un lit de trois Briques d’épaiſſeur
poſées à plat bien garnies de mortiers; le commencement de cet LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. ouvrage demande beaucoup de ſoin & de précaution, ce premier
lit étant poſé, on en fera un autre derriere les pierres du ſoûbaſſement
qui aura trois briques & demi de largeur ſeulement: ſur celui-ci on
en fera un ſecond qui ſera moins étendu d’une demi brique, ſur
ce ſecond un troiſiéme qui ira encore en diminuant d’une demi bri-
que, & on continuëra de même juſqu’au cinquiéme rang qui ſe ter-
minera à une brique & demi, en élevant ces rangs des briques, on
a grand ſoin de bien garnir tout le reſte de l’épaiſſeur du mur & des contreforts de moîlon à bain de mortier arraſé ſur tout l’étendu
de l’ouvrage que l’on conduit toûjours de niveau de même que les
contreforts aux angles deſquels on met les plus gros moîlons, ob-
ſervant que la racine ſoit bien liée avec le revêtement pour que
le tout ne faſſe qu’un corps: quand la Maçonnerie a été élevée de
niveau au dernier rang de briques dont nous venons de parler,
pour lors on dit avoir fait une levée que l’on couvre de rechef d’un
rang de trois briques d’épaiſſeur qui regne generalement ſur tout
l’ouvrage, & ce rang eſt nommé chaîne, parce qu’effectivement
il enchaîne pour ainſi dire toutes les parties de l’ouvrage les unes
avec les autres, après cela l’on recommence tout de nouveau à
faire une levée de briques de cinq rangs de hauteur allant en di-
minuant d’une demi brique au premier rang, & ſe terminant à une
& demi au cinquiéme, le derriere garni de moîlon comme l’on a
fait pour la premiere levée, & ainſi de ſuite.

D’un autre côté l’on continuë à conduire le parement par aſſiſes
de boutiſſes & de pannereſſes, les boutiſſes bien enclavées dans l’é-
paiſſeur du mur, & les pannereſſes ſerrées & maçonnées entre les
boutiſſes, faiſant toûjours ſuivre à leurs faces le talud de la muraille,
tant que le ſoûbaſſement ſoit parvenu à la hauteur qu’on jugera à
propos de lui donner, qui eſt ordinairement de 5 ou 6 pieds plus
ou moins ſelon la hauteur de l’ouvrage. Le ſommet de la derniere
aſſiſe du ſoûbaſſement doit être taillé en champ frain de deux pouces: cette partie du parement ſe fabrique comme nous l’avons dit avec
du mortier de ciment, de terraſſe, ou de cendrée de Tournay, ſelon
les Pays où l’on fait travailler, on en uſe de même pour tous les
autres murs qui ſont ſujets à être environnés d’eau.

Quand le ſoûbaſſement eſt achevé on continuë à élever le reſte
du parement qui ſe fait de briques ou de moîlon picqué, mais plus
ordinairement de briques; c’eſt pourquoi j’ai ſupoſé que le profil
repreſenté par la Figure 10. étoit fait dans ce goût-là: il exprime
aſſés bien la diſpoſition des aſſiſes qui compoſent le ſoûbaſſement,
les chaînes de briques qui ſe font après chaque levée & les cinq LA SCIENCE DES INGENIEURS, rangs dont nous avons parlé, qui vont toûjours en diminuant d’une
demi brique, ainſi comme ce deſſein aide beaucoup à faire enten-
dre la conſtruction que je me ſuis propoſé de décrire, cela me diſ-
penſera d’entrer dans bien de petites circonſtances qui ſe préſente-
ront d’elles-mêmes à l’eſprit, pour peu qu’on y faſſe attention.

85.86.1.

Planch .
8.

Si le reſte du parement au-deſſus du ſoubaſſement ſe fait de bri-
ques, on commence par en aſſeoir un rang que l’on met à plat, & qui font face de leur tête: ſur celui-ci on en met un autre à plat
qui font face de leur longueur, & alternativement une aſſiſe en bou-
tiſſe, & une autre en pannereſſe à joint recouvert, obſervant de
ſuivre le talud qui à été reglé par le profil, & toujours de même
juſqu’au cordon, au contraire du derriere de la muraille qui doit
être à plomb, auſſi-bien que les contreforts.

