Full text: Belidor, Bernard Forest: La science des ingenieurs dans la conduite des travaux de fortification et d' architecture civile

La grandeur ordinaire des Briques eſt 8 ou 9 pouces de lon-
gueur ſur 4 ou 5 & demi de largeur & 2 d’épaiſſeur; ces dimen-
ſions ſont le plus en uſage, parce qu’elles rendent les Briques fort
commodes pour être miſes en œuvre.

Quand les Murs n’ont qu’une médiocre épaiſſeur, on les déter-
mine par le nombre des Briques qu’il faut pour en marquer l’é-
tendue, tels ſont ceux de deux Briques, d’une Brique & demi, & d’une Brique, dont on ſe ſert pour les Murs mitoyens, ou pour
ceux de clôture.

85.75. CHAPITRE TROISIE’ME.
Où l’on fait voir les qualitez de la Chaux & la maniere
de l’éteindre.

LA Chaux pouvant être regardée comme l’Ame de la Maçonne-
rie, il eſt de la derniere conſéquence d’être bien inſtruit de
tout ce qui lui apartient, afin que dans l’uſage que l’on en fera,
on parvienne à cette fin principale que l’on doit ſe propoſer en
conſtruiſant les Bâtimens, qui eſt de faire enſorte que les maté-
riaux ſoient ſi bien unis qu’ils ne paroiſſent plus compoſer qu’une
ſeule Pierre.

La Chaux eſt une Pierre calcinée, qui ſe détrempe avec de l’eau
& du ſable, pour en compoſer le mortier: pour faire de la bonne
Chaux, il faut ſe ſervir de pierres très-dures, peſantes, & blanches; & de toutes celles qu’on peut employer, il n’y en a point qui en
faſſe de meilleure que le marbre, quand on eſt à portée d’en avoir
comme dans le Pays où il eſt commun: la Pierre tirée de frais ou
nouvellement eſt meilleure à faire la Chaux, que la ramaſſée; & par-
ticulierement celle des Carrieres humides & à l’ombre, que celles
qui ſont plus ſeiches: les Cailloux qui ſe rencontrent ſur les Mon-
tagnes, ou dans les Rivieres & les Torrens, auſſi-bien que certai-
nes Pierres ſpongieuſes & dures qui ſe trouvent quelques fois dans
les Campagnes, font une très-bonne Chaux, & l’ouvrage en eſt fort
blanc & poli; ce qui fait qu’on s’en ſert ordinairement au crépiſ-
ſage des Murs: il y a une Pierre jaunâtre, qui ſe tire aux environs
de Boulogne en France, qui fait auſſi une Chaux excellente, & qui
eſt la plus eſtimée de toutes celles qu’on peut employer en Picardie
& en Artois, où communement elle n’eſt pas trop bonne, parce
qu’on la fait avec du moîlon tendre & blanc, qui ne differe gueres LA SCIENCE DES INGENIEURS, de la craye, qui eſt la plus mauvaiſe qualité qu’une Pierre puiſſe
avoir pour faire de la Chaux.

Le Charbon de terre vaut beaucoup mieux pour cuire la Chaux
que le bois; car, non-ſeulement la cuiſſon en eſt plus prompte,
mais c’eſt qu’il rend la Chaux plus graſſe & plus onctueuſe.

Quand la Chaux eſt tirée du Fourneau, il faut pour la bien
éteindre prendre garde que les Ouvriers y mettent la quantité
d’eau néceſſaire, car le trop peu la brûle, & la trop grande quan-
tité la noye, le mieux eſt de la jetter à diverſes repriſes.

L’on connoît, ſelon Philbert de Lorme, quela Chaux eſt bonne,
lorſqu’elle eſt bien cuite, blanche, & graſſe, qu’elle n’eſt pas éventée
& ſonne comme un pot de terre quand on la frape, qu’étant
moüillée ſa fumée paroît épaiſſe, & lorſqu’en la détrempant elle ſe
lie au rabot.

Selon ce même Architecte, la maniere de la bien détremper
pour faire d’excellent mortier, eſt d’en amaſſer dans une Foſſe telle
quantité qu’on en aura beſoin, puis la couvrir également par-tout
de bon ſable environ un pied ou deux d’épaiſſeur, enſuite jetter
de l’eau par deſſus ſuffiſamment pour faire que le ſable en ſoit bien
abreuvé, afin que la Chaux qui eſt deſſous ſe puiſſe fuſer & diſſou-
dre ſans ſe brûler, ce qui arriveroit ſi on ne lui donnoit pas d’eau
ſuffiſamment; ſi l’on s’aperçoit que le ſable ſe fende en quelqu’en-
droit, & faſſe paſſage à la fumée, il faut auſſi-tôt recouvrir les
crevaſſes, & moyennant cette préparation, elle ſe convertira en
une maſſe de graiſſe, laquelle étant entamée au bout de deux ou
trois ans reſſemblera à un fromage de crême; cette matiere ſera
ſi graſſe & ſi glutineuſe, qu’on n’en pourra tirer le rabot qu’avec
peine, & fera un mortier d’un excellent uſage pour les enduits
des murailles & les Ouvrages de Stuc.

Vitruve remarque, qu’il eſt néceſſaire que les Pierres de Chaux
foient éteintes depuis long-tems, afin que s’il y a quelques mor-
ceaux qui ayent été moins cuits que les autres, ils puiſſent étant
éteints à loiſir ſe détremper auſſi aiſément que les autres; car dans
la Chaux qui eſt employéeen ſortant du Fourneau, & devant qu’elle
ſoit parfaitement éteinte, il reſte quantité de petites Pierres moins
cuites qui font ſur l’ouvrage comme des puſtules; parce que ve-
nant à s’éteindre plus tard que le reſte de la Chaux, elles rompent
l’enduit & le gâtent; il ajoûte auſſi que pour ſavoir ſi la Chaux eſt
bien éteinte & ſuffiſamment détrempée, il faut y enfoncer un coû-
teau: s’il rencontre de petites pierres, c’eſt une marque qu’elle
n’eſt pas encore bien éteinte; de même, ſi on le retire net, cela LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. ſignifiera qu’elle n’eſt pas bien abreuvée, au lieu que ſi la Chaux
s’y attache, on jugera qu’elle eſt graſſe, gluante, & bien détrempée.

Il y a cependant une excellente qualité de Chaux qui ne ſe fuſe
point: telle eſt celle de Metz & des environs, où il eſt arrivé que
des gens, qui n’en connoiſſoient pas la qualité, en avoient fuſé dans
destrous bien couverts de ſable, & l’année ſuivante elle s’eſt trouvée
auſſi dure que de la Pierre; il a falu la caſſer avec des coins de fer,
& l’employer comme du moîlon. Pour éteindre cette Chaux, on
la couvre de tout le ſable qui doit entrer dans le mortier; & l’on
jette avec la main de l’eau deſſus, en arroſant, & cela à pluſieurs
repriſes. Cette Chaux s’éteint ſans qu’il ſorte de fumée au-dehors: elle fait un ſi bon mortier, qu’à Metz preſque toutes les Caves en
ſont faites ſans autre mélange que de gros gravier de Riviere, il
n’y entre ni Pierre ni Brique, & cela fait un maſtic ſi dur, que les
picques les mieux acerées n’y peuvent mordre, lorſque ce mortier
a fait corps.

