Full text: Ufano, Diego: Artillerie, ou vraye instruction de l' artillerie et de ses appartenances

Second Traicté bien gardée, les trente pieces ſeront ſuffiſantes, encor qu’on fuſt contraint de faire deux
batteries generales, chacune de trois camerades en ſix deffenſes. Et n’eſt pas beſoin de
charger l’armée de ſi grand & laborieux train: joint que pour ſi grand nombre de cheuaux
ſuperſlus le fourrage pourroit venir à defaillir, choſe à laquelle le prudent General doit
touſiours auoir l’œil ouuert.

Gen. Toutesfois i’ay ſouuent ouy debattre, & auec bonnes raiſons, entre ſoldats bien
experimentez, que pour faire marcher vne armée en iuſte & conuenable proportion, il
luy failloit bailler pour chaque millier d’hommes vne piece d’artillerie, de ſorte que pour
leſdits quarante mille hommes, il luy en faudroit donner quarante pieces.

Cap. Il eſt vray qu’on en diſpute ainſi: Mais i’oſe bien aſſeurer V. S. qu’on n’y peut
mettre reigle ny ordre precis. Et peux bien dire que ie me ſuis ſouuent trouué où les mil-
liers d’hommes ſurmontoyent les pieces d’artillerie, & d’autre part où les pieces d’artille-
rie ſurmontoyent de beaucoup le nombre des milliers de gensd’armes: ce poinct n’ayant
autre loy, ſinon celle de l’opportunité & de la neceſſité.

Gen. Puis doncques qu’il ſe faut contenter de trente pieces, quelles ſeront les plus
propres?

Cap. Les plus propres ſeront les canons de batterie, les demis & quarts de canons,
comme ceux deſquels on ſe peut ſeruir en toutes occaſions, tant en campagne qu’en l’aſ-
ſiette de quelque fort: ſe pourront doncques repartir en cette maniere, qu’il y ait 9. canons,
8. demy canons, & 6. quart de canon, auec 7. pieces de camp. Dont les canons ſeruiront
quand on ſera contraint d’aſſieger quelque place, eſquels outre l’effroy qu’on en donnera
aux aſſiegez, on aura auſſi cet aduantage qu’on ne craindra quelque defaut des boulets.

Gen. De cecy i’en voudrois bien ſçauoir la raiſon. Cap. Les pieces de l’ennemy à
peine ſeront plus grandes que celles cy, de ſorte que les boulets ſeront auſſi à l’aduenant. Gen. Mais à quelle raiſon & compte pourroit eſtre qu’vne puiſſante armée ſortiroit ſans
ſuſſiſante prouiſion de boulets?

Cap. Cecy peut aduenir facilement, les eſmarmouſches & autres occaſions de faire
ioüer l’artillerie ſe preſentent ſi ſouuent, que poudre & boulets viennent à defaillir: com-
me i’en ay veu l’experience de l’euenement à des Generaux bien curieux & diligens en
leurs prouiſions. C’eſt pourquoy l’Empereur Charles V. d’heureuſe memoire, és guerres
qu’il eut contre les Roys de France, commanda à ſes Generaux qu’és fontes de leur artille-
rie ils prinſent les calibres plus grands que les ennemis, aſin que luy ſe pouuant ſeruir des
boulets de l’ennemy, l’ennemy ne ſe peuſt ſeruir des ſiens. Dont enſuiuit qu’en peu de
temps les François ayans diſette de boulets, l’Empereur en iouyſſoit en abondance.

Gen. C’eſtoit vn ſtratageme de ſinguliere prudence, dont l’iſſuë auſſi fut heureuſe. Mais pourſuiuons à la recherche des prouiſions neceſſaires pour noſtre armée.

Cap. La neceſſité requiert, comme auſſi on eſt accouſtumé par deçà, deuant que de
faire marcher l’armée, on face prouiſion de toutes les munitions requiſes, les repartiſſant
en deux ou trois magazins ou arſenacs, les plus commodes & plus prés du chemin par le-
quel l’armée doit paſſer.

Gen. Pourquoy empeſcher tant de places? Ne ſeroit-il pas mieux de les auoir enſem-
ble en vn lieu, pour s’en ſeruir au beſoin, qu’eſtant ainſi eſparſes, où ſe pourroit offrir l’in-
commodité d’eſtre empeſché d’en vſer?

Cap. Quoy qu’il en ſoit, tres-illuſtre Seigneur, ie ſerois touſiours d’aduis de les depar-
tir. Car s’il y peut aduenir quelque incommodité, certes le danger de les tenir vnies eſt
beaucoup plus grand. Et peut aduenir facilement qu’on ſe trouuerroit defourni non ſeule-
ment d’vne partie, mais de toute la prouiſion faite. V. S. aura bien entendu, comme n’a-
gueres le foudre tombant à Naples ſur le tant renommé chaſteau de Santlino, emporta
toute la poudre: comme auſsi en vn autre lieu de Lombardie, & à Linghen en Friſe. Exemples deſquels on ſe doit ſeruir pour recognoiſtrele danger. Et qu’aduint-ilau Roy de

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