En conduiſant le parement, on arme les angles ſaillans de pier-
re de taille en petit boſſage, d’un pouce & demi de relief poſé par
aſſiſe reglée, & les deux faces de chaque pierre qui font parement,
ſont taillées de façon qu’elles forment préciſement un angle égal à
celui que doit avoir l’ouvrage, ayant attention de donner auſſi à
ces mêmes façes, le talud que doit avoir le revêtement de la ma-
niere qu’on le voit repreſenté dans la figure 9. & quand on eſt
parvenu à la hauteur qu’on veut donner au revêtement, on le ter-
mine d’un cordon de la même pierre d’un pied de hauteur, taillée
en demi rond, & poſée en ſaillie d’environ cinq ou ſix pouces, ce
cordon eſt auſſi compoſé de pannereſſes & de boutiſſes: les pan-
nereſſes doivent avoir au moins 24. pouces de lit, non compris la
ſaillie & les boutiſſes trois pieds de queuë, le derriere bien garni
& conduit à même hauteur, enſuite on éleve quelquefois ſur le
ſommet de la muraille, un petit mur à plomb devant & derriere,
auquel on donne 4. pieds de haut & trois dépaiſſeur, pour ſervir
de revêtement au parapet. Quand la pierre de taille eſt commune
on le couronne par une tablette qui a un larmier dont la ſaillie eſt
de 3. ou 4. pouces, ou bien on couvre toute la Maçonnerie
par une aſſiſe de briques poſées en liaiſon alternative, moitié de
cant, & moitié de bout, avec leſquels on fait auſſi un larmier
qui deborde ſeulement d’un pouce, ou d’un pouce & demi, obſer-
vant de donner au couronnement une pente de 4. pouces, allant
du derriere au devant, le tout conſtruit à petit joint, en bonne
liaiſon bien reciré.

Quand on fait des demi revêtemens, on ſuit les mêmes choſes
qu’on vient de voir, c’eſt-à-dire, que l’on conduit la Maçonnerie
depuis la derniere retraite des fondemens juſqu’à la hauteur de la LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. ligne de niveau, ou du rez-de-Chauſſée, le reſte de la hauteur ſe
revêtit de gaſons ou de placages, & on ſe conforme au cinquiéme
Article du Profil général de Mr. de Vauban.

A l’égard du revêtement des Contreſcarpes, & de ceux des gor-
ges des ouvrages, la maçonnerie s’en fait avec les mêmes précau-
tions qu’aux remparts; ainſi, on en peut juger par la figure huitié-
me.

Comme l’on ſe trouve ſouvent dans la neceſſité de lier de la nou-
velle maçonnerie avec de la vieille, je m’arrêterai un moment pour
enſeigner une pratique qu’on ne fera pas mal de ſuivre en pareil cas: les Maçons y faiſant ordinairement ſi peu d’attention, qu’il arrive
toûjours que leur ouvrage eſt defectueux en cet endroit-là.

Après avoir detaché une partie de la vielle maçonnerie pour ſe
donner des amorces, il faut grater le mortier qui ſe trouve ſur la
pierre, tant qu’il n’en paroiſſe plus que dans le fond des joints, en-
ſuite netoyer proprement toutes les ordures, de ſorte qu’il n’y reſ-
te pas de pouſſiere; pour cela il faut, après s’être ſervi du balai,
avoir de groſſes broſſes, afin que les ſoyes s’introduiſans dans les
pores les plus imperceptibles en faſſent ſortir tout ce qui s’y trouve,
car c’eſt ordinairement la poudre répanduë ſur la pierre, qui em-
pêche le mortier de s’inſinuer dans ſes pores pour faire une bonne
liaiſon: aprés cette preparation, il faudra jetter ſur la vieille maçon-
nerie une grande quantité d’eau, à diverſes repriſes, afin qu’elle
s’y imbibe, & qu’elle acquiere pour ainſi dire une vertu attrac-
tive; il faut avoir dans un bacquet de la bonne chaux detrempée,
deſorte qu’elle ſoit graſſe & glutineuſe; pluſieurs manœuvres pren-
dront des broſſes, les tremperont dans la chaux pour l’imprimer
ſur la maçonnerie, en frapant à petits coups, afin qu’elle penetre
dans les joints & les pores de la pierre juſqu’à ce qu’elle en ſoit bien
imbibée, & qu’on en ait mis une quantité ſufiſante pour que cette
colle de chaux ſurmonte de 3. à 4. lignes la ſurface de la maçonnerie,
après quoi on apliquera deſſus du bon mortier pour maçonner comme
à l’ordinaire, obſervant que la pierre ou la brique ſoient bien entre-
laſſées avec les amorces, & faſſe une bonne liaiſon; alors la chaux,
qui ſe trouve entre la vielle & la nouvelle maçonnerie, les unit ſi
bien enſemble, en s’incorporant dans l’un & dans l’autre, qu’il ſe
fait peu de tems apres une liaiſon qui rend l’ouvrage plus indiſſo-
luble à l’endroit de la jonction que par-tout ailleurs, comme l’expe-
rience l’a fait voir toutes les fois qu’on en a uſé ainſi.