Dans toutes les obſervations qu’on a faites ſur la Chaux, on a
connu que plus elle eſt vive, plus elle foiſonne quand on l’éteint,
porte davantage de ſable, fait ſon mortier gras & bon; qu’étant
gardée long-tems après avoir été éteinte, pourvû qu’elle ſoit dans
des foſſes bien couvertes de ſable, meilleure elle eſt: c’eſt pour-
quoi les Romains ne vouloient pas qu’on en employât pour leurs
Edifices, qu’elle ne fût éteinte depuis deux ou trois ans. On a re-
marqué encore que la Chaux en pouſſiere ne valoit rien, parce que
ſon ſel ayant changé de nature & de vertu, elle n’avoit plus celle
de faire corps dans la maçonnerie.

85.76. CHAPITRE QUATRIE’ME.
Où l’on explique les qualitez du Sable, de la Pozzolane, &
du Plâtre.

APrès avoir montré, dans le Chapitre précédent, les qualitez
de la Chaux, nous en allons faire de même pour le Sable,
afin qu’étant prévenus de tout ce qui regarde ces deux matieres,
on ſache par leur mélange compoſer un bon mortier: il faut pou-
voir être Maçon, avant de devenir Architecte; & , puiſqu’il faut né-
ceſſairement paſſer par-là, je prie ceux qui verront les premiers
Chapitres de ce Livre de ne point s’ennuyer de la ſterilité des ſu- LA SCIENCE DES INGENIEURS, jets qu’on y traite: ils doivent s’eſtimer fort heureux, d’en être
quittes pour la lecture.

L’on diſtingue principalement deux ſortes de Sable, dont on peut
ſe ſervir pour faire le mortier; l’un eſt le Sable de Cave, que l’on
nomme ainſi pour faire entendre qu’on le trouve en foüillant dans
la terre; l’autre s’apelle Sable de Riviere, parce qu’effectivement
on le prend dans les lits des Rivieres & des Fleuves. Le Sable de
Cave ſe rencontre aſſez ſouvent ſans aprofondir beaucoup dans
la Terre, où il forme preſque toûjours des bancs, dont l’éten-
duë & l’épaiſſeur changent ſelon la différence des lieux, qui lui
donnent auſſi une couleur différente; mais comme la couleur ne
décide rien ſur ſa bonne & mauvaiſe qualité, & qu’il eſt ſeulement
queſtion du grain, il faut, pour être d’un bon uſage, qu’il ne ſoit
point gras ni terreux; c’eſt-à-dire, qu’il ne ſoit point mêlé avec de
la terre; mais au contraire net; enſorte qu’en le frottant entre les
doigts il raiſonne: celui qui eſt blanc eſt ordinairement le moins char-
gé deterre, & peut s’employer ſûrement, ayant attention que le grain
en ſoit d’une certaine groſſeur, car quand il eſt par trop fin & preſ-
que imperceptible, il ne fait point de corps avec la Chaux, & le
mortier qui en eſt compoſé ſe réduit par la ſuite en pouſſiere.

Le Sable de Riviere eſt à préférer à celui de Cave, parce qu’il
eſt moins gras & beaucoup meilleur pour les enduits; ainſi, quand
on eſt à portée d’en avoir, il faut autant qu’il eſt poſſible ne pas
le négliger. Il eſt vray qu’il arrive aſſez ſouvent qu’en foüillant pour
creuſer les fondemens, on en rencontre de Cave, qu’on auroit tort de
ne point employer, quand il eſt bon; parce que ſe trouvant tout
porté ſur l’atelier, on évite la dépenſe de l’aller chercher ailleurs,
& le tranſport de la vuidange des terres qu’il faudroit faire ſans
cela; mais ce motif, quoique puiſſant pour ceux qui aiment l’œco-
nomie, ne doit point prévaloir ſur le tort que l’on auroit d’em-
ployer dans le mortier (comme on fait aſſez ſouvent) une terre
jaune au lieu de Sable, parce que cette terre aura parû dure & ſabloneuſe.

Le Sable de Riviere ſe tire de leurs lits avec des Dragues faites
à cet uſage: celui qui eſt ſur le rivage n’eſt pas tout-à-fait ſi bon,
étant ſujet à être mêlé & couvert de vazes, qui eſt une eſpece de
terre graſſe qui s’y attache dans le tems des grandes eaux & des dé-
bordemens; cependant, quand il s’en rencontre qui ne participe pas
de ce mêlange, on peut s’éviter la peine de le pécher, ou bien ſi
la ſuperficie du rivage eſt chargée de vazes, on en ſera quitte pour
enlever une eſpece de croute qui s’y rencontre ordinairement, & LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. prendre le bon ſable qui eſt deſſous, afin de l’avoir pur. Il ſe trouve
encore un eſpece de Sable apellé gravier, qui étant purgé de tout
ce qui peut le rendre défectueux eſt auſſi d’un bon uſage; mais, il
eſt moins eſtimé que le Sable, parce qu’il n’eſt pas ſi menu, étant
mêlé de petits cailloux qui ne s’incorporent pas bien avec la Chaux,
& par conſéquent ne peut faire qu’un mortier peu propre à la
liaiſon des Pierres, à cauſe de l’épaiſſeur & inégalité des joints: on peut pourtant s’en ſervir dans la conſtruction des fondemens
& autres gros Ouvrages. Il ſe trouve ſur le bord de la Mer, & dans
les Terres, un Sable fort menu qu’on apelle ſablon, dont on ſe ſert
quelques fois comme du Sable ordinaire, mais il n’eſt pas ſi bon; cependant, il s’en rencontre d’excellent dans les marais, quand on
voit qu’en marchant deſſus il en ſort del’eau, ce quilui a fait donner
le nom de ſable bouillant.

Pour juger du ſable dont on eſt incertain, il faut en jetter dans
un vaſe plein d’eau claire, & le broüiller enſuite avec la main: ſi
l’on voit que l’eau devienne noire & bourbeuſe, c’eſt une marque
qu’il eſt gras & terreux; ſi au contraire l’eau eſt preſque auſſi claire
qu’auparavant, ou n’eſt devenuë qu’un peu trouble, on ſera con-
vaincu que le ſable eſt pur & net.

Il ſe fait encore un mortier de deux eſpeces de poudre. La pre-
miere eſt la Pozzolane, dont la couleur eſt rougeatre: elle ſe trouve
en Italie, & au Pays de Bayes. Cette poudre eſt très-bonne pour les
Bàtimens; & rien au monde ne lie mieux les Pierres que le mor-
tier qui en eſt fait, non ſeulement pour la maçonnerie des Edifices
qui s’élevent dansles lieuxſecs, mais particulierement pour ceux qui
ſe fabriquent au fond de la Mer & dans les Eaux, faiſant corps
peu après avoir été employé, parce qu’elle ſe durcit dans l’eau,
comme nous l’expliquerons plus amplement ailleurs. Je crois que
cette poudre n’eſt autre choſe que la terre & le tuf qui ſont brûlez
par les feux ſoûterains qui ſortent des montagnes, aux environs
deſquels on la tire; & voici ce me ſemble la raiſon de ſon admi-
rable propriété.

