Full text: Belidor, Bernard Forest de: Nouveau cours de mathématique à l' usage de l' artillerie et du génie

NOUVEAU COURS Mathématiques ni de la Phyſique, ne peuvent point s’imaginer
qu’il eſt poſſible de donner des loix des effets de la poudre, au
caprice de laquelle ils attribuent les fautes qu’ils font. J’avoue
qu’il y a tant de choſes qui concourent dans la charge d’un mortier
à déranger tout ce que les regles & l’attention du Bombardier le
plus adroit ſont en état de faire, qu’il y auroit de la témérité à
croire qu’on peut jetter des bombes dans un endroit comme ſi on
les y portoit avec la main. Mais ce qu’il y a de ſûr, c’eſt que
ſi un Bombardier avoit aſſez d’attention, en chargeant ſon mortier,
pour en examiner le défaut, & pour faire enſorte de charger tou-
jours également, les regles ſeroient d’un uſage excellent, puiſ-
que l’on n’auroit pour chaſſer des bombes à une diſtance quel-
conque, qu’à en tirer une avec la charge que l’on aura jugé à pro-
pos, & à un degré d’élevation à volonté, pour connoître l’éléva-
tion qu’il convient de donner au mortier, pour jetter les autres
bombes à la diſtance qu’on demande. Mais ceux qui n’ont que la
pratique, ſoutiennent qu’il eſt impoſſible de pouvoir obſerver cette
préciſion dans la maniere de charger également: car, diſent-ils,
l’inégalité des grains de poudre, ſoit dans leur groſſeur ou dans
les matieres qui la compoſent, fait que la même quantité pour
chaque charge produit des effets différens; ce qui peut venir auſſi
de la part de la terre avec laquelle on remplit la chambre, qui
peut être plus ou moins refoulée une fois que l’autre: d’ailleurs
les bombes qui ne ſont point toutes bien calibrées & d’égale pe-
ſanteur, & ſouvent mal coulées, la plate-forme qui ſe dérange preſ-
que à chaque coup que l’on tire, ſont autant de ſujets qui prouvent
que moralement il n’eſt pas poſſible de jamais tirer des bombes
comme il faut. Mais quoiqu’on puiſſe remédier à tout ceci quand
on voudra y bien prendre garde, il n’y a point de doute qu’un
Bombardier expérimenté d’ailleurs dans ſon métier, & qui ſcaura
l’art de jetter les bombes, ne ſoit plus ſûr de ſon fait que celui
qui n’a que la ſimple pratique: car s’il s’apperçoit que ſon premier
& ſon ſecond coup ne jettent point la bombe où il veut qu’elle
tombe, il pourra ſe corriger, au lieu que ce dernier tâtonnera en
augmentant ou diminuant la poudre ou les degrés pendant un tems
conſidérable; & quoiqu’on diſe que c’eſt le pur hazard qui gou-
verne l’action du mortier, l’expérience m’a fait voir que quand on
vouloit apporter tous ſes ſoins à charger également, & à poſer l’affût
toujours dans le même endroit de la plate-forme, & les tourrillons
dans la même ſituation ſur l’affût, il étoit très-poſſible de tirer DE MATHÉMATIQUE. Liv. XIV. quantité de bombes toujours à peu près dans le même endroit. Qu’on
revienne donc de l’opinion où l’on eſt, que les regles pour jetter
les bombes ne peuvent être d’aucun ſecours, puiſque ſi l’on a ſoin de
charger bien également, & que l’on ſe ſerve des bombes à peu près
de même poids, l’on n’aura plus lieu de douter de la certitude de
ces regles.

Après cela on peut dire qu’il y a ſi peu de Bombardiers qui
ſe ſoient attachés à ſçavoir ces regles, & encore moins à les prati-
quer, que certainement il y a plus de préjugé que de connoiſſance
dans leur fait; & quand ils pourroient s’en paſſer pour jetter des
bombes dans un endroit de niveau avec la batterie, après en avoir
tiré un grand nombre d’inutiles, comme cela arrive toujours, com-
ment s’y prendroient-ils pour en jetter dans quelque fortereſſe fort
élevée, comme ſur un rocher eſcarpé, au pied duquel ſeroit la bat-
terie, ou bien ſi la batterie étoit un lieu fort élevé, pour en jetter
dans un fond? Il n’y a point de Bombardier, que je ſçache, à
qui l’expérience ait donné quelque pratique pour cela, d’autant
plus qu’ils ne regardent point ces deux cas comme problématiques. Enfin il réſulte de tout ce qui vient d’être dit, que jamais on ne
parviendra à jetter des bombes à une diſtance donnée, que l’on ne
ſçache les regles qui ſont établies pour cela, & qu’on n’ait aſſez
d’expérience pour prévoir tous les accidens auxquels le mortier & la
bombe ſont ſujets.

892. CHAPITRE PREMIER.
Du Choc des Corps.
Définitions .
I.

912. LE mouvement d’un corps eſt le tranſport de ce corps
d’un lieu dans un autre. Le mouvement eſt réel, lorſque le
corps parcourt lui-même, en vertu d’une force qui lui a été ap-
pliquée, les parties de l’étendue compriſes entre les deux termes
du mouvement, qui ſont le point de départ & le point d’ar-
rivée. Tel eſt le mouvement d’une boule que l’on a jettée ſur
un plan horizontal. Le mouvement eſt relatif ou reſpectif, lorſ-
que le corps paſſe d’un lieu en un autre par le moyen d’un

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