Full text: Ufano, Diego: Artillerie, ou vraye instruction de l' artillerie et de ses appartenances

Gen. I’en ſerois auſſi bien d’aduis, & trouuerois cette opinion aſſez bonne: mais il y
a de la crainte qu’elle ne s’execute ſi facilement, & qu’entre les approchans il n’y en de-
meure pluſieurs pour les gages deuant que d’y paruenir, ſi les aſſiegez ſont ſoigneux de
leur deffence.

Cap. Il y a bien du danger, mais celuy quile craint ne doit aller à la guerre, en la-
quelle il n’y a ne lieu ne temps qui en ſoit exempt. Toutesfois icy le danger n’y eſt ſi grand,
principalement és lieux eſquels il y a de la terre à ſuffiſance, pour en faire les couuertures,
les foſſez meſmes en leur proſondeur, en monſtrant les moyens. Car autant qu’il y a de
hauteur de terre, dés le bord iuſques à l’eau, autant s’y peut-on enfoncer & couurir, de
ſorte meſme que les aſſiegez y ſont moins à craindre, que quand on s’en tiendroit de loing,
à deux ou trois cens pas.

Gen. Comment faut-il departir leſdites 18. pieces?

Cap. Des 8. canons il faut faire vne camarade, battante en angle droit contre la
courtine. Des 6. demys, il en faut faire deux, vne à chacun coſté qui battent aucunement
trauerſe. Des 4. quarts, on fait les deffences, comme il eſt monſtré en cette figure, en la-
quelle on ſe peut auſsi apperceuoir, que les baſtions monſtrans leurs pieces, les deux ca-
marades des coſtez les peuuent facilement aboucher battant en ligne hypotheneuſe. Comme on void fig. 9. a.

Gen. Monſieur le Capitaine, ie vous prie dites-moy, combien de coups pourroient
faire ces pieces en dix heures, & combien de poudre y faudroit-il auoir?

Cap. En dix heures elles feront 1440. coups, à ſçauoir, les canons 640. les demys
480. & les quarts 320. Pour leſquels il y faudroit de la poudre vingt-mille quatre cens
quatre-vingt lb. faiſans 128. barils, à raiſon de 160. lb. par baril.

Gen. Vous ne comptez donc que 80. coups pour piece, qui reuiennent à 8. par
heure pour chacune.

Cap. On en pourroit bien faire dix par heure, principalement des pieces renforcées: mais quànt aux communes & amoindries, c’eſt aſſez de huit: remarquant auſsi cecy qu’a-
pres les 40. coups, on les rafraiſchiſſe & leur donne repos vne heure entiere, de ſorte
qu’auſsi leſdits 80. coups ne ſe doiuent faire de ſuitte, n’y ayant piece qui en pourroit ſup-
porter la force & chaleur.

Gen. C’eſt peu me ſemble de 80. coups, ayant ſouuent ouy qu’on en pourroit bien
faire en telle eſpace de temps 130. dontie deſire de ſçauoir ſi vous en auez quelque expe-
rience.

Cap. Ie raconteray à V. S. ce qui en aduint en l’I ſle de Bommel. Il y auoit vne pie-
ce logée en vn moulin, qui tourmentoit tellement l’ennemy, qui luy fut force de loger à
800. pas deux pieces, à ſçauoir vn canon & vn demy, pour les embouſcher ou demonter. Où tirans dés les quatre heures du matin, iuſques à vnze, & rafraiſchiſſant ladite piece
deux heures apres, & retournans au jeu d’icelle à vne heure, iuſques à quatre du ſoir, nous
fuſmes contraints de ceſſer, ne pouuant ladite piece plus endurer la force & chaleur de ſa
charge ( cependant ne ceſſans d’autre-part, par le commandement du General, qui lors
eſtoit Don Louys de Velaſco, de donner d’vne autre piece logée en vn autre endroit, au
trauers deſdites deux pieces ennemies, & les faiſant deſloger en vne heure ) il y eut vn
ſoldat curieux, qui ayant marqué en vne taille tous nos coups, dés le matin iuſques au qua-
tre heures du ſoir, m’en monſtra 80. entaillez, reuenans, apres en auoir ſubſtrait les deux
heures de rafraiſchement, à huit coups par heure, qui eſt le plus qu’on en puiſſe faire.

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