Comme la Thuille, qui eſt une compoſition de terre, n’a point
de vertu avant la cuiſſon pour agir avec la Chaux, & qu’après être
cuite & réduite en poudre, elle fait un mortier excellent, de même
la terre bitumineuſe qui ſe trouve au Royaume de Naples, étant
brûlée par les feux ſouterains, les petites parties qui en réſultent,
& qu’on peut regarder comme une cendre, compoſent la poudre
de Pozzolane qui doit par conſéquent participer des proprietez du
ciment: d’ailleurs, la nature du terrain peut y avoir auſſi beaucoup LA SCIENCE DES INGENIEURS, de part, auſſi-bien que l’effet que produit le feu. Il y a aparence
que l’on nomme cette poudre Pozzolane, parce qu’elle ſe trouve
dans le territoire de la Ville de Pozzol, ſi fameuſe par ſes grotes,
& ſes eaux minérales.

L’autre eſpece de poudre eſt faite d’une terre qui ſe trouve aſſez
près du bas Rhin en Allemagne & aux environs de Cologne, on
la cuit commele Plâtre, enſuite on l’écraſe avec des meules à Mou-
lin pour la réduire en poudre, elle eſt ſi commune aux Pays-Bas,
qu’elle en a retenu le nom, la nommant Terraſſe de Hollande, elle
eſt de couleur griſe, & lorſqu’elle eſt pure & qu’elle n’eſt point fal-
ſifiée, ce qui eſt aſſez rare, elle eſt excellente dans les Ouvrages
qui ſont baignez des eaux, & réſiſte également à l’injure des ſaiſons
différentes, l’humidité & la ſéchereſſe ne pouvant l’alterer, elle re-
tient les Pierres & les autres matériaux enſemble avec une force & une fermeté inébranlable, ce qui fait qu’on l’employe en France & aux Pays-Bas dans la conſtruction des Ouvrages aquatiques, par la
difficulté d’avoir de la Pozzolane à juſte prix: la Cendrée de Tournay
eſt auſſi merveilleuſe, comme nousle ferons voir au Chap. ſuivant.

On ſe ſert encore, au lieu de ſable, de certaine poudre artificielle
d’un très-bon uſagepour les Bâtimens, on fait piler des fragemens de
pots & autres vaſes de Grais & des morceaux de mache-fer, prove-
nans du Carbon de Terre brûlé dans les Forges, leſquels étant
réduits en poudre, on y mêle une pareille quantité de Ciment de
Pierre de meule de Moulin & de Chaux, dont on compoſe un
mortier excellent qui réſiſte parfaitement à l’eau ſi les Ouvrages où
on l’employe en ſont baignez, comme ſont les Ecluſes, Ponts,
Citernes, Réſervoirs, & c. On fait auſſi un amas de Cailloux qui ſe
trouvent dans les Campagnes, ou de galets qu’on prend ſur le bord
des fleuves, qu’on met au Fourneau, & après les avoir fait rougir,
on les retire, puis on les fait piler & réduire en poudre, ce qui en
fait une d’un auſſi bon uſage que la Terraſſe de Hollande.

Il nous reſte encore à parler du Plâtre, qui eſt une matiere qui
demanderoit elle ſeule une grande Diſſertation, ſi l’on vouloit en-
trer dans les cauſes phyſiques de ſes proprietez; mais, je me trouve
malgré moi dans la neceſſité de paſſer ſous ſilence bien des Remar-
ques curieuſes qui groſſiroient cet Ouvrage aſſez inutilement: j’ai
tant de ſujets différens à traiter, que j’aprehende en voulant m’ar-
rêter ſur certains objets abondans, qu’il ne m’échape d’ailleurs d’au-
tres vûës plus utiles à la perfection du deſſein que je veux remplir.

Le Plâtre ſe fait d’une Pierre de couleur griſàtre qui ne ſe
trouve que dans certains Pays, particulierement aux environs de LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. Paris, on la fait cuire au feu comme la Chaux; mais elle en eſt bien
differente, car la Chaux ne peut être employée ſans le mélange de
quelque autre matiere qui la ſoutienne & lui donne plus de corps
qu’elle n’en a naturellement, au lieu que le Plâtre s’employe tout
pur, il fuffit de l’abreuver avec de l’eau, & auſſi-tôt on le met en
œuvre, car il a cela de particulier, que s’il n’eſt pas employé ſur
le champ après l’avoir abreuvé, il ſe ſéche & ne peut plus s’apliquer
contre d’autres corps, ni recevoir les differentes impreſſions qu’on
veut lui donner pour faire des ornemens d’Architecture, comme
ſa principale qualité eſt de faire corps dans le moment qu’on le met
en œuvre, il n’y a point de matiere dont on puiſſe ſe ſervir plus
utilement dans la conſtruction des Bâtimens & ſur laquelle on ſoit
plus ſujet à être trompé par ceux qui la débitent, tantôt le Plâtre
ſera mauvais pour être éventé, tantôt parce que la cuiſſon en aura
été mal faite, ce qui arrive le plus ſouvent; car comme celui, qui
étoit aux extrêmitez du Four, n’a pas eû un dégré de chaleur ſuf-
fiſant pour être calciné juſqu’à un certain point, il n’y a gueres que
celui du milieu, qui l’a été comme il faut, cependant quand la cuiſ-
ſon eſt faite, les Chau-fouriers le mélent tout enſemble, & quand
il eſt en poudre, celui des extrêmitez du Four eſt confondu avec
celui du milieu, ce dernier qui eût été excellent s’il avoit été em-
ployé à part, eſt alteré par le mélange qu’on en a fait, & ne vaut
pas à beaucoup près ce qu’il étoit auparavant; c’eſt pourquoi dans
les Ouvrages de conſéquence qui ſe font avec le Plâtre, il faudroit
ne ſe ſervir que de celui qui a été dans le milieu du Four, & avoir
pour cela des gens ſur le lieu qui le choiſiſſent, on en ſera quitte
s’il le faut à le payer davantage que celui qu’on vend dans les ſacs; je voudrois même plus, c’eſt que ne pouvant pas compter ſur les
Chau-fouriers on ſuivit la cuiſſon depuis le commencement juſ-
qu’à la fin, pour avoir attention que les Pierres ſoyent bien ran-
gées dans le Four; enſorte que les unes ne ſoient pas abſolument
embraſées, comme ſont celles qui ſont près le foyer, tandis que
les autres qui ſont plus loin ne reſſentent qu’à peine l’action du feu,
qui faute de jour n’aura pû s’introduire à la ronde, d’ailleurs la
bonne cuiſſon conſiſte auſſi à ménager un dégré de chaleur qui peu à
peu déſeichant l’humidité de la pierre faſſe évaporer le ſouffre qu’elle
renferme & la purge des parties de terre dont elle peut être mêlée,
prenant garde que la violence de la flame ne cauſe un déſeiche-
ment abſolu; car comme il y a aparence que la vertu du Plâtre
eſt cauſée par un ſel, qui fait que ſes parties s’accrochent les unes
aux autres, dès que ce ſel eſt trop déſeiché, il n’y a plus de liaiſon, LA SCIENCE DES INGENIEURS, & c’eſt ce que j’ai vû pluſieurs fois remarquer à des Plâtriers, qui
étoient étonnez de voir qu’ils ne pouvoient pas mettre en œuvre
du Plâtre nouveau, dont ils croyoient être ſurs, parce qu’ils étoient
convaincus qu’il n’y avoit aucun mélange.