Voilà ce que je m’étois propoſé de direſur la maçonnerie en ge-
neral: je me ſuis un peu étendu ſur celle des revêtemens de fortifi- LA SCIENCE DES INGENIEURS, cations, parce qu’elle apartient particulierement à mon ſujet; mais
ſi je voulois entrer dans un ſemblable détail pour tout ce qui pour-
roit demander une conſtruction particuliere, ſelon les differens cas
qui peuvent ſe preſenter, je n’aurois jamais fini: c’eſt pourquoi
je me tiendrai à l’idée que je viens de donner, me propoſant pour-
tant de ne pas negliger dans la ſuite les occaſions où je pourrai
inſinuer les connoiſſances que je croirai encore neceſſaires, quand il
ſera queſtion, par exemple, des Ponts, des Voutes, des Ecluſes,
& autres Ouvrages conſiderables, qui ont une maniere d’être fa-
briqués, qui leur apartient eſſentiellement.

85.87. Explication de pluſieurs Tables ſervant à déterminer les Di-
menſions de toute ſorte de Revêtement de Maçonnerie.

Depuis que j’ai compoſé le premier livre, il m’eſt venu pluſieurs
fois en penſée que bien des gens ne feroient pas grand uſage des
regles que j’y ai enſeignées, pour trouver l’épaiſſeur des revêtemens,
à cauſe de la longueur des calculs, & des operations abſtraites, qu’il
falloit faire, & que le ſur moyen de contenter tout le monde étoit
de donner des tables dans leſquelles on pût trouver les dimenſions
de tous les profils qui peuvent s’executer, ſelon les differens taluds
que l’on voudroit donner aux revêtemens, ſoit pour ceux qui ſou-
tiendroient des rempars, accompagnés de leurs parapets, ou pour
les autres, qui, n’ayant point de parapets à ſoutenir, ſerviroient aux
terraſſes, aux quays, aux chauſſées, aux contreſcarpes, aux gorges
des ouvrages & c. Mais ces Tables telles que je les conçus d’abord
me parurent d’un ſi grand travail, que j’heſitai long-tems à les entre-
prendre; j’en expoſai le deſſein à quelques perſonnes de mes amis,
qui me firent entendre que de tout ce que je pouvois rapporter
dans mon livre, rien ne ſeroit plus utile & plus intereſſant: cela
ſufit pour me determiner & vaincre la repugnance que j’avois à
m’apliquer pendant un tems conſiderable à un ouvrage auſſi ingrat: car il faut convenir que le public n’eſt pas toûjours judicieux, ſou-
vent il ne juge du prix des choſes que par ce qui peut plaire à l’ima-
gination, & tient fort peu de compte de la peine dont un Auteur
veut bien ſeul ſe charger, quoi qu’il pourroit être en droit de la par-
tager avec lui: il me permettra de lui faire ce petit reproche, il
touvera aſſez dans mon ouvrage dequoi avoir ſa ravanche.

85.87.1.

Planch .
9. & 10.

