Full text: Ufano, Diego: Artillerie, ou vraye instruction de l' artillerie et de ses appartenances

La premiere qu’on voit en la fig. 1. α. qui par derriere finit en vne vis, par le moyen de
laquelle en la tournant, on la fichoit en vn gros bois perçé pour luy ſeruir de fuſt, eſtant
plus eſtroit en la culaſſe qu’en la bouche, monſtre combien ont eſté niais les anciens en
ſemblables affaires. Eſtant vne choſe certaine, que le boulet ſerré au fond eſtroittement,
mais eſmeu par la force dufeu vers la bouche, où il a plus d’air, par lequel le feu qui eſt plus
agile que le boulet, penetre le premier, le coup perdant beaucoup de ſa force en cette lar-
geur de la bouche, ne peut eſtre ſi vehement qu’il ſeroit, la piece eſtant en la culaſſe & en
la bouche d’eſgalle largeur. Ioint que c’eſt vne choſe fort impertinente, que ſemblables
pieces ſont plus foibles en la culaſſe où elles endurent la plus grande force, contre la prati-
que & experience des fontes modernes, qui en ce lieu, & pour ce reſpect, luy donnent
touſiours plus d’eſpoiſſeur & de force, pour pouuoir tant mieux & aſſeurément ſupporter
la violence que la poudre & le boulety font. Et voilà pourquoy ces pieces ſont de peu de
ſeurté & d’effet. Or les anciens ne luy ayans donné nom, nous la nommerons, d’autant
qu’on s’en pourroit ſeruir aucunement, pour tirer des pierres, vne pierriere à vis.

La ſeconde eſt de meilleure taille, & forme plus commode: & combien que c’eſt auſsi
vne des anciennes, ſi eſt-ce qu’encores leiourd’huy on s’en pourroit ſeruir, auec profit.

Mais la troiſieſme eſt ſi lourde & impertinente, qu’on n’en pourroit ny abbatre defen-
ces, ny muraille, ny tuer à l’ennemy homme ny cheual. Onluy peut bien donner le feu
en deux endroits à la fois, mais d’vn coſté le boulet ne montera que droitement en haut
pour apres auoir paſſé la violence du feu tomber où le vent & ſa portée l’enuoyeront,
qui eſt vne choſe incertaine [?] & ſort lourde: & de l’autre le boulet ira rampant par ter-
re, cherchant l’ennemy plus pour l’eſpouuanter que pour l’endommager. Et faut noter,
qu’elle a ſa force & ſa groſſeur maſsiue en chambre au coude; dont auſsi elle eſt gouuer-
née ſelon le teſmoignage de Fl. Vegece autheur R omain par deux lumieres, l’vn noté au
lieu A. & l’autre B. De ſorte que premierement on peut tiret en front vers l’ennemy, ou
quelque muraille, & puis tournant la piece, ſeconder le coup: ou cependant qu’on la char-
ge, d’vn coſté, tenir, l’autre preſt & apoſté, pour offenſer (l’occaſion ſe preſentant) l’enne-
my promptement.

Et eſt ceſtuy-cy le vray vſage de ladite piece, monſtré meſme par la forme d’icelle, & non ſelon l’aduis de Louys Collade, qui ne luy admet qu’vne lumiere au bout d’embas,
marqué de C. & monſtré par la fumée duquel la poudre & le boulet ou autre charge ſoit
pouſſé en triangle. Quiayant autrement aſſez bien eſcrit de l’artillerie, en ſa pratique, ſi a
il toutesfois failly en cet endroit: ou bien l’ayant entendu, s’eſt oublié en la deſcription ou
application, ſi ce n’eſt que le tailleur des formes, qui le deuoit exprimer, aye erré. Quoy
qu’il en ſoit, il faut confeſſer que c’eſt vne lourde faute. Car d’auoir vniqué la lumiere,
comme on le voit en ſon liure au bas bout, c’eſt la choſe la plus impertinente, & hors de
raiſon qu’on pourroit trouuer. Car encores qu’on y pourroit conduire la poudre & le bou-
let, ou autre charge comme la choſe le requiert iuſques-là, ſi eſt-ce qu’iceluy eſtant eſmeu
par la violence du feu, & cherchant l’iſſuë droitte, où ellerencontre, cet angle du coude,
quiluy donne grand & manifeſte empeſchement; le canonnier, ou bien vn chacun du
commun, s’il n’eſt deſpourueu de ſon bon ſens, s’apperçoit bien, non ſeulement que la pie-
ce ne ſerompe, mais auſsi que ce ſeroit couſt & peine ſans effet: Ioint qu’il eſt impoſsible
qu’on puiſſe de la cueiller à charger, conduire la poudre & le boulet iuſques-là, comme
toutesfois il ſeroit neceſſaire. Et telle ſimplicité ſe pourroit bien pardonner aux anciens: mais qu’en ce temps de perfection, vn ſi grand maiſtre faſſe vne faute ſi lourde & euiden-
te, cela ne ſe peut rencontrer ſans admiration.

Les anciens la nomment Compago, c’eſt à dire, piece compoſée; à mon auis
elle ſeroit mieux appellée Codado, c’eſt à dire piece à coude. La ſeconde nomme-
rent-ils Abbatemur, ſe pourroit dire garde-pont, pouuant bien ſeruir en telle oc-
currence.

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