Quand la cuiſſon a été bien faite, il eſt facile de le connoître, par-
ce que pour lors le Plâtre a une certaine onctuoſité & une graiſſe
qui cole aux doitgs quand on le manie, au contraire ſi elle a été mal
faite, le Plâtre a de la rudeſſe & ne s’attache point comme l’autre,
après cela toute bonne que puiſſe être cette cuiſſon, elle devient
pour ainſi dire nulle, quand on veut employer du Plâtre qui a été
gardé long-tems; car cette matiere reſſemble aux liqueurs exquiſes
qui n’ont de ſaveur qu’autant qu’on a eû ſoin de ne pas laiſſer éva-
porer les eſprits qui en font toute la bonté; ſi le Plâtre n’eſt pas
bien renfermé dans des tonneaux, placez dans des lieux ſecs,
il s’évente; c’eſt-à-dire, que le ſel qui en fait toute la vertu s’éva-
pore, & il ne reſte qu’une eſpece de cendre qui étant employée ne
fait plus corps, ainſi l’état le plus convenable où l’on doit prendre
le Plâtre, c’eſt de l’employer au ſortir du Four quand on eſt à portée
d’en uſer de la ſorte: l’on remarquera encore que toutes les ſaiſons
ne ſont pas propres pour le mettre en œuvre, ſi l’on s’en ſert en
Hyver, ou à la fin de l’Automne, les Ouvrages qui en ſont faits
ſont de peu de durée, & ſujets à tomber par éclats, parce qu’alors
le froid ſaiſit tout d’un coup le Plâtre, il glace l’humidité de l’eau
avec laquelle il a été gâché, & l’eſprit du Plâtre étant amorti il
ne peut plus y avoir d’union, enfin quand on n’eſt point à portée
de prendre toutes les meſures dont je viens de parler pour s’aſſu-
rer de la bonté du Plâtre, on pourra au moins choiſir le meilleur
de celui qui ſe trouve en magaſin, puiſque pour le connoître il ne
faut qu’en détremper un peu dans la main; celui qui ſe prendra le
plus promptement ſera à préférer à d’autre qui ne fera qu’une eſ-
pece de Mortier ſans conſiſtance.

85.77. CHAPITRE CINQUIE’ME.
De la Compoſition du Mortier.

NOus avons dit en parlant de la Chaux dans le troiſiéme Cha-
pitre, qu’après l’avoir éteinte dans des baſſins creuſés en ter-
re, il étoit à propos de la laiſſer repoſer long-tems avant de la mêler LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. avec le ſable pour faire le mortier, parce qu’en effet rien ne la rend
meilleure que cette ſage précaution; mais comme il n’eſt guere
poſſible d’en uſer ainſi, à cauſe de l’impatience où l’on eſt d’executer
un ouvrage auſſi-tôt qu’il eſt projeté, je vais décrire la façon la plus
ordinaire dont on prépare la Chaux afin de pouvoir faire du mor-
tier incontinent après.

L’on fait un petit baſſin en terre, auprès duquel on en creuſe un
autre plus grand & plus profond, on met dans le petit une certaine
quantité de Chaux ſur laquelle on jette de l’eau pour la broyer
avec le rabot, & après qu’elle eſt devenuë liquide, on la fait cou-
ler dans le grand baſſin où elle ſe prend enſuite comme un fromage
blanc, c’eſt delà qu’on la tire pour la mêler avec le ſable. Ce mê-
lange ſe fait ordinairement de deux tiers de ſable ſur un tiers de
Chaux meſurée vive, ou de trois cinquiémes de ſable, ſur deux cin-
quiémes de Chaux, ſelon qu’elle foiſonne plus ou moins; car quand
elle eſt graſſe & faite de bons Cailloux, on peut mettre juſqu’à
trois quarts de ſable ſur un quart de Chaux: ce qui n’eſt pourtant pas
ordinaire, parce qu’il eſt rare d’avoir de la Chaux aſſez graſſe pour
porter tant de ſable: on ne doit tirer le ſable qu’à meſure qu’on
l’employe, ſans en faire de proviſion long-tems auparavant, l’ex-
perience faiſant voir que le Soleil l’altere, le déſeiche, & lui ôte
une certaine graiſſe qui en fait toute la bonté; d’un autre côté la
pluye en diſſoud les ſels volatils, & par la ſuite il ſe change en une
eſpece de terre qui étant mêlée avec la Chaux ne fait plus corps
ni liaiſon dans la maçonnerie. Cependant, il eſt à remarquer que
s’il eſt queſtion de faire des enduits, il n’y a point de mal que le
ſable ne ſoit pas ſi gras, parce qu’autrement il ſe ſeiche fort promp-
tement, fait gerſer le mortier, & par conſéquent empêche que
l’enduit ne reſte poli.

Le ciment ſe mêle auſſi avec la Chaux en plus petite ou plus
grande quantité ſelon qu’elle faiſonne plus ou moins, les doſes
ſont les mêmes dont nous venons de parler: cependant, l’on fait
aſſez ſouvent du mortier compoſé de moitié ſable & moitié ciment,
dont l’uſage eſt très-bon pour des Ouvrages qui ne ſont point de
la derniere conſéquence, mais qui méritent pourtant quelqu’at-
tention.

Le mortier de Pozzolane ſe fait à peu-près comme celui de ſa-
ble; il ſert comme nous avons dit ailleurs pour la conſtruction des
Ouvrages que l’on fabrique dans l’eau.

Pour faire le mortier de Terraſſe on choiſit la meilleure Chaux
non éteinte, & on en prend autant qu’on en veut employer pen- LA SCIENCE DES INGENIEURS, dant une ſemaine, on en étend environ un pied de hauteur ſur une
aire ou batterie, on l’arroſe pour l’éteindre, & enſuite on couvre
ce lit de Chaux, d’un autre de Terraſſe d’environ un pied d’épaiſſeur,
on laiſſe repoſer cette préparation pendant deux ou trois jours, afin
de donner le tems à la Chaux de s’éteindre; après quoi les Manœu-
vres viennent avec des houës broüiller & mêler enſemble la Ter-
raſſe & la Chaux dont ils font un gros tas qu’on laiſſe repoſer envi-
ron deux jours, au bout deſquels on broüille de rechef une partie
de cette préparation, la moüillant de tems en tems juſqu’à ce qu’on
s’aperçoive que le mortier eſt de bonne conſiſtance: & quand on
en eſt là, on l’employe auſſi-tôt aux Ouvrages pour leſquels il eſt
deſtiné; mais on prendra garde de ne donner cette derniere façon au
mortier que la veille du jour qu’on ſe propoſe de l’employer; c’eſt-
à-dire de n’en broüiller qu’autant qu’on aura beſoin ce jour-là, ob-
ſervant la même choſe pour les jours ſuivans tant qu’il y aura de
cette compoſition dans le tas. Dans pluſieurs Provinces on prépare
le mortier ordinaire de la même façon qu’on vient de voir pour la
Terraſſe; cette pratique n’eſt pas mauvaiſe, & on ne peut que s’en
bien trouver.