Ayant déja raporté ſur la fin de l’Article 37. du premier Livre des
Tables pour l’épaiſſeur des revêtemens, on penſera peut-être que
celles dont je parle ſont à peu près de même; cependant elles LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. ſont bien differentes, car dans les premieres tous les profils ſont
aſſujettis à un talud, qui eſt toûjours la cinquiéme partie de la hau-
teur, & on n’y ſuppoſe point de contreforts, au lieu que dans cel-
le-ci l’on a une ſuite de revêtemens, depuis 10. pieds juſqu’à 100. qui ont non ſeulement pour talud le 5. de la hauteur, mais le 6. le 7. le 8. le 9. ou le 10. ſelon que l’on voudroit choiſir un profil
plûtôt que l’autre: d’ailleurs, tous les revêtemens ſont accompagnés
de contreforts, dont les dimenſions ſont raportées pour telle hau-
teur de rempart que l’on voudra, comme on en va juger par l’ex-
plication de la 9. & 10. planche.

La 9 e . planche comprend les dimenſions de tous les revêtemens,
qui ſoutiendroient des rempars accompagnés de leurs parapets; mais comme l’on peut donner à ces revêtemens un talud plus ou
moins conſiderable, cette planche contient ſept tables: les ſix pre-
mieres ſont compoſées chacune de deux colomnes, dont l’une dé-
termine l’épaiſſeur qu’il faut donner au ſommet des revêtemens, & l’autre celle de la baſe des mêmes revêtemens, pour tous ceux qui
auroient depuis 10. pieds de hauteur, juſqu’à 100. Par exemple,
la premiere table comprend les épaiſſeurs des revêtemens qui au-
roient un 5. de talud: la ſeconde celle des revêtemens qui n’au-
roient pour talud que la 6. partie de leur hauteur: enfin la 3. 4. 5. & 6. table comprennent de ſuite les mêmes épaiſſeurs, pour les revê-
temens qui auroient pour talud un 7. 8. 9. ou 10. de leur hauteur.

A l’égard de la 7 e . table, elle comprend trois colomnes qui expri-
ment les dimenſions des contreforts, qui doivent accompagner
tous les revêtemens dont il eſt fait mention dans les ſix premieres
tables; car il eſt bon de remarquer que tous les revêtemens de
même hauteur, ſoit qu’ils ayent pour talud un 5. un 7. ou 10. doi-
vent toûjours avoir des contreſorts, dont les dimenſions ſoient les
mêmes que celles qui ſont marquées dans la 7. table à l’allignement
qui répond à la hauteur dont il s’agit; d’ailleurs que ces contreforts
ſont toûjours eſpacés de 18. pieds, de milieu en milieu, ſans que
cela change jamais pour quelque revêtement que ce ſoit, grand ou
petit: & en cela je me ſuis conformé à la maxime de Mr. de Vau-
ban dans ſon Profil genéral, dont j’ai retenu les contreforts, parce
qu’ils m’ont paru dans une proportion fort raiſonnable. Cependant
je n’ignore pas que bien des Ingenieurs aiment mieux les eſpacer
de 15. pieds, de milieu en milieu, que de 18: je ne voi pas bien la
raiſon de cette perference, puiſque quand le revêtement a une
épaiſſeur ſuffiſante, & qui met la reſiſtance au-deſſus de la pouſſée
des terres, il n’y a point de raiſon de multiplier les contreforts LA SCIENCE DES INGENIEURS, ſans neceſſité. Si je les ai éloignées de 18. pieds plûtôt que de 15. ç’a été pour empêcher qu’en augmentant les dimenſions de leurs
baſes, à meſure que les revêtemens devenoient plus élevés, ils
ne ſe trouvaſſent trop ſerrés: cela n’empêche pourtant pas dans l’u-
ſage que l’on fera dans ces tables, qu’on ne puiſſe, ſi l’on veut, ra-
procher les contreforts les mettant à 15. pieds, & ſuivre exactement
toutes les autres dimenſions. Si l’on prend ce parti qui me paroît
aſſez inutile, le revêtement ſera encore beaucoup au-deſſus de l’é-
quilibre malgré les égards que j’ai eu.

