Full text: Ufano, Diego: Artillerie, ou vraye instruction de l' artillerie et de ses appartenances

Cap. Ouy bien, principalement és lieux eſquels les edifices ſont tellement eſloi-
gnez d’icelles, qu’on y cut de la place aſſez, pour faire la demielune, ou autre retran che-
ment neceſſaire, ou bien quand on oſteroit les edifices, empeſchans tel ouurage: Cepen-
dant l’ennemy y faiſant plus grande breſche & l’ouuerture plus large; le retranchement
ſeroit non ſeulement plus difficile à faire, mais auſſi plus penible à garder, que celle du
baſtion, laquelle eſtant eſtroitte, ſe fait facilement, & ſe garde & deffend, auec peu de
gens. Mais comme la choſe eſt de difficile deduction, ſi on ne voit l’aſſiete du lieu auec
ſes commoditez ou incommoditez à l’œil, ainſi ne peut-on entierement reſoudre
quelle maniere ſeroit la meilleure, en laiſſant l’entiere & parfaite ſolution à la neceſ-
ſité, maiſtreſſe bien induſtrieuſe pour enſeigner à choiſir le plus propre & conuenable.

Gen. Il eſt vray, le marché monſtre le pris, & la neceſſité fait reſoudre le chois. ce-
pendant il nevient pas mal à poinct, qu’on en aye quelque generale intelligence, de la-
quelle eſtant en neceſſité, on puiſſe prendre fondement: dont auſſi i’ay pris plaiſir d’en
ouyr voſtre aduis, tant de la courtine que du baſtion. Mais dites moy auſſi du troiſieſme, à
ſçauoir du ſeruice des doubles cuiraſſes, auec les rondaſſes.

Cap. Les rondaces ſont de ſingulier effet en vne ſaillie, pour couurir non ſeule-
ment ceux qui les ont au bras, mais auſsi ceux qui les ſuiuent, comme auſsi à l’entrée
de la breſche, mettant quelques-vns couuerts d’icelles auec vn bon coutelas en la main,
ils y pourroient retenir l’ennemy bien longuement. De meſme en eſt-il des cuiraſſes
auec les couuertures, & des bras & des cuiſſes, & iambes, eſtant vne choſe aſſeurée,
que ceux qui ſe trouuent ainſi armez de toutes pieces, ſont & plus fermes & plus coura-
geux à la deffenſe: Et pourroit-on bien alleguer des exemples des victoires obtenuës
par ce moyen. De ſorte que V. S. ne doit penſer que des choſes ſoient de ſi petite conſe-
quence, ains les tienne en telle eſtime, qu’àmon aduis, toutes villes, principalement cel-
les des frontieres, en deuroient eſtre fournies. Quand aux aſsiegeants, ils en ſçauent bien
faire leur profit en armant ceux qui doiuent eſcheller & forcer les breſches: voire on y
trouue quaſi touſiours des auanturiez, quià leurs deſpends s’en pouruoyent pour tel ef-
fet. Icy ie finiray la preſente declaration, ayant rendu ſuffiſante raiſon de toutes les pieces
compriſes en icelle.

48. DIALOGVE XII.
Comment ſe doit gouuerner vn General de l’Artillerie, ſe trouuant
aßiegé en telle place.

GEn. Monſieur le Capitaine, iuſques à maintenant vous auez diſcouru en ge-
neral de ce qui eſt requis pour la deffenſe d’vne ville aſſiegée, voyons auſſi en par-
ticulier, l’obligation d’vn General de l’Artillerie s’il ſe trouuoit ainſi aſsiegé.

Cap. Tel ne doit pas attendre la neceſſité, ains ſe preparer longuement aupara-
uant, prenant occaſion du premier ſoupçon, qu’il y peut auoir de quelque ſiege. De
bonne heure doncques, auec l’aduis du Gouuerneur de la place & aſsiſtance du Maiſtre
d’hoſtel, qui a les munitions en charge, il doit viſiter les magazins d’icelle, ou les arſenals,
pour voir quelles munitions ily a, & pour combien de temps elles pourroient durer: & s’ily a quelque faute, qu’elle ſoit reſtablie auec grande diligence. En particulier, quand à
l’Artillerie, qu’il la viſite & face eſprouuer auec grand ſoing, calibrer tous les boulets, & les mettre ſelon leurs calibres en monceaux à part, pour euiter toute confuſion, aduer-

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