Outre la Terraſſe de Hollande, on ſe ſert encore en Flandres
d’une poudre qu’on nomme communément Cendrée de Tournay,
qui s’employe fort utilement pour la compoſition du mortier des
Ouvrages qui ſe font dans l’eau: comme perſonne (à ce que je
croi) n’en a bien expliqué les propriétés, & la maniere de l’em-
ployer, je vais raporter en peu de mots ce que j’en ſçai.

Les environs de Tournay fourniſſent une Pierre bleuë très-dure,
& qui fait une Chaux excellente; quand cette Pierre eſt dans le
Four, il s’en détache des petites parcelles qui tombent ſous la
grille du Fourneau où elles ſe mêlent avec la cendre du Charbon
de terre, & comme cette cendre n’eſt autre choſe que des petites
parties de la hoüille calcinée, c’eſt le mêlange qui s’en fait qui com-
poſe la Cendrée de Tournay qui ſe débite par les Marchands telle
qu’on la tire des Fourneaux.

L’experience faiſant voir que la Pierre dure fait toûjours de
bonne Chaux & un mortier excellent pour les Ouvrages aquatiques,
quand elle eſt mêlée avec de la poudre provenante du Charbon ou
mâche-fer qu’on tire des Forges, comme je l’ay expliqué dans le
quatriéme Chapitre: il n’eſt pas étonnant que la Cendrée de Tour-
nay ſoit merveilleuſe pour le même uſage, puiſqu’elle participe
à la fois des qualités de ces deux matieres; car je ne doute pas que
les petites parties de Charbon qui ſe trouvent mêlées avec la Cen- LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. drée ne contribuent beaucoup à lui donner la propriété de ſe durcir
dans l’eau comme on le verra plus bas; ainſi, ſans m’arrêter à des
Diſſertations Phiſiques, je paſſe à la maniere de s’en ſervir.

La premiere attention, que l’on doit avoir avant de la préparer, eſt
de bien balayer le terrain ſur lequel on la doit jetter, on l’éteint
enſuite dans une eſpece de baſſin avec une quantité d’eau ſuffiſante
ſeulement pour la bien fondre & démêler, après quoi on la paſſe
avec une claye faite de fil d’archal qu’on met au-deſſus d’une bat-
terie faite exprès, pavée de pierres plates & unies, & conſtruite de
même par les côtés: tout ce qui ne paſſe pas au travers de la claye
eſt rebuté; on bat ce qui eſt dans cette batterie à pluſieurs repriſes
pendant dix ou douze jours conſecutifs avec une dame du poids
de 30 livres ferrée par le deſſous, juſqu’à ce qu’enfin elle compoſe
une pâte bien graſſe & bien fine, on l’employe ſur le champ, ſinon
elle peut ſe conſerver pluſieurs mois de ſuite ſans rien perdre de ſa
qualité, pourvû que l’on aye ſoin de la couvrir; car le ſoleil, la
pouſſiere, & la pluye la gâtent; il faut avoir attention, quand on la
rebat pour s’en ſervir, de n’y mêler que très-peu d’eau & même point
du tout s’il ſe peut; car à force de bras elle devient graſſe & liquide
ſans qu’on ſoit obligé de l’humecter de nouveau: ainſi c’eſt ordinai-
rement la pareſſe des ouvriers, & non pas la neceſſité, qui les enga-
gent à y mettre beaucoup d’eau pour la rebattre, ce qui la dégraiſ-
ſeroit peu à peu & diminueroit ſa bonté ſi on n’y prenoit garde.

Il y en a qui pour la préparer ſe ſervent de deux baſſins, l’un plus
elevé que l’autre, tous deux bien pavés & diſpoſés; enſorte que ce
qui eſt dans l’un puiſſe couler dans l’autre par une petite grille que
l’on a ſoin de maſquer quand on éteint & démêle la cendrée, dès
qu’on juge qu’elle l’eſt ſuffiſamment, on débouche la grille, tout ce
qui ne peut pas paſſer au travers eſt rebuté, & ce qui coule dans
l’autre baſſin eſt deſtiné à être rebatu comme on vient de le dire.

On ſe ſert de cette cendrée pour la Maçonnerie des Ecluſes, Ponts,
Acqueducs, Battard’eaux, & c. & generalement dans les Maçonne-
ries ordinaires pour aſſéoir les Grais & les rejointoyer; ce qui ſe doit
faire depuis le mois d’Avril juſqu’à la fin de Juillet, parce qu’em-
ployé dans ce tems-là il n’éclate jamais, ce qui eſt une propriété
remarquable de la Cendrée; car la plûpart des cimens ſont ſujets à
gerſer; la Chaux de Boulogne par exemple, qui eſt excellente quand
elle eſt employée dans l’eau ne vaut rien à ſec.

On la mêle quelquefois pour plus de précaution avec un ſixié-
me de Thuilleau paſſé au tamis, & je crois que ſi on la mêloit avec
de la Terraſſe de Hollande, on pourroit s’en ſervir avec un ſuccès LA SCIENCE DES INGENIEURS, merveilleux dans la conſtruction des citernes; car je ne doute pas
que ces deux matieres enſemble ne compoſent le plus excellent
ciment qu’il ſoit poſſible d’imaginer.

Dans les Pays où la bonne Chaux eſt rare, l’on en met quelque
fois en œuvre de deux eſpeces ſur les grands atteliers, l’une faite
de bonnes pierres dures & l’autre de pierres communes; la premiere
comme la meilleure s’employe pour faire ce qu’on apelle le bon
mortier dont on ſe ſert pour les ouvrages qui méritent attention, & l’autre pour faire celui qu’on nomme mortier blanc, qui, n’étant pas
d’une trop bonne qualité, ne s’employe qu’aux fondations & dans
le maſſif des gros murs; on fait encore un mortier que l’on apelle
bâtard, parce qu’il eſt compoſé à la fois de bonne & mauvaiſe Chaux
dont on ſe ſert auſſi pourles murs d’une épaiſſeur conſiderable; mais
il faut prendre garde de ne point en employer dansles ouvrages qui
ſont baignés des eaux.

On peut ſe ſervir indifferemment de toute ſorte d’eau pour étein-
dre la chaux, excepté celle des Marais & les autres bourbeuſes & qui croupiſſent; c’eſt pourquoi on ne doit point permettre aux
Maçons d’employer celles qui courent dans les ruës & qu’ils raſſem-
blent par le moyen d’une petite digue, parce qu’étant chargées
d’ordures, elles ne peuvent faire que du mauvais mortier. Autre-
fois on ne vouloit point ſe ſervir d’eau de la mer, parce qu’on
croïoit qu’à cauſe qu’elle eſt ſalée le mortier ne ſéchoit qu’avec pei-
ne; mais l’on prétend aujourd’hui que c’eſt une erreur, & qu’elle eſt
auſſi bonne & même meilleure que celle de Riviere; mais c’eſt ce
que je ne deciderai pas n’en ayant point fait d’experience: je ſçai
ſeulement qu’on s’en eſt ſervi dans des endroits où elle a fait du mor-
tier excellent, & dont on s’eſt parfaitement bien trouvé; & que
dans d’autres Provinces au contraire le mortier qui en étoit abreuvé
avoit toutes les peines du monde à ſécher. Ce qui me fait croire
que quand la Chaux eſt forte & graſſe, on peut ſe ſervir de l’eau
de la mer; mais que ſi elle eſt d’une mauvaiſe qualité, cette eau
la rend encore plus foible: car c’eſt un principe de chimie que de
deux ſels differens mis enſemble, il y en a toûjours un qui conver-
tit l’autre en ſa ſubſtance, ainſi il y a aparence que quand les ſels de
la Chaux ſont abondants, ils attirent ceux que contient l’eau de la
mer, & les diſpoſe à concourir à la coagulation du mortier; mais ſi
les ſels de la Chaux ſont en petite quantité, le ſel marin domine & fait un effet tout opoſé.