Pour donner l’uſage de ces tables, nous ſupoſerons qu’on veut
revêtir les faces d’une demi lune, que le revêtement doit avoir
25. pieds de hauteur depuis la derniere retraite, ou ſi l’on veut
depuis le fond du foſſé juſqu’au cordon, & qu’on ne veut pour ta-
lud qu’un 7. de hauteur, on demande quelles doivent être les di-
menſions des plans & profils, pour que le revêtement ſoit capa-
ble par ſa reſiſtance de ſoutenir un effort plus grand que celui de
la pouſſée des terres du rempart & du parapet; je cherche dans la pe-
tite colomne qui marque la hauteur des revêtemens, le nombre
25. & en ſuivant le même allignement, je paſſe à la 3. table, qui
montre qu’il faut donner 6. pieds 1. pouce 11. lignes d’épaiſſeur,
au ſommet du revêtement en queſtion, & 9. pieds 8. pouces 9. lignes à la baſe, de-là en ſuivant toûjours le même allignement, je
paſſe à la 7. table pour voir quelles doivent être les dimenſions des
contreforts, je trouve qu’il faut leur donner 7. pieds de longueur
4. pieds 6. pouces à la racine & 3. pieds à la queuë, obſervant de
les eſpacer de 18. pieds de milieu en milieu; ſi au lieu d’un 7. de
talud, on ne vouloit donner qu’un 9 e . de la hauteur, en ſuivant
toûjours l’allignement de 25. pieds, il faudroit prendre les dimen-
ſions du ſommet & de la baſe dans la 5 e . colomne, & l’on trouve-
ra 7. pieds 1. pouce 7. lignes pour l’un, & 9. pieds 10. pouces
11. lignes pour l’autre, & les contreforts comme ci-devant.

A l’égard des tables contenuës dans la 10 e . planche, elles ſont
entierement ſemblables aux precedentes; la ſeule difference eſt que
les unes repondent à des revêtemens, qui auroient un parapet à
ſoutenir, au lieu que les autres ſervent pour les revêtemens, dont
le ſommet ſeroit de niveau avec la ſurface de l’ouvrage dont il s’a-
git; par exemple, ſi l’on vouloit ſavoir quelles doivent être les di-
menſions du revêtement d’une contreſcarpe, qui auroit 15. pieds
de hauteur, & auquel on voudroit donner un 8 e . de talud, je cher-
che dans la colomne des hauteurs, le nombre 15. & en ſuivant le
même allignement, je paſſe à la 4 e . table où je trouve qu’il faut LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. donner 2. pieds 9. pouces 10. lignes au ſommet, & 4. pieds 8. pouces 4. lignes à la baſe, de là a la 7 e . où je remarque que les
contreforts du même revêtement doivent avoir 5. pieds de lon-
gueur, 3. pieds 6. pouces en racine, & 2. pieds 4. pouces à la queuë
toûjours eſpacés de 18. pieds de milieu en milieu.

On a ſupoſé généralement dans toutes ces tables, que les contre-
forts étoient auſſi élevés que le ſommet des revêtemens, auxquels
ils repondoient, ce qui ſe pratique toûjours, quand il s’agit de ſou-
tenir un rempart qui eſt accompagné d’un parapet, & lors que ce
parapet eſt revêtu d’une petire muraille de 4. pieds de hauteur, qu’on
éleve au deſſus du cordon; mais, quand il s’agit de demi revête-
ment, ou de ſoutenir une contreſcarpe ou la gorge d’un ouvrage,
alors le ſommet des contreforts ſe termine à un pied ou 1. pied & demi plus bas que celui du revêtement, afin qu’il n’y ait que cette
partie de la maçonnerie qui paroiſſe dehors, ainſi on pourra toûjours
avoir égard à ce que je viens de dire, ſans aprehender que le revê-
tement en ſoit moins ſolide, quoique la hauteur des contreforts
diminuë de quelque choſe.

