Full text: Ufano, Diego: Artillerie, ou vraye instruction de l' artillerie et de ses appartenances

Cap. Il eſt vray, il y a beaucoup de myſteres bien cachez & difficiles: mais de ceſtuy
cy on n’en ſçauroit encor alleguer quelques cauſes naturelles. Car le boulet tiré du bateau
contreterre, cherche ſon repos naturel: mais celuy qui de terre eſt tiré contre le nauire eſt
contraint de combatre auec deux elements, à ſçauoir auec l’air qui le retient à toute force,
& l’humidité qui l’appeſantit pour le faire baiſſer: Et de cecy il y a certaine experience
qu’en baſſe marée vne piece tirera plus loing en l’eau qu’en haute.

Gen. Si doncques vne piece eſtoit logée en ſorte qu’on en pourroit tirer & contre
terre & contre la mer, de combien ſeroit ſa portée plus longue contre la terre que contre
l’eau?

Cap. D’vn canon, la portée ſera bien de mille pas plus longue contre terre que con-
tre l’eau. Et combien que de cecy on n’ait eſpreuue ſi certaine, ſi eſt@ ce qu’on en a autant ap-
pris au ſiege d’Oſtende, qu’on en peut bien faire le compte. Et au canal de Nieuport, quand
il falloit tirer contre les nauires ennemis tant de charge que de guerre, pour les faire recu-
ler, & laiſſer paſſer les noſtres ſans danger: on a bien veu que nos boulets ne s’en pouuoient
approcher de beaucoup; mais celles que les ennemis tiroient, paſſoient de 5. à 6. cens pas
par deſſus nous.

Gen. Cela pouuoit bien aduenir, parce que ou les pieces desennemis eſtoient plus
grandes & plus fortes, ou que la poudre eſt oit meilleure & plus fine.

Cap. Le calibre eſtoit le meſme des noſtres, car nous nous ſeruions de leurs boulets: mais de la poudre il y pouuoit bien auoir quelque auantage. Et de noſtre part nous en pre-
nions auſſi vne cueillerée dauantage que d’ordinaire, mais ſans aucun effect. Et ayant ſou-
uent eſmeu cette queſtion tant entre canonniers que mariniers, i’ay touſiours ouy pour reſ-
ponce, que par quelques cauſes cachées de nature, les coups contre terre ſontplus forts que
ceux qui ſe font contre l’eau.

Gen. Combien que i’en demeure bien perplex, ſi ay-ie eſté bien aiſe d’ouyr les rai-
ſons, & les experiences de ce coſté. Mais i’auois oublié de demander encor vne choſe, de
laquelle il me ſouuient maintenant, à ſçauoir, d’où vient que toute la charge de la poudre
n’eſt point conſommée au canon, auſſi bien qu’en la couleurine?

Cap. De cecy la faute ou auantage n’eſt point aux pieces, de la ſorte qu’on penſeroit
que le canon eſtant court & large, vne partie de la poudre en ſeroit repouſſée deuant que
pouuoir prendre le feu: & que la couleurine longue & eſtroite retiendroit la poudre iuſ-
ques à ce qu’elle fut toute allumée: ains cela ſe fait d’auenture, & toutesfois plus ſouuent
au canon à cauſe de ſa largeur plus ample qu’àla couleurine. Car apres auoir chargé la piece
de ſa deuë charge de poudre pour la ſerrer quelque peu deuant d’y mettre le morceau d’e-
ſtoupes, on luy donne deux ou trois coups de refouloir, dont la poudre eſtant bien grainée,
il y en reſulte couſtumierement quelques grains, qui puis apres n’eſtant recueillis par ledit
morceau, comme auſſi on n’y prend pas touſiours eſgard de ſi prés, demeure eſparſe en la
piece, & deuant le boulet, qui en apres eſtant pouſſé de la charge, repouſſe auſſi cette pou-
dre qu’il a deuant ſoy, deuant que le feu y puiſſe toucher; comme on voit auſſi qu’il en ad-
uient de quelques brins & filets des eſtoupes fumant ſans eſtre conſommez du feu. De
ſorte que V. S. ſe pourra bien aſſeurer que toute piece ſoit courte ou longue qui ſe charge
& dont la poudre eſt bien ſerrée, & ces grains bien recueillispar le morceau d’eſtoupes, ne
repouſſera pas vn ſeul grain, qui ne ſoit euaporé. Et de cecy on en voit l’eſpreuue és mor-
tiers, qui combien que courts & larges, conſomment ou allumenttoute leur poudre, ſans
en perdre aucun grain.

Gen. Ie l’entends bien maintenant. Et confeſſe que iuſques à preſent, i’ay eſté de
l’opinion commune, en attribuant la cauſe à la briefueté ou longueur de la piece. Mais re-
poſons nous à preſent, penſant à quelque autre queſtion pour l’apres diſner.

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