Quand la Chaux eſt éteinte depuis quelque tems & qu’on la mêle
avec le ſable, il faut, pour en faire de bon mortier, mettre le moins LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. d’eau qu’on pourra; car à force de la corroyer avec des rabots il
devient liquide & ſéche plus promptement que ſi il avoit été abreu-
vé davantage; cependant, il faut faire attention que ſi le mortier doit
être employé avec des pierres qui s’imbibent aiſément, il faut le
faire plus liquide que quand on s’en ſert pour joindre des pierres fort
dures.

Il y en a qui pour faire prendre le mortier plus promptement mê-
lent de l’urine avec l’eau dont on ſe ſert pour le corroyer; mais ce
que je ſais par experience, c’eſt que ſi l’on fait diſſoudre du ſel Ar-
moniac dans l’eau de Riviere, & qu’on ſe ſerve enſuite de cette
eau pour corroyer de la Chaux qui auroit été faite avec de bons
cailloux, elle compoſe avec le ſable un mortier qui prend auſſi
promptement que le plâtre, ce qui peut être d’un excellent uſage dans
les pays où cette matiere eſt rare; j’ajoûterai que ſi au lieu de ſable
on ſe ſervoit de la pierre pulveriſée, & qui fut de la même dont on
a fait la Chaux, le mortier qui en ſeroit compoſé ſeroit incompara-
blement meilleur quand on voudroit s’en ſervir au lieu de plâtre.

L’on ſait que la principale qualité du mortier eſt d’unir les pierres
les unes aux autres, & de ſe durcir quelque tems après avoir été
employé, pour ne faire plus qu’un même corps avec les autres ma-
teriaux. Comme c’eſt la Chaux qui contribue le plus à cet effet
ſingulier, on demande pourquoi la pierre, ayant perdu dans le Four
à Chaux ſa dureté, la reprend par le moyen de l’eau & du ſable? Comme ceci nous offre une Diſſertation aſſés curieuſe, je vais
faire enſorte d’en donner la raiſon.

L’opinion des Chimiſtes eſt, que la dureté des corps vient des
ſels qui s’y trouvent répandus qui ſervent à lier leurs parties, de-
ſorte que ſelon leur ſiſtême la deſtruction qui arrive par la ſuite des
tems aux corps les plus durs ſe fait par la’perte de leur ſel qui s’é-
vapore inſenſiblement par la tranſpiration, & que ſi par quelque
moyen on rend à un corps les ſels qu’il a perdu, il reprend ſa pre-
miere dureté par la réünion qui ſe fait de ſes parties. Comme il y
a mille experiences qui favoriſent cette hipoteſe, je ne ferai nulle
difficulté de la recevoir avec le plus grand nombre des Phiſiciens.

Quand la pierre eſt brûlée par la violence du feu, il ſe fait une
évacuation de la plus grande partie de ſes ſels volatils & ſulfurés qui
ſervoient de liens à ſes parties, ce qui fait qu’elle devient poreuſe
& branchue: or comme voilà l’état où ſe trouve la Chaux en ſor-
tant du Four, voyons preſentement ce qui peut lui rendre la du-
reté qu’elle avoit avant d’être calcinée.

Quand la Chaux eſt détrempée à propos, & qu’on la mêle avec LA SCIENCE DES INGENIEURS, le ſable, il ſe fait une fermentation cauſée par les parties ſulfurées
qui ſont reſtées dans la Chaux, & qui font ſortir du ſable une quan-
tité de ſels qui ſe mêlant avec la Chaux en rempliſſent les pores; (car le ſable eſt plein de ſel volatil ainſi que les autres corps) & ce
ſont ces mêmes ſels qui ſe trouvent en plus grande abondance dans
de certains ſables plûtôt qu’en d’autres qui font la difference de leur
bonne ou mauvaiſe qualité: delà vient, que plus on broye la Chaux
& le ſable, & plus le mortier eſt bon & durcit davantage quand il
eſt employé; parce que le froiſſement réïteré fait ſortir du ſable
une plus grande quantité de ſel; c’eſt auſſi pour cette raiſon que le
mortier, mis en œuvre tout chaud, n’eſt pas ſi bon qu’au bout de
quelques jours, parce qu’il faut un certain tems pour que les ſels vo-
latils puiſſent paſſer du ſable dans les pores de la Chaux aſin qu’il ſe
faſſe une union intime de ces deux matieres; cependant il eſt à re-
marquer (comme l’experience le fait voir) que quand on laiſſe le
mor tier long-tems ſans l’employer, il ſe deſſéche, & ne fait plus
de liaiſon quoiqu’on y mette de l’eau, parce que les ſels ſe ſont
évaporé s, deſorte qu’il ne reſte plus qu’une matiere ſéche, maigre
& ſans onctuoſité; ce qui n’arrive pas quand il eſt employé à pro-
pos, c ar alors il fait ſortir des pierres une grande quantité de ſel qui
paſſe dans les pores de la Chaux, pendant qu’elle même s’inſinuë
dans ceux de la pierre: car quoiqu’il ſemble en ſe ſervant du mor-
tier qu’il n’ait plus de chaleur, la fermentation entretenuë par les
parties ſulfurées de la Chaux ſubſiſte encore très long-tems après
que la Maçonnerie eſt formée; ce qui ſe remarque bien ſenſible-
ment par la dureté que le mortier acquiert de jour en jour & qui
ne ceſſe de croître avec le tems par les nouveaux ſels volatils qui
paſſent de la pierre dans le mortier, par la tranſpiration que la cha-
leur dont je viens de parler y entretient; & c’eſt ce que l’on remar-
que dans la démolition des anciens édiſices par la peine que l’on
rencontre à ſéparer les pierres que le mortier tient uni, juſques-là
même qu’on en a moins à les rompre, qu’à les ſéparer, ſur
tout quand ce ſont des pierres un peu ſpongieuſes dans leſquelles
le mortier a pénétré. Je crois même avec Philbert de Lorme, qu’on
pourroit rendre cette union de la pierre & du mortier preſqu’indiſ-
ſoluble, ſi l’on faiſoit la Chaux avec des pierres de même qualité que
celles qu’on veut employer dans le Bâtiment, parce que les ſels
volatils qui en ſortiroient ſe trouvant d’une figure propre à rem-
plir les pores qui reſtent dans la Chaux par la perte qu’elle a fait des
ſiens, le mortier & la pierre ne feroient plus qu’un même corps.

