Full text: Ufano, Diego: Artillerie, ou vraye instruction de l' artillerie et de ses appartenances

De l’Artillerie. quel peu à peu ſit tant de place qu’on y peut mettre de la poudre ſuffiſante pour repouſſer
tout ce qui eſtoit dedans.

Gen. C’eſtoit vne inuention bien prudente & propre: combien que i’ay veu au-
trefois qu’on mettoit de l’eau en vne piece, pour en faire repouſſer le boulet quiy eſtoit
entré.

Cap. C’eſt la maniere commune: mais ce boulet quiauoit rauy auec ſoy de la chair
& du bois, ne pouuoit eſtre repouſſé ſi facilement.

Gen. Il eſt vray ſemblable, qu’il n’y auoit moyen plus propre pour en venir pluſtoſt
à bout que cetuy-cy, n’y ayant choſe qui repouſſe auec plus de force que le feu. Et me ſem-
ble que ſi ledit marinier euſt eu au lieu du nettoy eur la cueiller à charger auec de la poudre
en main, il n’euſt eſté beſoing d’autre moyen, ou que la poudre eſtant pouſſée en la piece,
& y prenant du feu l’euſt repouſſé auſſi toſt.

Cap. Cela euſt peu aduenir ſelon la touche quele boulet euſt faite, Toutefois auſſi
en cecy i’en ay veu le contraire: à ſçauoir qu’vn autre marinier ayant la cueiller à charger
pleine de poudre en la main, fuſt atteind de meſme ſorte, que le bras, la cueiller, & la pou-
dre furent portées en la piece, ſans que ladite poudre s’allumaſt, combien que le boulet
touchaſt bien rudement ſur les metaux.

Gen. Cecy eſt bien vne choſe la plus admirable que i’aye ouy de ma vie, qu’vn bou-
let tiré auec violence en vne piece, & y rencontrant de la poudre, ne l’allumaſt. Et me
ſemble n’eſtre poſſible, qu’il n’y ait eu quelque choſe entre deux.

Cap. Ie ne ſçay autre choſe ſi ce ne fut le bras & le manche de la cueiller, & eſt bien
croyable que ſans cela la poudre euſt pris le ſeu.

Gen. Comment, le bras pourroit-il empeſcher ſi grande violence ſans ſe froiſſer du
tout, & eſtreredigé en bien menuë farine ou papin?

Cap. C’eſt cela, à mon aduis, qui principalement a empeſché que le feu ne s’y peuſt
prendre, la chair, la moëlle des os, & le ſang rendans telle humeur quifut ſuffiſante pour
l’empeſcher.

G. C’eſt certes la vraye raiſon: mais laiſſons-là ces miracles, & parlons des choſes
qui nous touchent de plus prés: & dites-moy, dequoy ſe pourroit-on ſeruir pour raſraiſ-
chir les pieces?

Cap. En ces pays on s’eſt touſiours ſeruy d’eau fraiſche, meſlée auec quelque peu
de vinaigre, qui eſt le meilleur rafraiſchiſſement qu’on leur ſçauroit donner. Et en temps-
de neceſſité; on ſe peut auſſi contenter d’eau ſeule, y moüillant des peaux de
mouton bien lainuës, & ainſi remplies d’eau en les mettant ou pendant ſur les pie-
ces, iuſques à ce que ny par dedans ny par dehors on ne s’apperçoiue plus d’aucu-
ne chaleur, les eſſuyant apres pour les mettre en œuure. Mais quant aux pieces
ſuſpectes de quelque defaut, il n’en faut paſſer ſi legerement & haſtiuement: ains
ayant fait prouiſion d’vne bonne cuuée d’eau fraiſche, apres chacun coup moüillant bien
le couuillon, les faut lauer & relauer auec grand ſoing deuant que de les recharger, de
peur que gardant quelque ſeu caché en ſes cauernes, le canonnier, comme nous en auons
cy deuant raconté des exemples, n’en ſoit le premier atteind. Ily a auſsi d’autres rafraiſ-
chiſſemens, entre leſquels la leſsiue eſt le meilleur, mais qui ſe trouue en peu de bat-
teries, eſquelles à peine on trouue du vinaigre, pour le meſler auec l’eau: de ſorte
que la pluſpart ſont contraints de ſe contenter d’eau, & de peaux pour couuer-
tures.

Gen. Il peut aduenir facilement que la leſsiue & le vinaigre defaillent, vaut mieux
donc trauailler en bon meſnager, & ſe ſeruir de ce qu’on-a à meilleur marché, & quieſt
plus facile à trouuer. Cependant il eſt bien digne de remarque, de ſçauoir ſi on feroit plus

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