Pour calculer ces Tables j’ai ſuivi exactement ce qui a été enſei-
gné à la fin de l’article 51. du premier Livre au ſujet du Profil ge-
neral de Mr. de Vauban: c’eſt-à-dire, que j’ai regardé l’équation
y = 2bf - {2dd/3} - {2phg - 2phd/q} + nn - n, comme une formule
generale qui pouvoit s’apliquer à toute ſorte de revêtement dont
les dimenſions des contreforts étoient données auſſi-bien que la hau-
teur des revêtemens & leur talud, & qu’il n’étoit plus queſtion que
de trouver l’épaiſſeur du ſommet relativement à la pouſſée des terres
qu’il falloit ſoûtenir; ainſi je me ſuis ſervi des Tables des puiſſances
équivalantes à la pouſſée des terres qu’on a raporté dans l’Article
37. & c’eſt dans cette occaſion où je me ſuis apperçû combien il
étoit commode d’avoir des expreſſions qui fuſſent équivalantes à ces
puiſſances, puiſque ſi j’avois été obligé de les chercher à meſure que
j’en ai eû beſoin, la 9 e & 10 e . Planche m’auroit coûté plus de qua-
tre mois de travail continuel, comme on en peut juger par l’exem-
ple qui eſt raporté à la fin du 51 e Article. J’ajoûterai, que j’ai toû-
jours ſupoſé les puiſſances équivalentes à la pouſſée des terres plus
fortes d’un 6. qu’elles ne l’étoient effectivement, afin que les revê-
temens fuſſent au-deſſus de l’équilibre; & que je crois qu’il n’eſt pas
poſſible d’aporter plus d’exactitude que j’en ai eû pour rendre ces
Tables auſſi correctes qu’on le peut déſirer: c’eſt pourquoi quand
on trouvera l’occaſion d’en faire uſage, on peut s’en ſervir en toute LA SCIENCE DES INGENIEURS, fûreté ſans qu’il ſoit beſoin de rien augmenter ni diminuer des di-
menſions qu’on y raporte, à moins que ce ne ſoit pour éviter l’em-
barras des petites parties: par exemple, on pourra ſupprimer les
lignes quoique je les aye raportées ſcrupuleuſement de même que
le calcul les a donné: car 4 ou 5 lignes de plus ou de moins, ni
même deux ou trois pouces quand il s’agit de grands revêtemens,
ſont un trop petit objet dans la pratique pour s’en mettre en peine; cependant, il vaut mieux mettre plus que moins.

Comme la hauteur des revêtemens de toutes ces Tables aug-
mentent toûjours de 5 pieds depuis 10 juſqu’à 100, il n’y a point
de hauteur de rempart qu’on ne rencontre à peu près ſemblable à
celles qui y ſont raportées; car s’il s’agiſſoit d’un revêtement de 31
ou 32 pieds, qui ſont deux nombres qui ne ſe trouvent pas dans la
colomne des hauteurs, on pourra prendre les dimenſions qui répon-
dent aux revêtemens de 30 pieds, ſans qu’on ait lieu d’aprehender
qu’elles ſoient trop foibles, puiſqu’elles mettront toujours le revê-
tement au-deſſus de l’équilibre, à cauſe de l’augmentation que nous
avons fait à la puiſſance agiſſante: de même s’il s’agiſſoit d’un revê-
tement de 33 ou 34 pieds, on pourroit prendre les dimenſions qui
apartiennent à celui de 35, quoiqu’un peu plus fortes qu’elles ne de-
vroient être, en un mot on prendra toûjours les dimenſions du re-
vêtement dont la hauteur aprochera le plus de celui qu’on a deſſein
de conſtruire.

Il eſt bon de remarquer que les dimenſions des contreforts aug-
mentant en progreſſion d’Arithmetique, leurs baſes doivent aug-
menter en ſuperficie dans la raiſon des quarrés de leurs côtés ho-
mologues, & prenant pour côté homologue la longueur de chaque
contrefort, c’eſt-à-dire 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. leurs baſes augmenteront dans le raport de
16. 25. 36. 49. 64. 81. 100. 121. 144. 169. 196. 225. 256. 289. 324. 361. 400. 441. 484. Or comme les derniers quarrés ſont bien
plus grands à proportion que les premiers, il s’enſuit que les baſes
des contreforts, par conſequent les contreforts mêmes, augmentent
beaucoup plus à proportion que ne font les revêtemens. Mais comme
les contreforts ne peuvent augmenter plus qu’ils ne devroient na-
turellement, ſans que les épaiſſeurs du ſommet & de la baſe des re-
vêtemens ne diminuënt, il s’enſuit que les differences des épaiſſeurs
marquées dans les Tables, au lieu d’augmenter, doivent plûtôt di-
minuer à meſure que les revêtemens ſont plus élevés; c’eſt auſſi
ce que l’on voit dans toutes les colomnes, puiſque les derniers
nombres ſont plus petits à proportion que les premiers, ce qui m’a-

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