Selon ce raiſonnement on voit que les petites parties de Charbon LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. de Terre, qui ſe trouvent mêlées avec de la Cendrée de Tournay,
doivent faire un merveilleux effet, quand cette Cendrée eſt battuë
avec un peu d’eau; car comme ce Charbon eſt rempli de parties
ſulfurées & de ſel volatil, il ſe fait un paſſage de ce ſel dans les pores
de la pierre calcinée, ce qui enſuite forme une pâte graſſe & onc-
tueuſe dans laquelle il s’entretient une fermentation qui fait ſortir
de la pierre qui eſt employée avec la Cendrée, des nouveaux ſels
qui lient & retiennent enſemble la Maçonnerie.

On croit communément que la Chaux a la vertu de brûler cer-
tains corps, parce qu’elle en occaſionne la deſtruction; mais, il ne
faut pas penſer que ce ſoit la chaleur qui produiſe effectivement
cette deſtruction: cela vient de ce que la Chaux faiſant tranſpirer
les ſels qui faiſoient les liens de leurs parties, dès que ces ſels ſont
évaporés, ou que la Chaux s’en eſt revêtuë, les parties de ces corps,
n’étant plus entretenuës comme auparavant, ſe deſuniſſent.

Comme il n’y a point de doute que ce ne ſoit la grande abon-
dance des ſels que contiennent certaines pierres qui les rend plus
propres à faire de bonne Chaux, que les autres qui en ſont beau-
coup moins chargées, cette connoiſſance fournit un moyen de fai-
re de la Chaux excellente dans les Pays même où elle a coûtume
d’être mauvaiſe comme je vais l’inſinuer.

Il faut avoir deux grands baſſins, l’un plus élevé que l’autre, & tous deux bien pavés & les bords revêtus de Maçonnerie, on rem-
plit de Chaux le baſſin ſuperieur, & on l’éteint pour la faire couler
dans l’autre, & quand tout y eſt paſſé il faut jetter deſſus à peu-près
autant d’eau qu’on en a employée pour l’éteindre, enſuite la bien
broyer avec le rabot, & la laiſſer repoſer pendant 24 heures: com-
me elle aura eû le tems de ſe raſſéoir, on la trouvera couverte d’une
quantité d’eau de couleur verdàtre, parce qu’elle comprendra preſ-
que tous les ſels dont la Chaux étoit remplie; il faut prendre toute
cette eau & la verſer dans un tonneau, & ôter du même baſſin la
Chaux qui s’y trouve qu’on peut regarder alors comme une matiere
qui n’eſt propre à rien: on met de la nouvelle Chaux dans le baſ-
ſin ſuperieur, & au lieu de l’éteindre avec de l’eau ordinaire, on
ſe ſert de celle qu’on a mis dans le tonneau, & on fait couler com-
me en premier lieu cette Chaux dans l’autre baſſin; ce qui fait que
comme elle comprend deux fois plus de ſel qu’elle n’en avoit na-
turellement, elle eſt incomparablement meilleure qu’elle n’eut été
ſans cette préparation. S’il s’agiſſoit de quelque ouvrage de conſé-
quence fabriqué dans l’eau, on pourra, afin de rendre la Chaux en-
core meilleure, faire à l’égard de cette ſeconde, ce que l’on a fait LA SCIENCE DES INGENIEURS, pour la premiere; c’eſt-à-dire que l’on jettera encore dans le ſecond
baſſin autant d’eau qu’on en aura tirée d’abord, & que l’on broyera
la Chaux tout de nouveau pour en faire ſortir les ſels, deſorte que
l’ayant encore laiſſée raſſéoir pendant 24 heures, on ſe ſervira de
l’eau dont elle ſera ſubmergée pour éteindre la nouvelle Chaux vive
qu’on mettra dans le premier baſſin; quant à celle qui ſera reſtée
dans le ſecond, on pourra l’employer aux gros ouvrages où l’on n’y
prend pas garde de ſi pres, car elle ne ſera pas abſolument ſi deſti-
tuée de ſel qu’elle ne puiſſe encore ſervir. Je connois d’habiles gens
qui ont pratiqué pluſieurs fois ce que je viens de dire, & qui s’en
ſont bien trouvés; ils m’ont aſſuré avoir fait par ce moyen de meil-
leure Chaux que celle de Boulogne avec la matiere du monde la
plus ingrate: il eſt vrai qu’il en coûtera beaucoup plus; mais l’œ-
conomie ne doit point prévaloir ſur les moyens de faire les choſes
le mieux qu’il eſt poſſible, quand il s’agit de certains ouvrages qui
demandent abſolument d’être travaillés avec précaution: par exem-
ple, dans les places où la Chaux eſt ſort mauvaiſe, & où l’on re-
marque que les murs de paremens des ouvrages ſe dégradent au
bout de quelques années, parce que le mortier n’a pas aſſez de
corps pour réſiſter à l’injure des ſaiſons, l’on pourroit en fabriquer
de deux ſortes; l’un ſuivant les précautions que je viens de dire ſer-
vira à la conſtruction de tout ce qui eſt expoſé à l’air; & l’autre
fait comme à l’ordinaire pourra être employé dans le reſte de l’é-
paiſſeur des murs, & aux contreforts. Car enſin la néceſſité doit
rendre ingenieux. Eſt-il, dit qu’à cauſe qu’on eſt dans un endroit où
les materiaux ſont mauvais, qu’on ne puiſſe faire de bonne Maçon-
nerie? Je ſuis perſuadé que quand on voudra s’en donner la peine
on trouvera mille moyens de corriger la nature par le ſecours de
l’art.

85.78. CHAPITRE SIXIE’ME.
Des détails qui ont rapport à la Conſtruction de la Maçonnerie.

APrès avoir enſeigné dans les Chapitres précédens le choix que
l’on devoit faire des materiaux en general, je vais faire voir
dans celui-ci les details dans leſquels il faut entrer pour juger du
prix des Ouvrages afin d’en paſſer le marché aux Entrepreneurs,
nous ne parlerons d’abord que de ce qui peut apartenir à la Maçon- LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. nerie, nous réſervant de faire mention des autres détails aux en-
droits qui leur conviendrontle mieux, pour ne point embraſſer trop
d’objets à la fois, nous ne dirons rien non plus des prix, parce qu’ils
dépendent des tems & des lieux ſelon que les materiaux ſont rares
ou communs, près ou éloignés: circonſtances dont il ſera aiſé de
s’inſtruire dans l’occaſion, ainſi je m’attacherai plûtôt à inſinuer l’eſ-
prit du détail, qu’à donner des exemples ennuyeux qui ne ſeroient
pas d’une grande inſtruction.

Il faut, avant toute choſe, prendre connoiſſance des differens
terrains que la place doit occuper & des matériaux qui ſont à l’uſage
du Pays: s’informer des Carrieres de Chaux, de Moîlon, & de Pierre
de Taille qui ſont le plus à portée, de même que des lieux d’où l’on
pourra tirer le ſable, les terres propres à faire les Briques & les
Thuiles, les bois de Charpente, & tout ce qu’on prévoira devoir
entrer dans la conſtruction: on viſitera le tout ſoigneuſement, pour
faire de juſtes obſervations ſur leur qualité & leur éloignement.

