DE L'AURORE BORÉALE. Sect. II.
force & la longueur des Crépuscules que l'on y éprouve,
lorsque le Soleil commence à entrer dans les Signes Septentrionaux, ¬
doivent y être la source d'une infinité de singularités ¬
en ce genre, mais qui ne sçauroient passer la Région
inférieure de l'Atmosphere, ni sortir de la classe des Météores, ¬
à laquelle il convient de les ranger.
Frédéric Martens de Hambourg, dans son Voyage au
Spitzberg & au Groenland, rapporte qu’il y a dans le
Spitzberg, c'est-à-dire, aux environs du 8ome degré de Latitude, ¬
» sept grandes Montagnes * de Glace, toutes dans e
Recueil
de Voyages
une même ligne, & entre de hauts rochers.... qu'elles pa- «
au Nord,
roissent d'un beau bleu, aussi-bien que la Neige.... qu'il y «
Tome 2.
avoit des nuages autour, & vers le milieu de ces Monta- « P.241
gnes : qu'au dessus de ces nuages, la Neige étoit fort lumi¬«
neuse, que les véritables rochers paroissoient tout en feu, &
& que le Soleil n'y donnoit qu'une lueur pâle, la Neige ré- «
fléchissant au contraire une lumiére fort vive .... Que * dans &
ces endroits où la Glace est prise en Mer, on voit au dessus «
dans le Ciel une clarté blanchâtre comme celse du Soleil.... «
d'où l'on peût connoître où est la Glace ferme & immo¬ «
bile .... mais à quelque distance de-là, l'Air paroît bleu & «
noirâtre, que la poussiére des petits Glaçons, ou de la Neige e
répanduë dans l'Air, ou autour des Montagnes, y produit «
de fréquens Parhélies, & des especes d'Arcs-en-ciel, & plusieurs -
autres Phénomenes en effet très-analogues aux lieux,
& aux circonstances dont il fait mention.
Mais ces Phénomenes joints aux grands Crépuscules du
Nord, n'auront-ils jamais été confondus avec l'Aurore Boréale, ¬
lorsqu'on a commencé de la revoir dans nos Climats!
Pour moi j'avoue que je ne fçaurois m'empêcher de le
croire, & je suis confirmé dans cette pensée par toutes
les recherches que j'ai faites sur ce sujet. Tel Rélateur qui
avoit eu connoissance dans le Nord, de quelques-unes de ces
apparences, & de ce Crépuscule étonnant qui y tient quelquefois -
lieu de jour, ne pouvoit parler que sur le rapport
d'autrui des Aurores Boréales qui avoient paru dans la Zone
K ij.