VITRUVE,
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Les rois Attaliques (1), qui aimaient extrèmement les belles-lettres, avaient
formé à Pergame une fort grande bibliothèque; le roi Ptolémée, qui ne leur cédait -
en rien en pareille circonstance, en forma une semblable à Alexandrie; mais
il ne se contenta point d’y avoir réuni un grand nombre de livres, il chercha le
moyen de l'augmenter tous les jours, autant qu'il lui était possible, en jetant, pour
ainsi dire, les semences d'une infinité de nouveaux ouvrages. Il fonda à cet effet
des jeux en l'honneur des Muses et d’Apollon, de même qu’on en avait londe
pour les athlètes, et il proposa des honneurs et des récompenses pour tous les
écrivains qui y auraient emporté le prix. Or, ces jeux ayant été établis, quand
on en vint à choisir des juges parmi les gens de lettres qui étaient dans la ville.
il ne s’en trouva d’abord que six qui fussent estimés capables de cet emploi : le
roi, pour en trouver un septième, s'adressa à ceux qui avaient soin de sa bibliothèque -
; il leur demanda s'ils ne connaissaient point quelqu’un qui fût assez capable;
ils lui proposèrent un certain Aristophane, qui était sans cesse occupé à lire
les livres de la bibliothèque. Les juges ayant pris place sur leurs sièges au milieu -
des jeux, Aristophane fut appelé et placé avec eux.
La dispute commença par les poètes, qui lurent chacun leurs ouvrages, sur
lesquels le peuple porta de suite son jugement, et fit comprendre aux juges, par
ses applaudissements, ceux auxquels il donnait la préférence. Les juges étant
invités à donner leur avis, les six premiers donnèrent le premier prix à celui en
faveur duquel le peuple s'était prononcé (2), et le second à celui qui le suivait
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avant de la peine à souffrir qu'une action barbare
(1) Plutarque écrit que cette bibliothèque des rois
puisse être reprochée à ceux de sa nation, vu que les
de Pergame était de deux cent mille volumes. Celles
Perses, tout barbares qu’ils sont, avaient épargné la
des rois d'Egypte en avaient jusqu'à sept cent mille, au
bibliothèque d'Athènes lorsque Xercès prit la ville et
rapport d'Aulugelle ; et Galien dit que, parmi les rois
qu'il la fit brûler.
bons aon la
d'Egypte, la manie d'accroître le nombre des livres
(2) Il y a dans le texte quem maxime adverterun
de leur bibliothèque était si grande, qu'ils achetaient
multitudini placuisse. Je crois qu'il faut cui obtigerat
bien cher tous ceux qu'on leur apportait, et que
multitudini placuisse, afin que cet endroit ait le sens
cela a donné occasion de supposer quantité de livrequ'il -
doit avoir, parce que les juges ne suivirent pas
aux auteurs célèbres, sous le nom desquels on faisait
l'avis du peuple par complaisance, mais parce qu'er
passer des traités qu'ils n'avaient point composés, afir
effet l'ouvrage que le peuple avait approuvé était le
de les faire valoir davantage. Galien dit cela pour
meilleur; et Aristophane ne fut d'avis contraire au
faire entendre qu'il y a des livresque l'on a mis entre
peuple et aux juges que parce qu'il savait que cet oules -
Œuores d'Hippocrate qui n'en sont pas. Cette biblio
vrage n'avait pas été composé par celui qui le préthèque -
fut brûlée par les Romains dans la guerre
sentait, et qu'il s'agissait de donner le prix aux auque -
César fit en Egypte. Aulugelle dit que le feu
teurs des meilleurs ouvrages et non pas aux porteur
fut mis par mégarde, et par des soldats qui n'étaient
ou voleurs des meilleurs ouvrages.
point romains mais des troupes auxiliaires, comme