L’examen des differens terrains que la place doit occuper fera
connoître à peu-près quelle ſera leur nature, ſi le fond ſera bon ou
douteux, s’il faudra piloter ou non, s’il y aura des épuiſemens d’eau
à faire, & pluſieurs autres circonſtances qui augmentent ſouvent ou
diminuënt les prix des ouvrages; je ſais que le jugement qu’on peut
porter ſur la nature du fond eſt ſujet à erreur, & qu’il n’eſt pas aiſé
de répondre de la qualité d’un terrain qui n’eſt pas foüillé & qu’on
ne voit point; cependant, avec un peu d’experience, on en peut
juger d’abord aſſez ſainement par le coup d’œil & par la ſituation du
lieu: ainſi, pour les parties qui ſe trouveront à faire ſur le Roc, ou
qu’on préſumera devoir y être fondées, on remarquera à peu-près
quel déblais de terre ou de rocaille il faudra faire pour parvenir
au fond ſolide, qu’elle eſt la nature du Roc, ſi les pierres des exca-
vations pourront ſervir au corps de la Maçonnerie, ou ſi elles ſe-
ront propres à être employées au parement, méthode cependant
qui n’eſt pas des meilleures, comme on l’a experimenté dans plu-
ſieurs places, à moins qu’on ne leur donne le tems de ſe reſſuïer,
& de faire connoître leur bonne ou mauvaiſe qualité: avant que de
les employer pour les endroits vaſeux ou marécageux, on connoîtra
par differentes ſondes les précautions qu’il faudra prendre pourles
fondemens, pour le pilotage, & la meſure des bois.

On remarquera auſſi s’il y a moyen de faciliter le tranſport des
materiaux par quelque rivierre ou par un nouveau canal, & s’il y
aura de la difficulté à ſe fournir des eaux neceſſaires pour la compo-
ſition des mortiers comme il arrive ſouvent dans les lieux élevés, LA SCIENCE DES INGENIEURS, enfin on examinera toute choſe avec attention, & on fera ſur cha-
cune les obſervations qui ſeront neceſſaires pour avoir d’avance
une idée de tout ce qui pourra entrer dans la Conſtruction de la
place.

Pour peu qu’on aura fait travailler dans un Pays on n’aura pas
grande difficulté à ſavoir à combien pourra revenir la toiſe cube
de Maçonnerie, j’entends celle qui ſert aux revêtemens des For-
tifications, parce qu’il n’y a qu’à s’informer des prix les plus ordi-
naires de la Chaux, du Sable, de la Brique, & des differentes ſortes
de pierres qu’il faudra employer, le tout rendu ſur l’attelier, & ce
qu’il en coûtera pour les préparer & les mettre en œuvre: ou bien
quand un Ingenieur va dans une Place où il n’a pas encore ſervi,
il lui ſera aiſé d’avoir ces ſortes d’inſtructions par ceux qui y ſont de-
puis long-tems; mais ſi l’on étoit privé de ces connoiſſances, & qu’il
fallut travailler dans un endroit où l’on ne ſeroit prévenu de rien,
alors il faudroit regarder les choſes de plus près, afin d’en juger ſoi-
même pour ne point s’en raporter aux Entrepreneurs & à ceux qui
ont interêt que les Ingenieurs n’entrent que légerement dans quan-
tité de petits détails, qui paroiſſent d’abord ne pas mériter la peine
d’être recherchés, mais qui deviennent par la ſuite d’une grande
conſequence, ſur-tout quand il s’agit de bâtir une Place neuve,
puiſque ſans une extrême œconomie on fait de grandes dépenſes
ſuperfluës; or, pour ne point tomber dans un pareil inconvenient,
voici en peu de mots à quoi on pourra avoir égard.

Pour commencer par le tranſport des materiaux, on ſaura qu’il
ſe régle ordinairement ſur la quantité qu’une Voiture en peut porter
& des voyages qu’elle peut faire en un jour. C’eſt pourquoi il faut
être prévenu qu’une Voiture attelée de trois chevaux porte environ
1500 livres; ainſi dès qu’on ſaura à quelle diſtance elle eſt obligée
d’aller chercher les materiaux, leurs poids, & ce qu’il en coûtera
pour leur charge, on pourra, en fixant ce qu’elle doit gagner par
jour, ſavoir à quoi reviendra le tranſport de la toiſe cube, ou le
quintal de chaque eſpece de materiaux: cependant, il vaut beau-
coup mieux ne point s’embarraſſer de tous les petits détails dont cet
article eſt ſuſceptible, & laiſſer à la charge de l’Entrepreneur le tranſ-
port des materiaux; l’experience ayant fait voir en pluſieurs endroits,
qu’il en coûtoit la moitié moins que de le faire par œconomie, les
Entrepreneurs ayant à leur diſpoſition quantité de choſes qui coû-
teroient beaucoup plus ſi tout autre qu’eux s’en mêloit.

Quand il y a quelque Riviere portant Bateaux dans l’endroit où
l’on veut bâtir, les materiaux ſe tranſportent avec bien plus de fa- LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. cilité & moins de dépenſes: il arrive même quelquefois, quand le
terrain le permet, qu’on fait faire un canal exprès pour le tranſport
des materiaux, comme on l’a pratiqué à la conſtruction du neuf
Briſack; & alors la dépenſe du Canal eſt répanduë generalement
ſur le prix que coûtera la Maçonnerie en y comprenant les autres
frais de la Navigation, auſſi-bien que la charge & décharge des
matériaux.

Si on étoit dans le cas de ſe ſervir d’une Riviere ou d’un Canal
pour le tranſport, il faudroit ſavoir la charge que les Batteaux pour-
ront porter ſelon leur grandeur & leur figure; & pour avoir quel-
que connoiſſance exacte ſur ce ſujet, je conſeille le Lecteur de voir
ce que j’en ay dit dans la dixiéme partie de mon Cours de Mathé-
matique.

Puiſqu’on eſt obligé de régler la charge des Voitures ſelon la pé-
ſanteur des matieres qu’elles ont à tranſporter, j’ai crû qu’il étoit à
propos de donner ici une Table qui marquât en pieds cubes le
poids des principales.

85.79. TABLE
DE LA PESANTEVR D’VN PIED CVBE
de pluſieurs Matieres.

Fer # 580 liv. # Ardoiſe # 156 liv.
Cuivre jaune # 548 # Plâtre # 86
Cuivre rouge # 648 # Pierre de Saint Leu # 115
Plomb # 828 # Pierre de Liais # 166
Sable de Terre # 120 # Pierre bleue de Tours # 125
Sable fort # 124 # Marbres # 252
Sable de Riviere # 132 # Chaux vive # 59
Argile # 135 # Bois d’ozier # 38
Terre graſſe # 115 # Bois d’Aulne # 37 {1/12}
Terre extraordinaire # 95 # Bois de Chêne vert # 80
Mortier # 120 # Bois de Chêne ſec # 60
Brique # 130 # Eau de Mer # 73 {1/2}
Thuilles # 127 # Eau Douce # 70

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.

powered by Goobi viewer